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Lannion : les aides à domicile mobilisées

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À l’appel de la CGT, des aides à domicile du secteur de Lannion et de Tréguier manifestaient aujourd’hui devant les locaux du département des Côtes d’Armor à Lannion. En cause, la réforme des retraites bien sûr, mais aussi leurs conditions de travail et leur rémunération.

Le défilé lannionais contre la réforme des retraites à rassemblé au moins 2000 personnes ce jeudi 5 décembre. Cela faisait longtemps qu’on avait pas vu une manifestation aussi suivie à Lannion. Dans la foule, de nombreux travailleurs de l’hôpital, des enseignants, des cheminots, des salariés du servie à la personne, des retraités venus en solidarité, et beaucoup de familles. Le rassemblement s’est tenu dans la bonne humeur, avec le soutien de nombreux syndicats mais aussi des Gilets jaunes. Le projet de la retraite à points cristallisait beaucoup d’inquiétudes.

Après le départ du gros des manifestants vers Saint-Brieuc, des dizaines d’aides à domiciles se sont retrouvées au niveau du parking de Kermaria pour protester contre leurs conditions de travail et la faiblesse de leur rémunération. La réforme des retraites les inquiète évidemment, car les salaires de base sont déjà très faibles : « Quinze ans au SMIC, avec des temps partiels subis, ça donne une rémunération mensuelle moyenne de 950 euros, et même 750 euros bruts pour les nombreuses salariées contraintes à travailler à 75 %. » On imagine l’effet de l’allongement de la durée de cotisation et des décotes sur la retraite qu’elles pourront toucher après la réforme…

Ces bas salaires sont d’autant plus injustes que les salariées ne bénéficient pas du temps libre associé normalement aux temps partiels, puisque les interventions peuvent être réparties sur toute une journée et que le temps de trajet entre les domiciles des bénéficiaires de l’aide n’est pas comptabilisé comme du temps de travail ! Elles n’ont droit qu’à une indemnité kilométrique, mais qui ne couvre même pas les dépenses réelles de carburant.

Vu le niveau des salaires, faire grève est difficile. Elles privilégient des débrayages, quelques heures sur une journée, une fois par mois. Les difficultés existent partout. D’autres rassemblement étaient prévus aujourd’hui à Mael-Carhaix, Guingamp, Plouha, et au Vieux-Marché. Si le manque de financement est généralisé, des problèmes particuliers se posent dans le Trégor : « Lannion-Trégor Communauté n’a pas payé les frais de carburant ce mois ci. Il n’y avait pas de budget prévu ! Ce sera payé plus tard… Cela représente parfois plus de 100 euros, c’est beaucoup pour des salaires à moins de 1000 euros ! On fait déjà l’avance de ces frais à nos employeurs puisqu’ils nous sont remboursés à posteriori, mais plus d’un mois d’attente, c’est trop. » On nous signale par ailleurs qu’une partie des sommes payées par les bénéficiaires de l’aide lorsqu’ils font appel aux aides à domicile pour faire leur course n’a tout simplement pas été versée aux salariées. Sans explication.

Des discussions ont bien eu lieu avec l’Agence régionale de santé et les collectivités locales, qui « comprennent les difficultés, mais ne bougent pas », d’après une des manifestantes.

De nombreuses autres difficultés existent dans ce secteur souvent à la limite du droit du travail. Si certains problèmes relèvent de la responsabilité des employeurs et des collectivités locales, il n’en reste pas moins que l’ensemble du secteur souffre d’un sous-financement, dont les salariées payent le prix fort. La profession étant presque entièrement féminine, on tient là une des explications aux écarts de rémunérations entre hommes et femmes…

> Nil CAOUISSIN

Nil CAOUISSIN
Nil Caouissin est professeur d'histoire, de géographie et de breton.