La jeunesse à l’honneur à l’AG de Div Yezh Breizh

Div Yezh
Anna et Fañch

L’association Div Yezh Breizh, qui représente les parents et élèves de l’enseignement bilingue public, tenait son Assemblée générale annuelle le samedi 28 juin, à Landerneau. Le point a bien sûr été fait sur l’état de l’enseignement bilingue public, qui scolarise plus de 11 000 élèves en classes Div Yezh (sur les 20 000 de Bretagne en classe bilingue ou immersive) et reste en croissance ininterrompue depuis plus de 40 ans, bien que le manque d’enseignants ne permet pas de répondre pleinement aux attentes des familles…

Pour rappel, si 40 % des jeunes de Bretagne déclarent qu’ils souhaiteraient scolariser leurs enfants en breton (sondage TMO-Régions 2018), seules 10 % des écoles proposent l’enseignement de ou dans cette langue. Sans oublier les 87 % des 18-24 ans qui se déclarent favorables à l’enseignement d’une langue régionale à l’école publique (magazine Le Point oct. 2023).

La première partie des discussions était consacrée au lycée. Le slogan affiché dans la salle « Bilingue français-breton de la maternelle au lycée » était clairement d’actualité ! La continuité du parcours au collège puis au lycée constitue une des priorités de Div Yezh Breizh. Le nombre croissant d’élèves en primaire exige que les transitions du CM2 au collège puis de celui-ci vers le lycée soient facilitées. Les ruptures de continuité du parcours scolaire bilingue à l’entrée du collège et a fortiori du lycée sont trop importantes. C’est la raison pour laquelle le réseau Div Yezh a lancé un groupe de travail sur le second degré afin d’identifier les freins comme les motivations à la continuité du parcours dans le second degré et surtout proposer des pistes d’amélioration. Un des problèmes est le manque de continuité par territoire. Il faut souvent aller dans un autre établissement que le collège ou lycée de secteur, et les dérogations ne sont pas toujours acceptées. Les participants ont pu écouter le témoignage d’Alwena, une élève qui a fait toute sa scolarité en bilingue jusqu’en troisième, mais a dû arrêter au lycée : son « premier choix » qui proposait une filière bilingue ne l’a pas acceptée faute de place (et n’a finalement pas pu ouvrir la filière faute d’élèves!) et son deuxième choix ne proposait pas d’enseignement du breton. Côté positif, le chef d’établissement du lycée de l’Elorn, à Landerneau, a expliqué, chiffres à l’appui, l’avantage pour un lycée de disposer d’une filière bilingue, y compris pour les conditions de travail des élèves qui n’y sont pas inscrits.

La parole est ensuite revenu à deux jeunes, Anna et Fañch, la première ancienne élève de Div Yezh et actuellement étudiante, le deuxième lycéen. Ils sont tous les deux au cœur du nouveau Conseil des jeunes de Div Yezh, conçu pour donner directement la parole aux élèves ou anciens élèves. Ils n’ont pas chômé ces derniers temps, entre manifestations, rendez-vous à l’Hôtel Matignon, au ministère de l’Éducation, à l’Assemblée nationale ou à la Région, contributions à la mission d’études sénatoriale sur la Loi Molac ou encore sur la réforme de la formation des enseignants, projets d’animations pour et avec les lycées bilingues, ils apportent « un souffle d’air frais » à l’action de Div Yezh, selon les mots du président, Eddy Penven. Et ils témoignent de la force de l’engagement de la jeunesse pour la langue bretonne.

Anna et Fañch racontent à la fois le plaisir et l’enthousiasme qui a été le leur durant leur scolarité bilingue Div Yezh, mais aussi les difficultés qu’eux et leurs camarades ont traversé à certains moments. Faute d’enseignement du breton en lycée agricole, Fañch a dû choisir (momentanément) entre son rêve de devenir éleveur et sa volonté d’aller au bout de l’apprentissage du breton, qui ne pouvait le mener qu’en lycée général. Il a choisi le breton, mais compte bien revenir à l’élevage dès que possible. Anna, elle, a eu bien du mal à s’inscrire en double-cursus universitaire breton / physique-chimie : « cela ne pouvait se faire que dans deux universités différentes, et il a fallu un mois de négociations pour y parvenir, car je ne rentrai pas dans les cases prévues », explique-t-elle.

Après des échanges très riches, les membres du Conseil d’administration (qui vient de s’élargir de 11 à 20 membres, preuve d’un réseau en forte expansion) sont repartis motivés pour continuer à développer l’enseignement bilingue en Bretagne, avec le soutien des élus présents : députée, conseillers régionaux et municipaux, de diverses tendances politiques, mais alignés pour faire avancée cette cause transpartisane à tous les niveaux.

> Nil CAOUISSIN

Nil Caouissin est professeur d'histoire, de géographie et de breton. Il est conseiller régional de Bretagne UDB depuis juin 2021. Il siège dans le groupe d’opposition “Breizh a-gleiz - Autonomie, écologie, territoires”.