
Le 21 septembre était organisée une journée par l’Institut Jean Jaurès et Ensemble sur nos territoires à Beaucouzé, dans le Maine-et-Loire. L’UDB y était invitée. Le sujet : la délibération et la fameuse « démocratie participative ». Mais alors que tout le monde parle de « citoyens au centre de la décision », un détail a frappé Lydie Massard : la décision, elle, est toujours entre les mêmes mains !
Comment peut-on parler de délibération démocratique quand ceux qui décident sortent tous des mêmes écoles, appartiennent à la même classe sociale et vivent dans une même bulle ? À quoi bon créer des conventions citoyennes si, à la fin, c’est encore et toujours la même élite, bien loin des préoccupations locales, qui tire les ficelles ? Visiblement, cette question a piqué au vif un des intervenants, enseignant en sciences politiques. Mon propos n’avait pourtant pas vocation à le cibler, lui, mais a faire un constat : le pouvoir est trop souvent concentré entre les mains des mêmes personnes, issues de la même caste, coupées des réalités de nombreux citoyens. Et ce n’est pas nouveau…
Auparavant, les contre-pouvoirs étaient au moins à la portée des ouvriers et des employés, notamment à travers les syndicats. Aujourd’hui, ceux-ci sont affaiblis, étouffés par des politiques qui ne laissent plus de place aux « petites gens ». Emmanuel Macron et ses réformes ont largement contribué à cette situation. A cela s’ajoute un autre phénomène : autrefois, quand les élites souhaitaient entrer en politique, elles passaient par les élections locales et rendaient des comptes aux citoyens, elles devaient s’ancrer dans la réalité du terrain, tester leur capacité à gouverner au quotidien, devant des citoyens lambda. Aujourd’hui, il est devenu courant de voir des personnalités accéder aux plus hautes fonctions de l’État sans jamais avoir exercé le moindre mandat local. On devient président de la République ou Premier ministre avant 40 ans, sans avoir jamais confronté ses idées aux réalités concrètes de l’exercice du pouvoir. Résultat : une déconnexion croissante entre les dirigeants et les citoyens.
Il est facile d’invoquer la démocratie participative comme une panacée. Mais regardons les faits. Depuis des années, nous voyons fleurir des initiatives de participation citoyenne : la Convention citoyenne pour le climat, les états généraux de l’alimentation, des budgets participatifs dans les communes… Ces dispositifs sont présentés comme des outils de mobilisation citoyenne, destinés à remettre le peuple au cœur du pouvoir. Sauf que, dans les faits, ces citoyens, qui réfléchissent, proposent et s’investissent, se retrouvent souvent impuissants face aux vraies décisions. Ces décisions, elles, sont prises ailleurs, par une poignée de technocrates et d’élus, bien confortablement installés dans leurs bureaux à Paris.
L’exemple du Grand Débat National est révélateur. Déclenché en réponse à la crise des Gilets Jaunes, ce débat devait permettre aux citoyens de s’exprimer librement et de participer à la refonte des politiques publiques. Dans toutes les communes de France, les citoyens ont été consultés, se sont mobilisés, ont pris du temps pour remplir des cahiers de doléances. Des heures de réflexion, de discussions animées, des idées couchées sur le papier. Les citoyens ont joué le jeu, pensant avoir une vraie voix dans les débats nationaux. Mais le résultat ? Absolument rien. Ce Grand Débat s’est terminé comme il avait commencé : par du vent. Aucune réforme majeure, aucune prise en compte sérieuse des propositions issues de ces milliers de cahiers. Un exercice de style, brillant sur la forme, creux sur le fond.
Depuis quelques années, pendant que l’on amuse les citoyens avec des budgets participatifs pour choisir de nouveaux jeux pour enfants ou planter quelques arbres, les grandes décisions — celles qui touchent à la fermeture des hôpitaux, à la réforme des retraites — sont prises bien loin de leurs regards. La démocratie participative, dans son état actuel, ressemble davantage à une diversion qu’à un réel partage du pouvoir. On occupe les citoyens pendant que les vrais enjeux, eux, continuent d’être traités dans les hautes sphères.
Et pourtant, au niveau local, il existe des signes d’espoir. Les élus des collectivités territoriales, au niveau des communes et des régions, sont souvent plus diversifiés et plus proches des réalités du terrain. Pourquoi ? Parce que les décisions locales sont directement influencées par les besoins de la population. Les maires et les conseillers régionaux ne sont pas enfermés dans une bulle technocratique, mais au contact direct des habitants. Il est donc légitime de se demander : et si la solution résidait dans une véritable décentralisation ?
Si la France adoptait un modèle plus fédéraliste, en donnant une autonomie réelle aux régions, la démocratie pourrait s’en trouver renforcée. Les décisions importantes, adaptées aux réalités locales, seraient prises par des élus responsables devant leurs administrés, et non plus par des technocrates déconnectés des réalités populaires. On en finirait avec cette illusion de pouvoir donnée aux citoyens pour mieux les tenir à l’écart des véritables leviers décisionnels.
Il est temps d’arrêter les pansements sur une jambe de bois. La démocratie participative ne pourra réellement fonctionner que si elle s’accompagne d’une réforme en profondeur de nos institutions. Rendre l’autonomie aux régions, réformer la fiscalité pour les collectivités, donner du pouvoir aux élus locaux et, surtout, rapprocher les décisions des citoyens. C’est à ce prix que nous pourrons, enfin, redonner du souffle à notre démocratie et sortir de cette mascarade où l’on fait mine de consulter le peuple sans jamais lui laisser le dernier mot.
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