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Lorient marchera une fois de plus contre Monsanto le 21 mai

Pierre Avril, Patrick Pichon, Isabelle Georges, Richard Gironnay.
Photo: Le Peuple breton

La ferme du resto, à Plœmeur, était un lieu idéal pour une conférence de presse militante. Cultivée en bio depuis les années 60, il s’en est fallu de peu pour que l’appétit des voisins non bio prenne le dessus. Un collectif s’est mis en place pour la reprendre et continuer l’activité sans pesticides. C’est donc sur l’exploitation que quatre militants anti-OGM nous ont donné rendez-vous pour évoquer la prochaine marche contre Monsanto prévue le 21 mai prochain.

« Les pesticides, c’est la facilité ! » Pierre Avril, patron de l’entreprise du même nom, n’y va pas par quatre chemins pour expliquer le succès du « modèle agricole breton ». Depuis plus de 70 ans, des militants luttent contre les intrants chimiques et il faut toujours remettre l’ouvrage sur le métier. Et pour cause : la tendance des dernières décennies a été à l’agrandissement des exploitations. De fait, il faut trouver le moyen d’être efficace contre les adventices avec peu de main d’œuvre. C’est d’abord cela la raison du succès du glyphosate (pour ne citer que lui).

Paradoxalement, on sait désormais la dangerosité des pesticides. Sur la santé physique, comme mentale, il n’y a plus de soupçons, juste des constats : « quand les agriculteurs prennent le sac de semences, ils sont en combinaison de cosmonautes, pas bras nus ! Il leur faut des gants », illustre Pierre Avril. « Pourtant, l’industrie agro-alimentaire avait fait passer l’idée que les OGM allaient permettre de se passer des pesticides, qu’ils étaient une solution bio. La réalité c’est qu’ils sont cultivés avec d’énormes doses de glyphosate (les adventices sont devenues résistante à l’herbicide) au Brésil et en Argentine. D’ailleurs, la consommation des pesticides n’a cessé d’augmenter. » Il conclue son argumentaire en regrettant que les plans écophyto aient coûté 700 millions d’euros à la collectivité. « Pour quel résultat ? »

Pierre Avril, Patrick Pichon, Richard Gironnay et Isabelle Georges considèrent que « le problème en Bretagne, c’est l’agro-industrie ». Selon eux, le poids de ce lobby est si fort que la pollution est normalisée. « Les gens se sont habitués aux algues vertes par exemple ». Richard Gironnay rappelle que le procès contre le chlordécone, en Martinique et en Guadeloupe, va aboutir à un non-lieu. « Et on s’étonne du vote contestataire après ! », lance Patrick Pichon. « Tout ce qu’ils veulent, c’est détruire les savoir-faire pour nous rendre dépendants », enchaîne Isabelle George. Avant de rajouter : « Nous menons des actions en justice, mais voulons aussi prouver que les solutions existent. Nous sommes constructifs ».

Pour sensibiliser au problème, une marche contre Monsanto a été initiée il y a plusieurs années, événement qui, depuis, s’est reproduit chaque année (hors covid). Le 21 mai, les militants seront de nouveau dans les rues de Lorient pour dénoncer ce modèle obsolète qui rend dépendant les paysans, pollue les milieux naturels et empoisonne les paysans et les consommateurs. « Vous vous rendez compte que les cancers ne sont même pas répertoriés par département ? », s’indigne Pierre Avril. Pas d’étude, pas de problème. Les militants évoquent deux films à l’affiche en ce moment : le premier Goliath traite du lobbying des multinationales, le second Secret toxique relate les raisons pour lesquels, malgré des études accablantes sur leur dangerosité, les pesticides continuent d’être autorisés. Ce dernier sera diffusé la veille de la marche (à la cité Allende) et animé par Isabelle George au nom de l’association des pisseurs et pisseuses involontaires de glyphosate BZH.

Pour déconstruire les mentalités, il faut commencer à la racine : la Bretagne n’a pas vocation à nourrir le monde. Les milieux naturels ne peuvent pas absorber toute la pollution générée par une surconcentration industrielle. Deux évidences qui, malheureusement, n’en sont pas. Par ailleurs, la guerre en Ukraine favorise la peur de la pénurie. Or, Pierre Avril, rappelle que la production mondiale peut nourrir 11 milliards d’individus aujourd’hui. « On produit trop et on gaspille », résume-t-il. S’ajoute à cela un jeu horrible de spéculation qui créé des famines alors que la ressource existe.

Si la guerre aux portes de l’Europe a prouvé une chose, c’est que les territoires les plus autonomes sont aussi les plus résilients. Or, l’agro-industrie, en prétendant lutter pour l’autonomie alimentaire, détruit l’autonomie des paysans qui se retrouvent pieds et mains liés à un système qui les broie. Autant de bonnes raisons pour marcher le 21 mai…

> Gael Briand

Journaliste. Géographe de formation, Gael Briand en est venu au journalisme par goût de l'écriture et du débat. Il est rédacteur en chef du magazine Le Peuple breton depuis 2010. Il a également écrit « Bretagne-France, une relation coloniale » (éditions Ijin, 2015) et coordonné l'ouvrage « Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles » (Skol Vreizh, 2015). [Lire ses articles]