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Quelle majorité politique pour la région Bretagne ?

Bertrand Desiles, CC BY-SA 4.0

Le deuxième tour des élections régionales, ce dimanche 27 juin, est très ouvert, avec 5 listes en course, séparées par un écart maximum de seulement 6 points lors du premier tour du 20 juin dernier. Or, avec autant de listes, le mode de scrutin ne garantie pas une majorité absolue pour la liste arrivée en tête, et pourrait ainsi nécessiter un « troisième tour ». Éclaircissements.

Au deuxième tour des élections régionales, la liste arrivée en tête reçoit une prime majoritaire d’un quart des sièges environ (21 sur 83 pour la Région Bretagne). Le reste des sièges est attribué à la proportionnelle. En règle générale, la liste arrivée en tête s’attribue donc une majorité absolue en sièges et gouverne seule. Mais si le deuxième tour est disputé par plus de trois listes, il devient possible de gagner avec moins d’un tiers des voix… et donc de manquer la majorité absolue malgré la prime majoritaire. Par exemple, une liste arrivée en tête avec 25 % des voix seulement s’attribue un peu plus de 40 % des sièges (la prime majoritaire d’un quart des sièges, plus, à la proportionnelle, 25 % des trois quarts restants, soit un peu moins de 20 % du total).

Ce scénario peut très bien se produire dimanche. À vrai dire, si les électeurs mobilisés sont les mêmes qu’au premier tour, il est improbable qu’une liste parvienne à dépasser les 33 % et à sécuriser ainsi une majorité absolue. Loïg Chesnais-Girard l’espère et compte sur les électeurs de Thierry Burlot (LREM), mais rien n’indique que ces derniers lui feront ce cadeau. Quant aux électeurs de Daniel Cueff, ralliés à Chesnais-Girard, on peut se demander s’ils suivront tant la magouille est écœurante (Daniel Cueff ayant fait toute sa campagne de premier tour sur une ligne anti-parti et sur l’engagement absurde de ne faire alliance avec personne).

Que ferait Loïg Chesnais-Girard avec une majorité limitée, disons, à 40-45 % des sièges ? Il avait indiqué en septembre refuser l’alliance de premier tour avec En Marche, tout en ouvrant la porte pour le « troisième tour ». Il avait sans doute déjà décidé de bloquer une fusion à gauche avec les écologistes et fédéralistes !

Certes, une alliance sur le tard avec la majorité présidentielle ne plairait pas à ses colistiers, en tout cas pas tous. Mais Loïg Chesnais-Girard a déjà amplement démontré sa capacité à piétiner ses alliés : humiliation du PCF qui a vu la tête de liste assumer publiquement ses votes pour Macron quelques heures après que les communistes ne l’aient rallié ; humiliation du PS dont le logo ne figure même pas sur l’affiche et dont les candidats sont souvent relégués loin du haut de liste, au profit de fidèles de Jean-Yves Le Drian ; humiliation des régionalistes quand Chesnais-Girard attaque violemment le projet de statut de résident, pourtant soutenu publiquement par Paul Molac… sans parler de la sensibilité écologiste des colistiers, sans doute heurtée par l’intégration de dernière minute d’un Daniel Cueff selon lequel « le mouvement écologiste envoie les Bretons à l’ANPE ».

On voit que Loïg Chesnais-Girard n’est pas à une délicatesse près et pourrait fort bien tenter de construire une majorité avec les colistiers de Thierry Burlot et la tendance drianiste de sa propre liste, quitte à laisser quelques mécontents au bord du chemin.

D’un autre côté, Claire Desmares Poirrier (pour la liste écologistes et fédéralistes) compte sur d’importantes réserves de voix de gauche, écologistes et autonomistes pour rattraper son retard et passer de 14,84 % à plus de 25 %. Si elle arrive devant Chesnais-Girard, elle obtiendra la prime majoritaire, mais ne pourra pas non plus gouverner seule. Pour elle, la bonne option pourrait être de tendre la main aux élus de gauche heurtés par la campagne de Loïg Chesnais-Girard : communistes, socialistes sincères, régionalistes…

Si le troisième tour peut réserver quelques surprises, le deuxième reste néanmoins déterminant, car la liste qui aura obtenu la prime majoritaire sera de toute manière incontournable pour bâtir une majorité.

 

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Le Peuple breton est un magazine d’opinion, mensuel, entièrement bénévole fondé en 1964. Il est tiré à 4000 exemplaires papier par mois.