
Dans le Cap Sizun se livre depuis plusieurs jours une bataille maritime d’envergure, sur fond de procès entre le comité régional des pêches et une association d’artisans pêcheurs. En jeu : l’avenir de la ressource côtière ! Et au milieu, une question : que reste-t-il de l’État ?
En pleine fermeture du Golfe de Gascogne, deux chalutiers ratissent la baie d’Audierne et les Glénans. Il s’agit de « chalutiers qui pêchent en une nuit l’équivalent ou presque d’une année pour nous », dénonce Thomas Le Gall, le président de l’association Pêche Avenir Cap Sizun. Malgré un procès gagné contre l’autorisation délivrée par la Préfecture de pêcher pour ces chalutiers, ceux-ci continuent leurs traits… avec le soutien du comité régional des pêches présidé par Olivier Le Nézet !
L’enjeu ici est clair : non pas de savoir quelle pêcherie est bonne ou non, mais bien de déterminer qui peut exploiter la bande des 9 miles côtiers, pourquoi et surtout comment ? L’UDB est déjà intervenue pour faire savoir sa position : ici, le rapport de force est très largement inégal et une activité de pêche ne peut remettre en cause les autres. De fait, la présence de ces chalutiers dans les mêmes eaux qu’une communauté de pêche existante met non seulement en péril la ressource, via la surexploitation, mais aussi la communauté de pêche elle-même ! Comment partager ? « La présence des chalutiers n’est pas nouvelle », explique un patron-chalutier. Et c’est très juste ! Ce qui est en cause, c’est la technique de pêche dite du « 4 panneaux ». « Ce ne sont pas des chaluts de fond ici, mais des pélagiques », explique Thomas Le Gall avant de préciser que « ces chalutiers-là devraient opérer au-delà des 9 miles. Le comité régional des pêches essayent de nous opposer aux chalutiers, mais nous recevons aussi du soutien de certains chalutiers ». La question n’est donc pas d’opposer les pếcheries, mais de respecter ou non les règles.
Plus largement, la question posée est donc celle du droit : dès lors qu’un jugement a été donné (et quand bien même un dépôt a été fait en cassation), que fait la préfecture maritime en cas de non respect de la décision ? L’État semble aux abonnés absents et ses services se renvoient la balle. En attendant, l’association des ligneurs de la pointe Bretagne dénonce « un massacre ». En plus des lieux jaunes et autres bars, ils ciblent deux espèces nobles : la dorade grise et le pagre. Les chalutiers pêcheraient « sans aucune mesure de gestion ou quotas ». Selon eux, ce sont entre 7 à 10 tonnes par nuit qui sont pêchées et revendues entre 50 et 60000€. Un trafic juteux ! Pour le patron-chalutier, le 4 panneaux a en effet un effort de pêche qui est sûrement trop puissant : « il faudrait sûrement augmenter la maille pour éviter la prise de petits poissons. Si ce travail n’est pas accepté par les pêcheurs concernés, alors on pourrait limiter la saison ou le temps de pêche sur site ».
Les chalutiers pélagiques, les fileyeurs et les bolincheurs sont à l’arrêt du fait de la fermeture du Golfe de Gascogne, mais aussi du mauvais temps. Et pendant ce temps, ces deux chalutiers – qui, de fait, son considérés comme pélagiques – font fi de la réglementation, sans que personne ne les interpelle. Mais où donc est l’État et qui, désormais, fait respecter la loi ? Si l’on souhaite une cohabitation honnête entre pêcheries, il faudra bien un arbitrage et des règles.
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