Contre la précarité menstruelle, des politiques adaptées

L’égalité des genres est un principe fondamental qui vise à permettre à toutes les jeunes filles et les femmes de vivre et de s’épanouir sans violence. C’est dans cet esprit qu’un panel de femmes a été auditionné au Parlement européen par Diana Riba i Giner (Alliance Libre Européenne) sur la question de la précarité menstruelle, à la suite d’une initiative lancée par plusieurs députées, dont moi-même, à travers une lettre adressée à la commission.

Dans ce panel, je retiens l’approche de Mme Creytens, qui a travaillé en Belgique pour le gouvernement sur des préconisations pour mettre en place les politiques les plus efficaces possibles.

Pour garantir une véritable égalité, il est essentiel de combattre la stigmatisation entourant les menstruations, de briser le tabou qui les entoure et de s’attaquer à la précarité menstruelle. Actuellement, une femme sur dix se trouve en situation de précarité menstruelle et une sur quinze est contrainte de renoncer à diverses activités, telles que des entretiens d’embauche ou des sorties simples, faute d’accès aux protections nécessaires.

Certains pays ont déjà pris des mesures significatives dans ce domaine. En France, par exemple, les établissements scolaires sont tenus d’avoir des distributeurs gratuits de protections menstruelles. Cependant, ces actions ne suffisent pas. La précarité menstruelle n’est pas seulement une question d’argent ; elle est également un fait social profondément enraciné. Tout comme la pauvreté, elle n’est pas due uniquement à des causes individuelles, mais plutôt à des facteurs systémiques.

Ainsi, il incombe à la société dans son ensemble de s’organiser pour garantir la sécurité et le bien-être des femmes. Il est fréquent que les politiques promettent des actions, mais souvent, certaines parties de la population sont négligées. Dans le cas spécifique de la précarité menstruelle, il a été observé que les femmes vivant en milieu rural sont plus désavantagées, en raison de leur isolement et de leur mobilité réduite pourtant la plupart des associations ouvrent en ville sur cette question.

Il est donc impératif de comprendre que la lutte contre la précarité menstruelle ne peut pas être menée d’une manière uniforme et impersonnelle, il faut à contrario soutenir et financer des initiatives locales et régionales, en impliquant les communautés concernées.

En optant pour une approche collaborative et participative, nous passons d’une logique de « faire pour » à une logique de « faire avec » les femmes et les communautés. Cela signifie écouter activement leurs besoins, leurs préoccupations et leurs suggestions, et les impliquer dans la conception et la mise en œuvre des solutions. Cette approche garantit une plus grande pertinence et efficacité des politiques mises en place.

Par ailleurs, il est crucial de reconnaître que garantir l’accès aux protections menstruelles ne se limite pas à une question de coût. Il s’agit également d’assurer un revenu décent aux femmes, leur permettant d’acheter les produits qu’elles auront choisis sans difficulté financière. De plus, il est nécessaire de garantir un accès inconditionnel et sans justification aux protections menstruelles, ainsi que des conditions d’hygiènes adéquates, dans un environnement de confiance et de respect.

Chaque femme devrait pouvoir choisir les protections qui lui conviennent le mieux, y compris des options plus écologiques et efficaces, même si elles sont plus coûteuses. De même, il est essentiel de prendre en compte les différences culturelles dans l’élaboration des politiques, afin de garantir une approche inclusive et respectueuse de la diversité des expériences vécues par les femmes.

En adoptant une politique très ciblée et territoriale, nous serons en mesure de détecter et de surmonter les barrières qui bloquent l’accès aux droits menstruels fondamentaux. Cela permettra d’assurer une réponse adaptée et efficace aux besoins spécifiques de chaque territoire et de chaque communauté, dans le respect de la dignité et des droits des femmes.

Il est indéniable que les politiques territoriales sont résolument plus efficaces et pertinentes, même dans des domaines auxquels on n’aurait pas nécessairement pensé auparavant. En prenant en compte les réalités locales et en impliquant activement les communautés concernées, ces politiques s’adaptent aux besoins spécifiques des femmes, assurant ainsi le respect des valeurs universelles telles que l’égalité entre les genres et le respect des droits de l’Homme.

Ces politiques territoriales sont le quotidien de millions de femmes, qui voient en elles un véritable levier pour l’amélioration de leurs conditions de vie et la promotion de leur dignité. De cette manière, nous construisons un monde où chaque femme peut vivre et s’épanouir librement, sans entraves ni discriminations. C’est en reconnaissant et en valorisant la diversité des expériences vécues par les femmes que nous pouvons véritablement progresser vers une société plus juste et égalitaire pour tous.

> Lydie Massard

Rédactrice. Cuisinière de profession, Lydie Massard vit à Pontivy. Son militantisme associatif et son engagement en politique l'ont amené à prendre des responsabilités : elle est devenue porte-parole de l'Union démocratique bretonne (UDB) en 2015 et est depuis 2022 la co-porte-parole de la fédération Régions et peuples solidaires (R&Ps). [Cliquez ici] pour retrouvez son portrait par la rédaction. [Lire ses articles]