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Statut des fonctionnaires. Le gouvernement institue la précarité.

Édouard Philippe

Le 29 octobre dernier, le gouvernement, par la voix du Premier ministre Édouard Philippe, s’est attaqué à un chantier énorme : celui de la réforme du statut des fonctionnaires. Et les premières propositions prouvent – s’il était encore besoin de le faire – que cette équipe ministérielle porte bien un projet néo-libéral de droite.

Tout le monde a déjà entendu ces petites ritournelles : les fonctionnaires sont des fainéants, ils sont une charge pour la société, ils coûtent cher. Visiblement, ces discussions de bistrot semblent convenir au gouvernement qui part du même principe pour amorcer un pan majeur de la réforme de l’État : celle du statut des fonctionnaires.

D’emblée, l’exécutif « promet » 50000 suppressions de postes d’ici 2022. La ligne est donnée : il faut, comme le disait un ancien ministre de l’Éducation nationale socialiste, « dégraisser le mammouth ». Dogmatiquement, le gouvernement entend réduire la « masse salariale » sans se soucier du service rendu. À vrai dire, s’il s’agissait d’être plus efficace et d’offrir un meilleur service public aux citoyens, aux usagers, on pourrait se satisfaire de moins d’emplois publics. Mais la réalité, tous les jours, démontre que la casse du service public se poursuit au bénéfice du privé. Et pour une efficacité moindre la plupart du temps.

50 millions d’euros sont donc débloqués pour « financer des reconversions ». Vu l’état de la fonction publique, notamment de l’Éducation nationale, soyons certain que cette somme sera largement utilisée ! Ils ne sont pas rares les enseignants à vouloir changer de métier, mais quitter un emploi ne garantit absolument pas/plus d’en trouver un autre. On sait que, selon le président de la République, il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi, mais que faire des fonctionnaires démissionnaires ?

Plusieurs autres questions restent en suspens : le gouvernement parle de 24 mois de salaire associés aux allocations chômage. Mais comment des fonctionnaires qui ne cotisent pas pourraient bénéficier du chômage ? Par ailleurs, alors que la fonction publique, particulièrement dans l’Éducation Nationale, peine à recruter, on se demande comment le gouvernement entend renouveler le personnel ? Il n’aura échappé à personne qu’il est aujourd’hui difficile de remplir les concours, que le métier n’attire plus tant il a été précarisé ces dernières années. Dans les collèges et lycées de France, il faut parfois attendre plusieurs semaines avant qu’un enseignant soit remplacé. À moins que cette réforme n’annonce de nouvelles privatisations, ne serait-il pas plus logique d’améliorer leurs conditions de travail plutôt que de les inciter à le quitter ?

Reste la question la plus épineuse : le recours accru à des contractuels par des contrats de 5, 10 ou 15 ans, sur le modèle de l’armée. Un tel « modèle » pourrait s’entendre dès lors, comme l’a dit le ministre de l’action et des comptes publics Gérald Darmanin, qu’il serait réellement « choisi ». Cela supposerait dès lors de revoir les conditions salariales à la hausse. Or, en France, les fonctionnaires sont assez mal payés contrairement aux idées reçues. Le gouvernement parle de « rémunération au mérite »… mérite défini par qui ? L’État ? Les supérieurs hiérarchiques ? Au risque d’un népotisme évident ?

Enfin, ce gouvernement soi-disant « girondin » ne pose pas la question de la décentralisation d’une partie des services publics. Celle-ci permettrait à coup sûr une meilleure efficacité, mais ce n’est même pas envisagé. Au contraire, le gouvernement préfère faire des fonctionnaires les bouc-émissaires d’une politique qui précarise chaque jour la société française dans toutes ses composantes !

> Gael BRIAND

Gael BRIAND
Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l'auteur de "Bretagne-France, une relation coloniale" et a coordonné l'ouvrage "Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles". [Lire ses articles]