
Ce mardi 23 juin, l’Assemblée nationale votait un texte ouvrant la possibilité de l’autonomie pour la Corse, présentée comme une « communauté insulaire » pour éviter le mot « peuple ». Le chemin est encore long, avec un passage nécessaire au Sénat, puis en Congrès (ensemble des députés et sénateurs), avant l’adoption d’une loi organique définissant les domaines dans lesquels la Collectivité de Corse pourra adapter les lois et règlements hexagonaux, ou fixer ses propres règles.
Ce vote est malgré tout historique, puisque c’est la première fois que l’Assemblée nationale françaises vote en faveur d’un statut d’autonomie pour un territoire considéré comme faisant partie de la France métropolitaine. Le Conseil régional de Bretagne ayant lui aussi demandé la mise en place d’un statut d’autonomie, en 2022, le vote des députés bretons n’était pas neutre : même si le territoire concerné n’est pas le même, l’occasion est révélatrice de leur positionnement idéologique au sujet de l’autonomie.
Commençons par éliminer l’extrême-droite : la Bretagne n’a jamais élu aucun député RN. Ce groupe s’est illustré en se mobilisant massivement contre l’autonomie. Seuls deux des 122 membres était absents, et tous les présents ont voté contre l’autonomie. Cette position est cohérente avec l’opposition du RN à l’autonomie de la Bretagne. Pour rappel, le groupe RN au Conseil régional de Bretagne, dirigé par Gilles Penelle, avait été le seul en 2022 à voter contre le vœu pour l’autonomie proposé par les élus régionaux de l’UDB et du groupe Breizh a-gleiz.
Le groupe macroniste a logiquement voté pour le texte, puisqu’il était issu d’un compromis entre les nationalistes corses et le gouvernement. Quelques abstentions et votes contre se sont toutefois distingués, mais aucun de Bretagne. Parmi les votes pour l’autonomie, on peut citer ceux d’Eric Bothorel, député de Lannion-Paimpol, d’Hervé Berville, député de Dinan, de Sandrine Le Feur, députée de Morlaix, ou encore d’Annaig le Meur, députée de Quimper. Au total huit députés macronistes bretons ont voté pour l’autonomie de la Corse.
Autres groupes dans lesquels les Bretons ont voté unanimement pour l’autonomie : le groupe Écologiste et Social, avec quatre votes pour, dont par exemple Julie Laernoës à Nantes ou Jean-Claude Raux à Châteaubriant, et aucun vote contre ou abstention ; et le groupe Les Démocrates, avec quatre vote pour également, dont Erwan Balanant, député de Quimperlé, et Mickaël Cosson, député de Saint-Brieuc. Paul Molac, député de Ploërmel et membre du groupe LIOT, a logiquement voté pour également.
Dans le groupe La France Insoumise, six députés bretons ont voté pour, dont Muriel Lepvraud, députée de Guingamp, ou Ségolène Amiot, députée de Nantes ; un seul, Mathias Tavel, député de Saint-Nazaire, a voté contre. La doctrine centraliste du parti a évolué depuis maintenant une dizaine d’année au sujet de l’autonomie de la Corse. Qu’en sera-t-il quand la question de l’autonomie de la Bretagne sera posée ?
Du côté socialiste, quatre députés bretons ont voté pour, dont Mélanie Thomin, députée de Châteaulin. Pour elle, « la République ne s’affaiblit pas lorsqu’elle reconnaît ses singularités. Elle se renforce, lorsqu’elle est capable d’apporter des réponses démocratiques ». Mickaël Bouloux, député de Rennes, ou Fabrice Roussel, député de Nantes, ont également voté pour. En revanche, Karim Benbrahim, député de Nantes également, a voté contre.
Du côté des députés bretons Les Républicains, le bilan est négatif : Jean-Luc Bourgeaux, député de Saint-Malo, est le seul membre breton du groupe LR à votre contre l’autonomie, tandis que son collègue Corentin le Fur, député de Loudéac, s’est abstenu. Dans le groupe Horizons, le seul Breton présent Jean-Michel Brard, député de Pornic, s’est abstenu également. La droite bretonne apparaît tiraillée et hésitante, prise en une aspiration réelle à l’autonomie à la base et une dérive nationaliste au niveau hexagonale.
Au total, sur les 37 députés élus en Bretagne, 27 ont voté pour l’autonomie de la Corse, une majorité très nette. Trois ont voté contre et deux se sont abstenus. Les cinq autres n’étaient apparemment pas présents en séance. Parmi les 27 votants pour l’autonomie, douze sont centristes, et quinze de gauche.
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