Les Mysteriales, à Redon, un festival littéraire qui devient incontournable

C’est à Redon, dans le décor toujours un peu parsemé de mystères du cloître de l’abbaye St Sauveur – le natif Belphégor n’est jamais très loin – qu’a eu lieu le samedi 21 août dernier la seconde édition de cette manifestation consacrée aux « littératures populaires et de l’imaginaire ». Une place de choix parmi les rendez-vous bretons consacrés au livre.

Après une année de pause en raison de la crise sanitaire, c’est un succès renouvelé qui vient couronner l’initiative des fous redonnais du bouquin : une équipe d’une vingtaine de furieux bénévoles, auteurs, illustrateurs, éditeurs, libraires ou simplement lecteurs passionnés de tous poils, sous l’égide de Julien Labat, président de l’association organisatrice. Une trentaine de stands d’éditeurs en majorité bretons, parmi les plus variés, du polar à la SF, avec chacun 3 à 5 auteurs pour présenter et dédicacer leurs ouvrages.

En fin de course, quelque 700 visiteurs, une fréquentation légèrement inférieure à celle de 2019 : « Nous n’étions pas non plus dans les mêmes conditions. Après un an de traversée du désert, on ne savait pas si les gens allaient se déplacer. D’autant qu’il y avait à l’entrée la barrière – quand bien même souriante – du « passe sanitaire », résume Christophe Buchy, libraire à Redon. Le public s’est déplacé d’au moins 200 km à la ronde ! »

« Ce type de rendez-vous est très important pour des petites éditions comme nous, souligne Sandrine Scardigli, de Gephyr. Cela permet de renouer avec un public et retrouver sans jeu de mots notre « lisibilité » juste avant la rentrée littéraire. » Stéphane Batigne, le « petit mais costaud » de Questembert qui développe un catalogue éclectique d’auteurs bretons depuis plusieurs années module : « tout dépend du mode économique de la boîte et de ses moyens de diffusion, en librairie ou sur internet. Je travaille par exemple avec Coop Breizh. Ce que je vends sur Amazon sert à se faire connaître parfois mais ne me rapporte rien : l’ogre nous dévore jusqu’au moindre centime… »

Hormis les exposants, dont des pointures comme le nantais L’Atalante qui fait référence en la matière, mais surtout une foison de perles rares comme Locus Solus, Noir d’absinthe, Inceptio, Oneiroi, deux événements : une table ronde autour du thème « Créer une maison d’édition en littérature de l’imaginaire : désirs et défis », a réuni la participation de vaillants Chevaliers, des Arts et des Lettres evel-just ! Ainsi qu’une lecture publique en clôture d’extraits d’une prochaine publication d’une anthologie vampirique sous la houlette éclairée d’Yves Letort.

Et pour le fouineur, qu’il soit fondu de polar, de steampunk ou de fantasy, de superbes rencontres et découvertes, telles Jérôme Nédelec et ses « Frontières Liquides » en Bretagne médiévale (cf. Le Peuple breton, mai 2018), avec toute l’écurie Batigne, ou le tout frais « Chien du Forgeron », superbe réécriture du mythe irlandais de Cúchulainn, par Camille Leboulanger de Saint-Brieuc, aux éditions Argyll.

Commentaire de Claudine Glot, fondatrice du Centre de l’Imaginaire Arthurien de Comper, venue dédicacer son dernier ouvrage, « Album secret de Brocéliande » paru chez Ouest-France : « une belle journée de bout en bout ! » Pari tenu donc pour une petite bande un peu perchée soutenue matériellement et financièrement par la municipalité et l’agglomération de Redon. « Félicitations : un salon qui grimpe ! », a souligné Marc Droguet, adjoint à la Culture de la ville.

Un festival de qualité qui en raconte et compte désormais…

> Jean Boidron

Contributeur. Trilingue breton-français-gallo, professeur de Lettres et de breton dans l’enseignement public à Redon, Jean Boidron est aussi militant syndical, cofondateur de l’association rennaise « Graines de conte » et vice-président de l'Institut culturel de Bretagne. Ancien président de Dastum, il a également été professeur-conseiller au Musée de Bretagne et professeur-associé au Centre de l’imaginaire arthurien. Côté journalisme, Jean Boidron a dirigé la revue Musique bretonne, été chroniqueur pour Trad Magazine et écrit régulièrement pour le magazine Le Peuple breton. Il est l’auteur de Gousperoù ar raned / Les vêpres des grenouilles publié aux éditions Dastum (1992). [Lire ses articles]