
Les sections de l’UDB de Tréguier et de Lannion-Perros se sont réunies pour écrire un projet de territoire, un recueil de propositions politiques pour Lannion-Trégor Communauté, avant les élections municipales. Entretien avec Nil Caouissin, secrétaire de la section Lannion-Perros, qui a coordonné ce travail collectif.
Pourquoi avoir décidé de publier un projet au niveau de la communauté d’agglomération ? Le vote se fait dans le cadre communal…
Nil Caouissin : C’est toute la question. On vote dans un cadre communal, mais une grande partie des décisions sont prises au niveau intercommunal. Dans la plupart des communes, il n’y a que très peu de débat sur ce qui se passera ensuite à Lannion-Trégor Communauté. C’est un vrai problème démocratique. Nous avons souhaité mettre les pieds dans le plat et parler des sujets qui font débat sur le territoire de Lannion-Trégor Communauté, comme l’ont fait nos camarades de Lorient agglomération. Idéalement, on préférerait qu’il y ait une élection dédiée pour les communautés de communes, avec un vote de liste au scrutin universel direct. En attendant, on propose au moins une discussion sur le fond.
On entend souvent parler de Lannion-Trégor Communauté comme une instance très technocratique, dans laquelle les élus suivent les directives des services au lieu de piloter des politiques publiques. Comment faire bouger cette machine ?
La responsabilité politique reste celle des élus. Il faut qu’ils en prennent conscience. En attendant des évolutions institutionnelles, on peut déjà adopter des pratiques plus démocratiques. Je pense aux grands projets présentés comme structurants : durant le mandat passé, il y a eu débat sur le pont aval à Lannion, la rocade sud, et le Palais des congrès. Les deux premiers ont été abandonnés pour des raisons de coût, le troisième a été réalisé avec un gros dérapage budgétaire à la clé, et s’est transformé en grande salle de spectacle en cours de route, sans vrai débat. Sur ces trois projets, il aurait été possible d’organiser des débats publics suivis d’un référendum. La population, et la plupart des élus municipaux, sont très frustrés de ne pas avoir leur mot à dire sur ce genre de débats.
Dans votre document, vous critiquez le SKOPE (palais des congrès devenu salle de spectacle) en raison de son coût mais aussi d’une inadaptation au territoire. N’est-ce pas un peu tard ?
Nous nous y étions déjà opposés avant qu’il ne soit réalisé ! Maintenant, nous voulons que la population puisse savoir ce qui a dérapé, pourquoi le coût annoncé a été largement dépassé. C’est notre argent, nos impôts. Et le tout, pour un résultat qui n’était pas du tout ce qui était annoncé au départ. On se retrouve avec une énorme salle de spectacle dont le fonctionnement n’est même pas discuté en commission culture, puisqu’il dépend toujours de la commission économie. Comment mener une politique culturelle cohérente ? Pourquoi ne pas coordonner la programmation avec les autres salles, comme le Carré magique, pour éviter une concurrence stérile ? Nous voulons aussi défendre les associations qui, depuis des années, font un remarquable travail d’animation culturelle en milieu rural. Leurs subventions ont baissé ou ont été gelés (annulant des projets) depuis que le budget du SKOPE a dérapé. Ce n’est pas à elles de payer les pots cassés.
L’UDB de Lannion et Tréguier est aussi critique sur le PLUIH et sur la répartition des terres constructibles. Pourtant l’UDB n’est-elle pas favorable au Zéro artificialisation nette ?
Oui nous souhaitons qu’on aille vers l’arrêt du bétonnage des terres agricoles et naturelles. La question n’est pas là. Le problème est que les hectares encore constructible ont surtout été accordés… aux communes qui ont déjà le plus artificialisé leur territoire. Le maire UDB de Plounérin, Patrick L’Héreec, a été le seul maire à voter contre le PLUIH, car sa commune se voit totalement bloquée alors qu’elle est peu artificialisée et qu’elle attire des familles. À côté de ça, on va continuer à bétonner à Perros-Guirec… en grande partie pour faire des résidences secondaires (un tiers des logements dans cette commune, et jusqu’à 50 % sur d’autres communes côtières). Nous demandons de revoir le partage des terres artificialisables dans un souci d’équité, et pour favoriser la construction de résidences principales. Le texte PLUIH admet qu’il y a trop de résidences secondaires, mais fixe pour objectif… de freiner leur croissance, c’est à dire en fait de continuer à en ajouter ! Nous proposons au contraire de fixer pour objectif une réduction du parc de résidences secondaires. Elles occupent déjà un quart des logements du territoire de Lannion-Trégor Communauté. C’est énorme. Des familles doivent se résoudre à vivre dans des logements exigus ou à quitter leur lieu de vie à cause de la monopolisation des biens par des résidents secondaires.
Dans un contexte de crise pour la langue bretonne (baisse du nombre de locuteurs et d’élèves scolarisés), vous faites des propositions ambitieuses, comme de dépenser 5 euros par an et par habitant pour le breton, soit 500 000 euros. Pour quoi faire ?
D’abord, les acteurs de la langue bretonne ont besoin de soutien. En particulier Divyezh, Diwan et Divaskell, les trois réseaux sans lesquels l’enseignement du breton n’existerait probablement pas. Ils font un travail remarquable avec trois bouts de ficelles. On a un gros potentiel de progrès dans l’organisation de l’enseignement en breton en les aidant à assurer correctement toutes leurs activités, en leur permettant de programmer un développement plutôt que d’être toujours dans le court terme et la gestion de crise. Ensuite, il y a la vie en breton hors de l’école. Il manque un centre de loisir en breton sur le territoire ; le potentiel est là. Les familles qui veulent ce service doivent aller à Guingamp. Or, certaines renoncent en raison du temps de trajet et du coût. On pourrait aussi citer la médiathèque en breton de Cavan, qui vivote avec un demi-emploi, faute de soutien suffisant, alors que la feuille de route initiale et la liste des missions reposaient sur un emploi à plein temps. Impossible de faire ici toute la liste, mais les projets ne manquent pas. Le Trégor est un territoire où le breton reste vivant et où la population y est particulièrement attachée. Si l’on ne mène pas une politique linguistique ambitieuse ici, où le fera-t-on ?
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