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Dette publique : la foire à la démagogie

Durant les périodes électorales, qu’importent les candidats (de Jean-Luc Mélenchon qui « rase gratis » à Marine Le Pen qui veut baisser impôts et cotisations en passant par l’argent magique d’Emmanuel Macron), on ne parle que de l’argent à investir, jamais ou presque des moyens de financer les politiques publiques. Dans une tribune très juste, Alan Le Gal fustige la démagogie de ces pratiques.

En 2022, les comptes publics de la France seront en déficit depuis 47 ans et ils ne sont pas près de dégager des excédents qui permettront de rembourser les emprunts. La dette cumulée par l’État, les organismes divers d’administration centrale, les collectivités territoriales et les organismes sociaux (Sécurité sociale, assurance chômage) s’élèvent à 2 834 milliards € au 30 septembre 2021 selon l’INSEE, soit 56 500 € pour chacun des 67,8 millions d’habitants et à 116 % du Produit Intérieur Brut. Bien que la situation soit inquiétante, les candidats aux élections ne proposent pas de prendre les mesures pour rééquilibrer les comptes. Afin d’obtenir les voix des électeurs ils promettent de donner davantage sans augmenter les impôts et/ou les cotisations. Beaucoup comptent sur la lutte contre les fraudes pour payer leur programme. La fraude fiscale est intolérable et doit effectivement être traquée, mais les résultats sont inconnus car leurs auteurs ne la déclarent pas et les contrôles ont un coût qui réduit le rendement.

Emmanuel Macron, candidat à sa succession à la présidence de la république, a pris dans le trésor public pour envoyer un chèque « pass culture » aux jeunes de 15 à 18 ans, a réduit de moitié le droit de chasse, a fait une ristourne aux consommateurs de carburants et vient de promettre la suppression de la redevance audiovisuelle. Ces dépenses ne sont pas véritablement des cadeaux car il faudra rembourser les emprunts qui ont permis de les payer. Les candidats de l’extrême droite affirment qu’ils financeront leur programme avec les économies réalisées sur les immigrés. Jean-Luc Mélenchon avait déclaré dans sa campagne de 2017 qu’il ne rembourserait pas les emprunts de la France car, selon lui, les prêteurs savaient que la France ne pouvaient pas les rembourser, que c’est donc un risque qu’ils avaient pris et qu’ils devaient assumer avec son arrivée au pouvoir. Pour faire ce coup, il faut équilibrer les comptes immédiatement afin de ne plus avoir besoin d’emprunter car il n’y aura plus de prêteurs pour répondre à la demande. En 2022, il veut faire payer la dette par la Banque Européenne. En supposant qu’elle ait les capitaux nécessaires, les fonds dont elle dispose pour ses actions en faveur des États européens sont ceux de ces États. S’il faut financer des actions futures, ces États devront reverser de l’argent qu’ils emprunteront. La dette est toujours là. Rien n’est résolu.

Il faut viser un principe simple qui consiste à avoir des comptes en équilibre [ndlr : comme il est demandé aux collectivités territoriales soit dit en passant]. Cela permet d’emprunter pour faire face à des dépenses imprévues – et elles ont été nombreuses et coûteuses au cours de ces dernières années. Les gilets jaunes ont obtenu 12 milliards d’euros, le covid 19 va coûter 424 milliards d’euros selon le ministre de l’action et des comptes publics, le soutien des Ukrainiens en guerre pour leur liberté est une autre dépense imprévue et il faudra financer la transition énergétique car les menaces du dérèglement ne sont pas un « risque » mais un fléau déjà bien observable et très coûteux.

Il faut être dans la situation de pouvoir se passer d’emprunter et de ne pas subir les évolutions dangereuses du marché monétaire. Le gouverneur de la Banque de France vient d’attirer l’attention sur les conséquences de l’augmentation des taux d’intérêts. Une hausse de 1 % engendre 40 milliards d’euros de charges supplémentaires pour le budget de l’État. Être responsable, c’est prendre les mesures qui remettent les comptes en équilibre et ne pas demander aux enfants et petits-enfants de payer le train de vie des générations actuelles. L’augmentation du taux de l’impôt sur le revenu qui est plafonné à 45 % actuellement améliorerait les comptes publics. Est-il acceptable que les ménages qui gagnent des millions d’euros par an puissent en garder plus de la moitié quand beaucoup d’autres ont du mal finir les mois ? Une taxe au taux de 0,1 % sur les transactions financières, soit 10 € par tranche de 10 000 ferait beaucoup de bien au trésor public sans provoquer aucune fuite des capitaux. Il faut enfin mettre fin au parasitisme scandaleux mais toléré que sont les paradis fiscaux y compris dans la Communauté Européenne (Luxembourg, Pays Bas…).

La démagogie n’est pas la solution pour gérer sainement un État mais qui osera proposer de bonnes politiques avant que les marchés financiers imposent leurs conditions ?

> Alan Le Gal

Rédacteur. Expert-comptable et commissaire aux comptes à la retraite, Alan Le Gal porte un regard engagé sur l'actualité. L'actualité locale depuis sa commune de Pont-Scorff (Morbihan) mais aussi régionale voire internationale grâce à ses activités associatives ou militantes en faveur de la culture, de la langue bretonne ou encore de la réunification administrative de la Bretagne. [Lire ses articles]