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Rémy Bonnet : « J’ai rencontré ici des gens qui donnent envie de rester ! »

Grande taille, grande barbe, grande détermination. Rémy Bonnet est arrivé dès le premier mardi de l’occupation du Grand Théâtre de Lorient… « parce que c’était prévu le mardi au départ » ! Guitariste et chanteur, il est aussi l’une des pièces maîtresses de l’occupation. Le Peuple breton poursuit sa série de portrait en sa compagnie.

Rémy vit à Sulniac. Il évoque une « belle manifestation » contre la loi dite de Sécurité Globale, mais ne voyant rien venir concernant la Culture, il se décide à rejoindre Lorient. « Je suis venu… et je suis reparti. Et je suis revenu le vendredi pour 4 jours. Depuis, c’est mon rythme : 4 jours ici, 3 chez moi », développe Rémy. C’est Youen Paranthoen avec qui il manifeste de temps à autre qui le prévient de cette occupation. « J’ai pris ma carte au Syndicat de Bretagne des Artistes Musiciens (SBAM) et comme, en ce moment, je n’ai pas d’autres choses à faire, ça tombait bien ! Et puis, je suis assez preneur de ce genre d’initiatives. »

Dix jours après l’Odéon, le théâtre de Lorient est enlevé par les intermittents et précaires. « C’était séduisant. À l’intérieur, c’était palpitant. » En effet, c’est un monde qui se construit là chaque jour. Pourtant, à l’instar de beaucoup d’autres occupants et occupantes, Rémy trouve insuffisante la médiatisation alors que 100 théâtres sont occupés partout en France. « Les médias mainstream ont-ils un mot d’ordre ? Cela fait des semaines que l’on est là et il y a rien d’envergure dans la presse. Faut-il que l’on passe à la vitesse supérieure ? », s’interroge Rémy. « Je ne suis pas défaitiste, mais ne pas réussir à fédérer les citoyens, c’est décevant. Tout le monde est concerné, quel que soit son niveau social. Le pourcentage de personnes impactées par ces politiques est pourtant important. De l’intérieur, ce n’est pas un spectacle : c’est plus que sérieux, c’est sociétal, c’est vital même ! »

Arrivé comme électron libre, « élément volant », Rémy s’occupe aujourd’hui de l’accueil de nuit et de la communication interne. « Dès ma troisième nuit ici, j’ai hérité d’autres missions comme la trésorerie, le conseil, la réflexion stratégique et logistique. » Son attente est d’autant plus forte que c’est la première fois que Rémy s’investit à ce point dans une cause. La dimension nationale de l’action lui donne le sentiment de « peser ». « Il y a quelques années, je m’étais déjà investi, mais comme cela ne décollait pas, j’avais lâché », avoue-t-il. Avant d’ajouter : « je suis remobilisé. J’ai rencontré ici des gens qui donnent envie de rester ! Mais c’est parfois assez dur car le fonctionnement humain est difficile. Pourquoi ne pas réussir à se mettre d’accord ? Pourquoi la forme prime sur le fond ? »

Rémy se dit « très fataliste sur la marche du monde humain » : « on est sur des cycles qui nécessitent des révolutions. Et en ce moment… c’est un cycle de merde ! Entre l’ultra-libéralisme et les théories populistes qui reviennent parce qu’on stigmatise les minorités, c’était prévisible. La question que je me pose vraiment, c’est jusqu’où cela va-t-il aller ? En 2005 j’étais horrifié et aujourd’hui, je me dis tous les jours “putain, mais ça continue” » ! Tout fataliste qu’il est, Rémy n’en reste pas moins combatif. « Parce que j’en ai les moyens », précise-t-il. « Et ces moyens, les gens ne sont pas prêts de les retrouver vu la hausse de la précarité ». Rémy doute au fond de lui du « réveil des masses ». « Face à la manipulation de ces masses, je ne vois que l’éducation populaire. Mais, “ils n’ont ont pas voulu” comme dirait Frank Lepage. On est dans un système de domination énorme. La télévision, internet, les smartphones. Comment sortir de cela excepté avec une panne généralisée ? Ici, on fait d’une certaine manière de l’éducation populaire. Mais ça ne marche pas ! Les gens ne sortent pas de chez eux, ne veulent pas se battre contre des géants. »

« Voilà avec mes petits mots ce que je pense de cette occupation », conclut Rémy. « Mais je ne ferai pas ça pendant 20 ans, c’est trop épuisant. Quand je rentre chez moi après quelques jours d’occupation, je ne veux plus voir personne ! » Il y a quelques jours, le Grand Théâtre occupé a battu le rappel sur les réseaux sociaux pour que l’occupation tienne, pour que le relais se mette en place. Petit à petit, de nouvelles têtes apparaissent. Malgré un pessimisme ancré, Rémy donne le seul conseil qui vaille pour changer le monde : « sortez de chez vous » !

 

 

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> Gael BRIAND

Gael BRIAND
Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l'auteur de "Bretagne-France, une relation coloniale" et a coordonné l'ouvrage "Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles". [Lire ses articles]