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La contraception masculine, si peu connue…

Contraception masculine
Le préservatif est loin d’être la seule méthode de contraception masculine… Crédits : Hans

C’est un sujet de société relativement peu abordé dans les médias et qui peine à briser les clichés autour de la masculinité. La plupart des personnes qui s’y intéressent l’ont découverte au détour d’une conversation ou bien d’une émission. Pourtant, la contraception masculine ne date pas d’hier. Alors, pourquoi est-elle si méconnue et particulièrement en France ?

Le Planning familial le reconnaît lui-même : les féministes ont tout misé sur la contraception féminine dans les années d’après-guerre. C’était une façon d’affirmer une liberté et une reprise en main de son propre corps. Mais ce qui était un symbole de liberté est devenu très largement une charge mentale, sans compter les complications que cela peut apporter pour la santé des femmes. Voilà dix ans maintenant que l’association organise des permanences pour faire connaître la contraception masculine.

On dénombre officiellement quatre méthodes. Il est utile de rappeler que toutes ces méthodes n’ont aucune incidence sur l’érection et l’éjaculation. La plus connue est l’utilisation du préservatif masculin. Mais, pour de meilleures sensations, il est souvent délaissé, ce qui revient donc à faire porter la charge de la contraception sur les femmes.

La contraception hormonale est une autre méthode qui consiste en un traitement réversible permettant, selon un protocole validé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), d’agir sur la production de spermatozoïdes, mais seulement une dizaine de médecins la proposent en France.

Il existe également la contraception thermique, qui commence à être de plus en plus connue. Cela consiste à faire remonter les testicules dans les canaux inguinaux et à les maintenir en place grâce à un sous-vêtement adapté ou bien un anneau, qu’il faut porter une quinzaine d’heures par jour. Du fait de la hausse de la température, la production de spermatozoïdes est bloquée.

La vasectomie est la quatrième méthode, et sans doute une des plus connues parce qu’elle fait peur à certains. C’est une opération chirurgicale qui consiste à sectionner ou bloquer les canaux déférents qui transportent les spermatozoïdes. Elle dure cinq minutes sous anesthésie locale. Elle n’est pas forcément irréversible, il y a environ 50 % de chances de revenir en arrière. Dans beaucoup de pays où elle est répandue, c’est même une opération qui se fait entre amis, comme une étape dans la vie qui est célébrée.

Tradition nataliste et patriarcale

Dans sept pays, la prévalence de la stérilisation masculine est supérieure à celle de la stérilisation féminine : en Nouvelle-Zélande (44 % des hommes de plus de 40 ans), en Australie (25 %), au Royaume-Uni, en Corée du Sud, en Espagne, au Bhoutan et aux Pays-Bas. En France en 2010, 1 000 hommes ont eu recours à la vasectomie, un chiffre qui a bondi en 2018 atteignant 9 240 adeptes, selon les chiffres de l’assurance maladie. En 2019, ce sont 13 205 hommes qui ont fait l’opération. Mais au Canada, ce sont environ 60 000 par an et ce, depuis des années.

En France, on ne compte plus les campagnes de l’État en faveur de la contraception féminine. Seules 3 % des femmes entre 15 et 49 ans n’utilisent aucune contraception. À l’inverse, rien n’est fait pour valoriser la contraception masculine. Les pouvoirs publics et les laboratoires s’en désintéressent parce que les premiers concernés considèrent que la contraception est un sujet exclusivement féminin. Cette réticence est liée également à une tradition nataliste et patriarcale en France. On peut même considérer que des freins sont apportés : les médecins ne sont pas formés, en général ce sont les patients eux-mêmes qui leur apprennent les différentes méthodes ; et la vasectomie doit se pratiquer en établissement et par un chirurgien, souvent urologue, quand à l’étranger ça se fait au cabinet médical avec son médecin traitant.

Le fond du problème, c’est que très souvent ces méthodes sont vues comme des atteintes à la virilité. On touche une nouvelle fois à une forme du patriarcat. On associe perte de fertilité avec perte de virilité. On entend bien souvent que les hommes peuvent procréer toute leur vie. Remettre en cause cet état de fait semble être une atteinte trop importante.

Une chose est certaine, la contraception – masculine ou féminine – est l’affaire de toutes et tous et mériterait sans doute un débat plus large qu’une simple évocation.

Article publié dans le numéro de décembre 2021.

> Maxime TOUZE

Rédacteur en chef de la partie en langue bretonne du Peuple breton, Maxime Touzé est également professeur de breton et d'histoire-géographie.