Accueil / À la Une / Entretien avec Hakara Tea, formateur de la Fresque du Climat

Entretien avec Hakara Tea, formateur de la Fresque du Climat

Droits réservés: Olivier Dréan

Le dérèglement général du climat est une réalité qui pèse chaque jour davantage sur notre cadre de vie et notre économie, agricole et marine notamment. Le 6ème rapport d’évaluation du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sera rendu public dans sa version finalisée au second semestre 2022 mais son premier volet, publié le 9 août 2021 et intitulé « Changement climatique 2021 : les éléments scientifiques », montre déjà une accélération du phénomène, les sept dernières années ayant été les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète depuis le début de l’ère industrielle. Pour autant, connaissons-nous vraiment les mécanismes qui, interagissant les uns avec les autres, entraînent l’augmentation des températures dans l’atmosphère et les océans ? Le Brestois Hakara Tea, ingénieur de formation, a décidé de se consacrer à cette tâche en animant des ateliers collaboratifs, ouverts à tous les publics et intitulés La Fresque du Climat. Il nous en explique la finalité et le fonctionnement.

Le Peuple Breton : Hakara, vous vivez à Landeda, dans le pays des Abers. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous dire ce qui vous a conduit à développer votre activité de formateur sur le climat en Bretagne ? 

Hakara Tea : En fait, c’est un retour au pays. Je ne suis revenu autour de Brest, et plus précisément à Landeda, avec ma compagne, qu’il y a un an ! Un retour aux sources car mes parents vivent à Brest depuis plus de 40 ans, et j’y suis resté jusqu’à la fin de mon lycée. Entre temps, il y a eu des études scientifiques à Polytechnique et aux États-Unis, un passage dans le monde des costards-cravates dans le quartier de la Défense à Paris, puis de belles années en chemises à manches courtes dans l’éducation et le développement dans mon pays d’origine, le Cambodge, et d’autres pays d’Asie, les Philippines et le Vietnam notamment… Avant un retour en France en 2012 où j’ai surtout travaillé sur des problématiques d’insertion socio-professionnelle et d’égalité des Chances, sur des projets toujours à cheval entre les mondes de l’entreprise, de l’éducation et du social. Revenir en Finistère, c’était à la fois pour me rapprocher de ma famille et contribuer à la transition de ce territoire qui me ressource et me nourrit.

Vous avez décidé de vous investir à titre privé mais aussi professionnellement dans la protection du climat. Qu’est-ce qui vous a guidé vers ce choix de vie ? 

Ce qui a déclenché ma bascule, ce sont des lectures à partir de 2017 : le résumé pour les décideurs du GIEC, L’Age des Low Tech de Philippe Bihouix et Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne, pour ne citer que les plus marquantes. Et surtout cette phrase de Nicolas Hulot quelques mois après sa démission du gouvernement en 2018 : « Si on vous dit que vous avez une bronchite ou un cancer généralisé, ce n’est pas la même chose ». Il entendait par là que les réponses en France comme dans le monde n’étaient pas à la hauteur des enjeux.

Je savais déjà à quel point je mettais les questions climatiques et environnementales au second plan par rapport à mes choix de vie personnels et professionnels. Comme beaucoup, je considérais que j’étais plutôt bien informé de ces problématiques mais je ne m’étais jamais offert le temps et l’espace pour mesurer pleinement leur ampleur et accueillir tout le malaise, voire la douleur, que ces prises de conscience peuvent faire naître. Mon mode de vie, ma vision du monde, de son avenir, mon idée du progrès, mon idéal de société, la promesse que je voudrais faire à nos enfants… Cela remet tellement de choses en question !

En lisant cet entretien avec Nicolas Hulot, j’ai été effaré de réaliser que c’était peut-être également le cas de nombre de citoyens et de décideurs, et ça m’a encouragé à m’impliquer encore plus sur ces sujets.

Vous êtes formateur pour l’association La Fresque du Climat créée par Cédric Ringenbach dans le but de sensibiliser un maximum de personnes aux causes et aux effets du dérèglement climatique. Pouvez-vous nous présenter les objectifs de cette initiative récente, puisque sa création date de 2018, mais qui a déjà touché plusieurs centaines de milliers de personnes ?

Effectivement, trois ans à peine après sa création, l’association est en train de passer le cap des 250000 participants, dont près de la moitié sont des étudiants. Pour paraphraser le site de l’association, cette initiative est partie du constat que le changement climatique est un problème collectif complexe… Et qui gagne à être vraiment mieux compris par l’ensemble de la population! Nous avons peu de temps, et c’est en comprenant ce défi ensemble que nous apporterons des réponses à la hauteur. L’ambition de l’association est de créer une chaîne d’acteurs pour rapidement relayer cette pédagogie climatique, et atteindre le point de bascule social qui permettra le tournant vers un monde bas-carbone.

La Fresque du Climat, c’est un outil sur lequel les formateurs comme vous s’appuient pour créer des échanges entre les participants. Pouvez-vous nous le présenter ? 

C’est un atelier collaboratif de trois heures, qui permet à chacun de comprendre l’essentiel des enjeux climatiques pour passer à l’action. Il s’appuie sur les travaux du GIEC, dont tout le monde n’a pas forcément le temps de lire les rapports de 4000 pages… ou même les résumés de 40 pages très denses et pas faciles à intégrer, même lorsqu’on a une bonne culture scientifique, comme c’est mon cas. L’efficacité du jeu repose sur son approche progressive, son côté visuel et l’interaction entre les participants, dont les questionnements, les tâtonnements et les enrichissements mutuels permettent une meilleure mise en lien entre les différents éléments et de développer une vision globale des enjeux.

L’atelier se finit par une phase de « debriefing » et d’ouverture vers la suite, qui est propre à chaque animateur. En ce qui me concerne, je dédie un temps particulier aux engagements pris aux niveaux mondial et de la France lors des différentes COP (Conférences des Parties), pour permettre à chaque personne de pleinement quantifier et réaliser la hauteur des enjeux et je tiens à consacrer un temps de partage de réactions pour les participants. Je suis souvent frappé qu’il puisse y avoir tant de diversité de réactions dans un même groupe, avec des intensités et des couleurs très variables. Pour moi, être conscient de cette diversité, pouvoir les partager et les accueillir et se relier à d’autres personnes partageant le même constat est particulièrement précieux pour mieux passer à l’action collective par la suite.

Ensuite, je donne des pistes pour aider les participants à continuer à s’informer, s’inspirer, agir… Et se rapprocher d’autres acteurs et de belles initiatives, qui ne demandent qu’à être soutenus !

Comment peut-on participer à une formation ou devenir soi-même formatrice ou formateur pour la Fresque du Climat ? 

Pour participer à un atelier, en présentiel ou en distanciel, on peut trouver la plupart des dates sur le site de l’association. Pour le Finistère, nous communiquons aussi à travers une page Facebook. Et pour ceux qui voudraient passer à l’animation, une fois qu’on a vécu un atelier, il suffit de suivre une formation de 3 heures pour rejoindre notre communauté grandissante de « fresqueurs » et s’y engager chacun à son rythme. Clin d’oeil aux bretonnants: le jeu existe aussi « e brezhoneg » sous le nom de « Tresit an hin » !

> Christian Guyonvarc’h

Christian Guyonvarc'h est conseiller régional UDB, membre du groupe "Breizh a-gleiz". Conseiller régional UDB de 2004 à 2015 et notamment chargé des affaires internationales, puis de 2004 à 2010 et rapporteur général du budget de 2012 à 2015, Christian a également été porte-parole de l’Union démocratique bretonne, mais aussi cofondateur et secrétaire général de la fédération Régions et Peuples Solidaires.