La politique linguistique régionale gelée ?

politique linguistique

Le Conseil régional de Bretagne communique depuis plusieurs mois en parlant de budget sanctifié : sport, culture et langues de Bretagne. Et c’est juste. Mais en 2023, la Région Bretagne avait adopté à l’unanimité un plan de réappropriation linguistique pour le breton et le gallo dans lequel il était prévu une augmentation progressive du budget, tenue jusqu’à présent lors des votes budgétaires successifs. Pour 2026, l’État réclamant encore une contribution des collectivités, l’exécutif régional gèle, de fait, les crédits.

Les mauvaises nouvelles ne manquent pourtant pas : effondrement du nombre de locuteurs, baisse pour la première fois des effectifs des élèves scolarisés en école bilingue… Pour Nil Caouissin, conseiller régional (UDB) membre du groupe Breizh a-gleiz « tout n’est pas perdu mais il y a urgence à agir, à rebondir. Ce n’est pas du tout le moment d’abandonner les objectifs fixés il y a trois ans ». L’élu autonomiste porte un amendement visant à augmenter le budget de la politique linguistique de 590 000 €, pour correspondre à la trajectoire votée en 2023. Il sera soumis au vote lors de la session des 11, 12 et 13 février prochain.

Un tel amendement peut-il passer ? Pour Gael Briand, conseiller régional UDB et co-président du groupe Breizh a-gleiz, « il n’y a aucune raison pour la majorité de rejeter cet amendement. Tout le conseil, majorité comme opposition, avait voté la politique linguistique en 2023. Il y a effectivement des tensions budgétaires que nous ne nions pas. Mais la majorité – et on la comprend – vote des budgets prudents en misant sur des décisions modificatives ultérieures. Pour nous, un tien vaut mieux que deux tu l’auras ! Nous préférerions nous assurer que la trajectoire reste la même en matière de langues. D’ailleurs, notre groupe réussit à proposer des amendements qui réduisent in fine le recours à l’emprunt. ».

« 590 000 € de plus ou de moins, ce n’est pas spectaculaire sur un budget de deux milliards », confirme Nil Caouissin. Mais pour les acteurs de la langue bretonne et du gallo, c’est important. « Beaucoup de choses sont tenues à bout de bras par des associations avec peu de moyens, qui font parfois le travail des services de l’État ! C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle les objectifs en matière de développement de l’enseignement bilingue ne sont pas atteints. Diwan se débat avec des difficultés financières, et la filière bilingue publique Divyezh, qui depuis des années tire la hausse des effectifs, s’essouffle : les deux emplois de la structure ne permettent plus de porter le développement du réseau et de pallier aux difficultés de gestion de personnel de l’Éducation nationale. Résultat, à peine 4 % des enfants sont scolarisés en breton alors qu’un tiers des familles sont demandeuses selon les études commandées par la Région ! Je prends cet exemple mais il y en a bien d’autres. Avec quelques centaines de milliers d’euros de dépenses bien ciblées, soit moins de 0,01 % du budget régional, on peut débloquer des goulots d’étranglement de la politique linguistique, et repartir sur des résultats positifs. »

La Région Bretagne choisira-t-elle de mettre en pause sa politique linguistique ou de persévérer ? Réponse d’ici quelques jours…

> Ar Skridaozerezh / La Rédaction

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