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Femmes et musique bretonne : une équation encore déséquilibrée

Nolwenn Bernard / Denise Maréchal

Alors que la mixité s’impose peu à peu dans tous les bagadoù, force est de constater que dans les concours ou sur scène, il est encore compliqué pour les femmes de se faire une place.

Marthe Vassallo, chanteuse de musique traditionnelle, s’est positionnée sur la question depuis plusieurs années. Elle affirme, dans les actes du colloque « Orphées orphelines ou les musiques au féminin » : « Pour moi, la musique bretonne est un milieu bien plus machiste que misogyne », dénonçant « l’inégalité inaperçue parce qu’omniprésente ». Reprenant les données collectées par Tamm Kreiz, elle annonce les chiffres de « 13 à 17 % de femmes sur la scène en fest-noz dont les 2/3 de chanteuses, soit 6 à 7 % d’instrumentistes ». À la question : cette proportion de femmes sur scène reflète-t-elle le faible effectif de femmes musiciennes ?, Marthe Vassallo répond : « Les enseignants font tous part d’une majorité de filles dans leurs cours. Ce n’est donc pas que la musique bretonne n’intéresse pas les filles mais que de la fille à la femme, la pratique musicale tend à s’invisibiliser ». Recherchant les causes, elle énumère des caractéristiques de la sphère fest-noz qu’elle associe à des valeurs machistes : la fête et l’ébriété, la puissance, la connotation masculine des instruments, un substrat historique de militantisme, les origines militaires des bagadoù. Elle insiste ensuite sur le rôle primordial des affinités « entre hommes » dans le recrutement et les propositions de contrats professionnels. Pour elle, les solutions résident dans la mise en place de quotas réalisables. « 25 %, 30 % de femmes ce n’est pas impossible, c’est ce à quoi arrivent les organisateurs qui s’en donnent la peine » et dans une libération de la parole et des échanges, notamment sur la question de la maternité. « Qu’elle soit réelle ou potentielle, la maternité des femmes influe sur leur orientation et sur leurs choix de vie ».

Des réflexions qui ne peuvent que faire réagir

Pour Nolwenn Bernard, 25 ans, harpiste professionnelle diplômée, « la scène bretonnante est à l’image de la société patriarcale qui demande toujours aux femmes de faire leurs preuves ». Elle déplore de l’avoir constaté à de nombreuses reprises : « Les programmateurs de festivals ne cherchent pas de femmes et ne sont pas assez préoccupés de la parité. Quant aux femmes, elles osent moins démarcher car elles savent qu’elles vont essuyer des refus de principe ou qu’on leur demandera beaucoup plus qu’aux hommes. De plus, elles ne peuvent pas se permettre de refuser des projets, et ce, quelles que soient leurs compétences ». Sur le faible effectif, elle constate également : « En duos, pour les concours, il est compliqué de trouver des femmes. Elles sont souvent cantonnées au chant et parfois s’accompagnent d’instruments. Je peux compter sur les doigts d’une main les musiciennes que j’ai croisées sur scène. La plupart de mes amies musiciennes se sont « rangées » en école de musique. On tolère beaucoup mieux les femmes dans cette profession. Et puis, elles privilégient davantage la vie de famille que les hommes ».

> Denise Marechal

Denise est agrégée de lettres modernes, enseignante en lycée à Quimper et chargée de cours à l'université (UBO). Autrice de publications parascolaires et de vidéos de préparation aux examens. Elle est également correspondante de presse locale, militante féministe et engagée dans la défense des droits des minorités.