Pays de Quimperlé : trente ans d’enseignement en breton, réussites et limites

Lors de la conférence du 23 janvier 2024, dans le cadre du festival Taol Kurun à Quimperlé, un point a été fait sur la situation de l’enseignement du breton lors de ces trente dernières années dans le Pays de Quimperlé. Réussites avec une augmentation notable des écoles concernées, des cours de breton pour adultes, mais une diminution drastique des locuteurs natifs aussi…

Selon l’enquête de Quimperlé communautés, on compte en 2023 528 élèves en primaire bilingue (Diwan et public), 40 en collège public, 27 au lycée, 250 en option breton au collège, 270 en atelier culture bretonne en primaire, 90 adultes en cours du soir pour adultes, auxquels s’ajoutent 15 agents et élus de Quimperlé communauté, soient 1200 personnes, tous publics confondus.

Si on regarde la carte des seize communes de Quimperlé, on peut voir que huit d’entre elles comptent des classes bilingues et parmi elles, deux ont à la fois une école Diwan et des classes bilingues se créant 21 ans après pour Quimperlé (1989-2010), et 25 ans plus tard pour Bannalec (1982-2009). On peut cependant trouver dommage que ce ne soit pas des communes qui n’avaient aucun site qui en bénéficient. Les dix dernières années ont vu naitre trois nouveaux sites (Moëlan, Clohars, Rédéné), montrant le dynamisme des filières bilingues et l’attente sociale des parents qui souhaitent que leurs enfants bénéficient d’un enseignement bilingue dans la petite enfance, dans le primaire. Même si les choses se gâtent au passage en CP, puis au passage en collège et lycée.

À chaque rentrée, les graphiques de l’office public de la langue bretonne nous montrent une courbe qui monte et les 20 000 élèves accueillis qui bientôt seront 27 000 en 2027… si on en croit le plan ambitieux pour la langue bretonne du Conseil Régional.

La rentrée 2023 en Pays de Quimperlé : un histogramme rassurant ou inquiétant ?

Mais d’autres histogrammes existent, comme celui-ci, à l’exemple de ce que font les Basques : comparer les niveaux, le nombre d’enfants par filière et assister là à une dégringolade du nombre d’élèves accueillis. Alors qu’en primaire, il va de soi pour des parents avertis que leur enfant scolarisé en filière bilingue maîtrisera (de façon passive pour le système à parité horaire, plus active dans le système immersif) une seconde langue, le rendant capable par la suite de mieux assimiler des langues nouvelles comme l’anglais, l’allemand… et aussi pourra bénéficier de classes souvent moins chargées, de groupes classes d’un niveau socio-culturel bien souvent plus élevé.

Que nous apprend ce graphique de 2023 sur ce qui se passe en pays de Quimperlé ? Pour l’initiation au breton (une heure par semaine) en primaire, les 270 enfants en 2023 font pâle figure à côté des 510 enfants qui suivaient cet atelier en 2012. L’absence quasi totale de langue bretonne pour la filière catholique est à noter : un club « Cultures Breizh » seulement, avec une quinzaine de collégiens une heure par semaine (en orange sur le tableau). Alors que les effectifs de Diwan (deux écoles) sont relativement faibles et n’ont presque pas évolué (une soixantaine d’élèves par école) depuis les années 2000, ce sont les enfants de Diwan qui deviennent les collégiens et les lycéens les plus nombreux, même s’ils vont à Quimper au collège et à Carhaix ou Vannes au lycée.

Une autre surprise est l’initiation proposée aux élèves de 6e. On en compte vraiment beaucoup en sixième, ce qui montre la volonté des enfants qui ne s’inscrivent pas dans un cursus bilingue de continuer ou de découvrir le breton. Ceci est plutôt positif (en vert clair sur le graphique), mais les chiffres sont cruels : alors qu’ils sont 113 à Bannalec, 5 à Moëlan et 58 à Scaer, 7 à Quimperlé (soient 183) en option breton (une heure par semaine) en 6e, ils ne sont que 7/7/9/7arrivés en 5e. Que s’est-il passé ? Horaires qui ne conviennent pas, options plus intéressantes, enseignants épuisés par l’enseignement dans trois établissements (…) ?

Pour les adultes, l’offre de cours de breton existe, mais ne concerne que les villes de Quimperlé, Moëlan et Mellac. À Bannalec, encadrés par Roudour, les parents ont cinq samedis matin en janvier février qui les conduisent au niveau A1, ce qui évite une année de cours de breton, et le stage est plein pour la deuxième année. Rédéné a commencé à la fin de l’année dernière des cours pour adultes le samedi matin. Les cafés pain-beurre existent de façon mensuelle pour les villes d’Arzano, Quimperlé, Moëlan, et Querrien, entraînant une revitalisation de la langue locale, par les anciens et les apprenants. Comment accélérer la machine pour enrayer le déclin de la langue ? Comment donner envie à tous les enfants et jeunes du territoire de comprendre leurs noms de famille, les noms des lieux où ils habitent, qu’ils soient en mesure de chanter, de danser, d’apprécier la culture née dans le Pays de l’Aven ? Le festival Taol Kurun participe à ce dynamisme, les associations comme NPK qui organise les fest noz autour de Scaër et Saint Thurien, l’école Diwan de Bannalec avec son fest noz pilhou, l’air poney, les guinguettes au bord de l’Isole donnent de la pratique de la langue une image moderne, enracinée et ouverte sur le monde.

Mais comment faire en sorte que tous profitent de cette initiation partout ? Le pays de Quimperlé est un « Pays d’art et d’histoire » et à ce titre, la langue bretonne est un des trois piliers de son développement. Avoir des animateurs patrimoine, qui initient les enfants à la langue, à la culture de la Bretagne ? Une équipe d’animateurs qui, à l’exemple des bertsolaris et des animateurs de pelote basque au Pays basque, interviennent dans les cours de récréation, à la fin de la journée, et organisent des centres de vacances et week-ends pour se rencontrer et vivre en basque ?

Quimperlé compte le premier centre de vacances en breton financé par une communauté de communes et ce, depuis plus de quinze ans. Et l’animateur surf du Kérou (Clohars Carnoet) est un ancien lycéen Diwan professeur de sport. La boucle est bouclée. Mais il faudrait qu’ils soient tellement plus nombreux.ses pour assurer un avenir à cette langue…

Lennit amañ testennioù ar c’helennerien hag ar stummerien warlec’h an ardamez-se !

> Fanny Chauffin

Fanny Chauffin est docteure d'Etat Breton-Celtique. Elle a soutenu sa thèse en 2015 à Rennes sur le thème: "Diwan : 40 ans d'enseignement, rapports entre pédagogie par immersion en breton et créativité". Enseignante de français au collège Diwan de Kemper et au lycée Diwan Karaez, directrice de la formation à l'Ubapar pendant dix ans, directrice du festival Taol Kurun vingt ans, elle continue sa route avec des conférences, des contes, de la vidéo (deux chaines youtube dont TV bro Kemperle), du cinéma (prix Faltazi deux fois à Quimper, filmoù chakod...), de l'écriture, surtout en breton (littérature jeunesse avec plus de dix titres, nouvelles, haiku et journalisme). Militante des langues minoritaires (gallo, breton, quechua...), de l'environnement, de la Palestine et des droits de la femme.