Les dévoilés : un film sur les skippers

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Émouvoir un skipper semble une chose relativement facile : vous lui montrez des archives des moments ou bien des gens qui ont compté pour eux/elles et leurs gorges se nouent, leurs voix déraillent, leurs yeux brillent. C’est l’exercice auquel s’est livré le réalisateur Yannick Charles dans un 52 minutes à paraître prochainement. Le Peuple breton a pu le visionner en avant-(avant)-première !

Beaucoup de marins sont « taiseux ». Ce qu’ils ou elles vivent en mer est ineffable. La solitude, la difficulté d’un tour du monde, y compris en équipe, se subit plus qu’elle ne se raconte. « Les bavards font le service après vente des taiseux », argumente Loïck Peyron l’un des 5 skippeurs qui, avec Isabelle Joschke, Thomas Coville et Giancarlo Pedote, font face à la caméra dans une voilerie de la base des sous-marins de Lorient. Dans sa ligne de mire : Olivier de Kersauzon qui, selon lui, a été l’un des meilleurs défenseurs de cette discipline auprès du grand public, l’un de ceux qui a su donner du rêve aux « Terriens » parce qu’il était médiatique. Toutes et tous ne le sont pas, excepté durant les grandes compétitions qui passionnent de plus en plus en Bretagne. Beaucoup, comme Isabelle Joschke, rechignent à s’exprimer dans les vidéos qui leur sont imposées dans les compétitions.

Face à des vidéos d’archives, le réalisateur cherche pourtant à recueillir les témoignages de ces skippers. Quel intérêt ? Peut-être juste le plaisir d’écouter celles et ceux qui incarnent pour le grand public les derniers aventuriers ? Celles et ceux qui ont parcouru les océans si méconnus, comme certains navigateurs célèbres l’ont fait avant eux… mais nettement moins rapidement ! Car la compétition, c’est avant tout la vitesse, l’adrénaline, avec son lot d’accidents, de moments dangereux, quand le vent s’engouffre dans la carlingue, qu’elle craque. Naviguer dans ces conditions, c’est accepter le bruit et les chocs permanents, c’est avoir toujours une main à portée d’une sécurité pour s’accrocher quand, après avoir « volé », le bateau retombe sur l’eau ! « Est-ce que ça vaut le coup, pour 10 minutes d’intensité aussi fortes, de souffrir 80 jours ? Oui ! », estime Giancarlo Pedote.

Chacun à leur tour, ils et elles parlent des grands moments de la voile (du Vendée Globe surtout), de l’émotion de leurs arrivées, évoquent les camarades disparus comme Florence Arthaud qui manque à Anne Liardet, l’évolution technologique aussi tant la voile de compétition a changé en quelques décennies. La voile, comme le dit Loïck Peyron, est aussi un sport étrange où le dernier concurrent est aussi respecté que le vainqueur du fait de l’exploit que constitue une traversée d’océan ou plus encore un tour du monde.

Outre le témoignage de ces marins, on prend plaisir à découvrir (un peu) l’intérieur de ces blockhaus modernes qui parsèment désormais le site de l’ancienne base des sous-marins de Lorient. Ici s’invente la voile du futur. L’expression n’est pas exagérée puisque le transfert de technologie de la voile de compétition à l’industrie est en cours : le conseil régional de Bretagne votera en effet mi-décembre une feuille de route sur le transport maritime propulsé par le vent…

> Gael Briand

Journaliste. Géographe de formation, Gael Briand en est venu au journalisme par goût de l'écriture et du débat. Il est rédacteur en chef du magazine Le Peuple breton depuis 2010. Il a également écrit « Bretagne-France, une relation coloniale » (éditions Ijin, 2015) et coordonné l'ouvrage « Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles » (Skol Vreizh, 2015). [Lire ses articles]