
Petite-fille du comédien Jean Moign, militant UDB, Aziliz Manrow a quant à elle choisi la musique pour s’exprimer. Son deuxième album Et tout prend vie vient de sortir. L’occasion pour Le Peuple breton de la rencontrer.
Le premier album d’Aziliz, Earth, sort en 2019 juste avant « la catastrophe » : le covid ! « 2020 a été une année noire. Je me suis demandée si je n’allais pas arrêter la musique. La liberté est primordiale pour moi et je me suis retrouvée enfermée. Cela a retardé mon élan de créativité ». Il faudra attendre 2021 et une collaboration avec Denez pour qu’Aziliz retrouve du goût : « Je chante sur une chanson de l’album Stur an avel. Denez en breton, Oxmo Puccino en français et moi en anglais. Cette collaboration a été lumineuse ».
Depuis, elle « écrit comme jamais », principalement des textes en français. Elle cherche, elle se cherche aussi : « beaucoup d’introspection », confie Aziliz. Si elle a trouvé des réponses ? « Oui ! Abandonner les masques et arrêter de courir après le futur qui n’existe pas. Le covid a été un bâton dans ma roue. Mais la musique est toujours là, présente. Je ne passe pas à autre chose. C’est ma respiration. C’est pour ça que la période covid a été un cataclysme. J’étais tellement en colère que j’ai eu du mal à crier. Je l’ai fait plus tard. »
Sa principale décision a été de revenir vivre en Bretagne. « Je suis revenue de façon étrange : je fais mes bagages et j’arrive dans ma chambre d’adolescente. Toute mon enfance m’est revenue. D’où le titre de l’album : Et tout prend vie. Et c’est vrai ! Un retour aux sources ». Toutes les chansons de son deuxième album qui vient à peine de sortir ont ce même fil rouge : « le bilan, l’introspection, mon rôle dans cette existence. Suis-je encore légitime ? Qu’est-ce que je veux transmettre ? A qui ? »
Et force est de constater que le monde de la musique évolue. Aziliz se revendique de la pop, ses influences sont The Corrs ou Michael Jackson. Pas forcément à l’image de ce qui sort ces temps-ci donc. Mais selon l’artiste du pays de Quimperlé, « les réseaux ne sont pas représentatifs des gens qui vont dans les salles. Aujourd’hui, sortir un album est une carte de visite qui coûte cher ». Conseillée par Hervé Lauzanne, directeur artistique du label One Hot Minute, Aziliz innove.
Sororité
« J’avais en tête depuis longtemps de réunir des femmes. J’ai donc écrit Merc’hed kelt, l’hymne des femmes celtes, en réunissant plusieurs artistes contemporaines : Laurène Bourvon, Elise Desbordes, Clarisse Lavanant, Madelyn Ann, Sterenn Diridollou et Morwenn Le Normand. J’aurais bien voulu avoir plusieurs générations de chanteuses, mais certaines ont refusé, faute de temps ou d’intérêt pour le projet ». La mélodie a été composée par son père, Gwendal Le Goarnig, et l’adaptation en breton réalisée par Denez. « Je voulais créer un dynamisme entre nous, les artistes féministes en Bretagne. Nous rassembler autour d’une chanson. Et interroger la place des femmes dans le milieu artistique aussi. Ça évolue, mais on n’est pas encore à la parité dans la programmation ! Il y a une partie mythologique dans mon travail. Je surfe sur mes ambitions. J’ai senti qu’il fallait qu’on se connaisse ».

Sororité donc, mais pas que puisqu’Aziliz a aussi lancé une websérie en entamant un tour de Bretagne, à la rencontre des acteurs de la culture bretonne moderne, femmes ou hommes : Simon Cojean, Morwenn Le Normand, Maïlys Princé, Clarisse Lavanant… « On fait le même métier et on ne doit pas être en concurrence. On s’entend et donc on partage. La transmission se démultiplie. Comme quand tu offres un cadeau à quelqu’un : il y a deux personnes contentes, celui qui offre et celui qui reçoit ». Une philosophie généreuse…
Prochaines dates : promo le 6 mars sur Radio Caroline à Rennes, promo Leclerc à Pont l’Abbé le 8. Puis, le 21 à Pessac et le 22 à Bayonne.
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