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La question du droit au logement débattue à Douarnenez

Le collectif Droit à la Ville Douarnenez (voir PB avril/n°687) a présenté une partie de sa recherche-action aux habitants de la cité penn-sardin. C’est entre 60 et 80 personnes qui se sont rassemblées sous le soleil samedi 12 juin dans le parc des Plomarc’h pour échanger sur les difficultés de se loger.

Les échanges ont duré de 15h à 18h et nul doute qu’ils en amèneront d’autres. Le collectif Droit à la Ville Douarnenez avait organisé sa présentation en cinq thématiques, le tout entrecoupé de temps de questions-réponses entre les organisateurs et les participants. Cinq thématiques pour en finir avec certaines idées reçues : « Il n’y a pas de problème de logement à Douarnenez ; on vit une crise récente du logement à Douarnenez ; Douarnenez est une station balnéaire ; les rénovations urbaines profitent à tou.te.s les habitant.e.s. ; on ne peut rien faire, c’est la loi du marché. » Les premières interventions sont surtout revenues sur l’historique des politiques urbanistiques et de logement à Douarnenez. Le caractère accueillant de la ville a été souligné comme un marqueur historique, que ça soit pour des populations de passage comme pour des nouveaux résidents. Les organisateurs ont tenu à remettre en cause le caractère touristique historique de la ville qui est souvent porté par la municipalité de droite pour justifier les politiques d’aménagement en faveur du tourisme.

Des galères nombreuses

Ensuite est venu les premiers témoignages de galères d’habitants. Ils sont nombreux. Certains parlaient au nom de plusieurs. L’offre de logement locatif est clairement inférieure à la demande. Ce qui pousse un bon nombre de propriétaires à proposer des baux illégaux de moins d’un an, en général de septembre à juin. Soit parce que les propriétaires souhaitent revenir dans leur résidence secondaire l’été ou bien pour les locations à la semaine, bien plus lucratives. La plupart des locataires savent que ces baux sont illégaux mais ils préfèrent les accepter car beaucoup n’ont pas le choix, sinon ils se retrouvent sans toit. Une jeune femme disait sa colère face à des propriétaires sans scrupules mais qui souvent ont le sentiment de faire une bonne action et paternalisent leurs locataires. Cette personne est fonctionnaire, elle est donc intégrée professionnellement, ce qui ne protège pas de la précarité à Douarnenez.

D’autres problématiques ont été abordées : des logements insalubres loués à des prix bien au-dessus du marché, des propriétaires qui font pression sur les locataires pour les faire partir, d’autres qui tiennent à revenir dans leur maison secondaire pendant des week-ends et qui demandent aux locataires de trouver une solution pendant ce temps…

La question de l’accès à la propriété a été abordée également : à Douarnenez c’est la crise ! Depuis plus d’un an, les biens proposés partent comme des petits pains, souvent au-dessus des prix du marché. Le taux de résidences secondaires augmente. De 7 % en 2007, il est passé à 17 % en 2017. Il est fort probable qu’il atteigne bientôt les 20 % si ce n’est déjà fait. Un père de famille expliquait qu’après des galères de location il souhaitait avec sa compagne acheter un bien mais sans succès. Des biens augmentent de 50 000 € en une journée quand les propriétaires comprennent qu’ils peuvent en tirer plus.

Comment lutter ?

Enfin est venu le temps des propositions pour lutter contre la gentrification et le tout-tourisme. Les membres du collectif ont fait le tour de ce qui se fait ou ce qui est proposé pour lutter contre ces phénomènes. Ils ont beaucoup parlé de la situation au Pays Basque qui à leurs yeux correspondent assez à ce qui se passe ici en Bretagne. Il a été question d’augmentation de la taxe d’habitation ; de modifier le PLH pour intégrer le plus possible le caractère touristique du territoire (absent à Douarnenez) ; d’un taux maximum de résidences secondaires. Les organisateurs ont également fait écho de la proposition de l’Union démocratique bretonne d’instaurer un statut de résident en Bretagne pour lutter contre les résidences secondaires, en précisant que cette proposition faisait débat dans la campagne des régionales. Signe s’il en est que la proposition est maintenant connue d’un grand nombre de Bretonnes et de Bretons. Il a également été question d’engager un rapport de force avec la mairie, avec des actions plus visibles à venir.

Le prochain rendez-vous du collectif aura lieu le 17 juillet avec la présentation du travail de Carmen Le Bris, en sa présence. Cette étudiante vient de terminer un mémoire de master à Sciences Po Rennes, sur les résidences secondaires en Bretagne.

> Maxime TOUZE

Rédacteur en chef de la partie en langue bretonne du Peuple breton, Maxime Touzé est également professeur de breton et d'histoire-géographie.