
Depuis 1971, le Festival Interceltique de Lorient fait vibrer la ville durant une dizaine de jours. Jeux olympiques obligent, cette année les dates et la durée de la cinquante-troisième édition du festival avaient dues être décalées et ramenées à sept jours. Cela n’a en rien entamé le dynamisme de l’équipe organisatrice qui a signé cette année encore une bien belle édition, proposant aux festivaliers des rendez-vous tous plus riches les uns que les autres.
Concerts, concours, défilés, festoù-noz, master-classes, danse sous toutes ses formes, cinéma, expositions… durant une semaine entière, Lorient a été le rendez-vous incontournable de l’interceltisme, que ce soit au travers des rencontres, des échanges, du partage entre les différentes nations celtes, entre les femmes et les hommes, les jeunes et les moins jeunes. Partout la convivialité était le maître mot d’un festival qui cette année avait choisi de mettre l’accent sur la jeunesse des pays celtes. Exit donc le thème d’une nation invitée, qui revenait d’une année sur l’autre. Cette fois, la jeunesse était partout sur les scènes et dans les allées du festival.
Le rendez-vous de la jeunesse
Selon les mots de Jean-Philippe Mauras, le directeur artistique, il convenait de « célébrer le potentiel des nouveaux talents, booster la dynamique artistique émanant de groupes émergents, favoriser les initiatives culturelles en direction des jeunes, mettre en avant les structures dédiées à la jeunesse, notamment sur la transmission et enfin organiser des rencontres entre les jeunes des différentes nations pour partager le quotidien, favoriser les échanges et construire l’avenir ».
C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’a été créé un Interceltic Music Camp qui regroupait 16 jeunes musiciens, chanteurs et danseurs, huit filles et huit garçons, deux de chaque nation celte. Invités à participer sur toute une semaine, en amont du festival, à une résidence artistique, ils étaient coachés par deux musiciens chevronnés, Thomas Moisson et Youn Kamm.
Alors qu’ils ne se connaissaient pas avant leur arrivée à Lorient, au bout de quelques jours, la complicité était déjà palpable. Sous la conduite et les conseils avisés de leurs mentors, ils mettaient en commun leurs musiques respectives et montaient collectivement un répertoire qu’ils présentèrent ensuite au public, jouant plusieurs fois par jour sur les différentes scènes du festival.
Une idée vraiment originale et un succès absolument sans pareil, si l’on se fie à l’applaudimètre qui les accueillait à chaque prestation. Vous ne m’en voudrez pas de citer les deux Irlandais, du Donegal, Nia Ní Beirne (fiddle et chant) et Caoilte Ó Cuanaigh (guitare, mandoline et uilleann pipes). Les chiens ne faisant pas des chats, ces deux jeunes prodiges étant eux-mêmes fille et fils de musiciens renommés.
La jeunesse était également représentée par 60 jeunes danseurs de la confédération Kenleur qui donnèrent leur spectacle plusieurs fois, notamment lors des soirées Horizons Celtiques, grand spectacle nocturne présenté au stade du Moustoir.
Et puis cette incontournable jeunesse était aussi mise à l’honneur au travers des divers concerts et représentations qui faisaient la part belle à de jeunes, voire très jeunes artistes, sur les multiples scènes du festival : de la Place des Pays Celtes au Quai de la Bretagne, en passant par les Terrasses du Festival et l’incontournable Kleub qui vit se succéder chaque soir le must des groupes internationaux dans une ambiance absolument survoltée.
Des concerts comme s’il en pleuvait
Parmi les innombrables concerts, pratiquement tous à guichets fermés, citons la Grande Nuit de l’Écosse qui accueillait au Théâtre deux pointures : le plus breton des Écossais, Calum Stewart, suivi du fiddler Duncan Chisholm et son groupe.
C’était encore les Voix Celtes, à savoir le trio asturien Calea et le duo irlandais Zoë Conway (fiddle) et John Mc Intyre (guitare).
Et puis fantastique soirée que Sur les routes d’Écosse, qui permettait au tout jeune fiddler prodige Ryan Young de déployer son talent. Avec en seconde partie de soirée, la chanteuse Julie Fowlis qui nous gratifiait de superbes chansons en gaélique, tout en faisant une démonstration fort brillante de sa dextérité au tin whistle et à la cornemuse.

Le maître de la gaïta Carlos Núñez avait une place à part puisqu’il donnait trois concerts, tous complets. L’énergie déployée, comme à chaque fois, prouvait l’excellence du personnage.
Pour la troisième année consécutive, Ronan Le Bars avait la charge d’orchestrer la Celtic Odyssée, création interceltique qui voyait une quinzaine de musiciens et chanteuses de la vaste Celtie se succéder ou jouer à l’unisson. Un voyage ensorcelant des Asturies à la Galice, de la Bretagne avec Marthe Vassalo à la Cornouailles, du Pays de Galles à l’Ile de Man, de l’Irlande à l’Écosse. Ronan Le Bars, en maître de soirée, démontrant son rôle fédérateur.
Comment ne pas évoquer la Soirée Légendes Celtiques lors de laquelle l’un des plus grands flûtistes traditionnels, Matt Molloy himself, l’un des deux seuls survivants des Chieftains, nous offrait un concert d’une qualité exceptionnelle. Lui-même suivi du groupe entièrement féminin Cherish The Ladies.
Citons encore les soirées à l’Espace Jean-Pierre Pichard qui accueillaient les incontournables groupes lorientais Soldat Louis et brestois Matmatah. Eux-mêmes précédés des Gallois de NoGood Boyo, un rien déjantés et des dynamiques Irlandais de Seo Linn. Là aussi, les concerts étaient « Sold Out ».
Et puis, bien que moins médiatique, le CinéFIL pu permettre à un public de passionnés de découvrir ou redécouvrir quelques courts et longs métrages, produits dans les huit pays celtiques. Dommage que le public n’ait pas répondu très présent.
N’oublions évidemment pas la Grande Parade des Nations celtes qui cette année avait lieu le 15 août et pour laquelle on a dénombré pas moins de 92 000 spectateurs.
Et puisque l’on en est au chapitre des chiffres, précisons que l’édition 2024 du FIL a accueilli plus de 650 000 visiteurs. Plus de 160 000 billets et badges ont été vendus et que 1 million de téléspectateurs ont suivi la retransmission de la Grande Parade sur France 3 national.
D’ores et déjà les dates de l’édition 2025 sont connues. Le Festival se tiendra du 1er au 10 août 2025. Invitation sera faite aux Cousins d’Amérique. La Celtic Odyssée sera reconduite mais avec un nouveau maître de cérémonie en la personne de Calum Stewart. La première de ce spectacle sera d’ailleurs donnée le 29 mars au théâtre de Lorient. Une partie de la programmation du FIL sera annoncée fin novembre / début décembre et le programme complet sera révélé le 27 mars prochain.
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