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Comment accéder au logement en presqu’île de Crozon avec 38 % de résidences secondaires ?

Dans le cadre de sa campagne de sensibilisation aux problèmes d’accès au logement en Bretagne, l’UDB tenait une conférence de presse à Morgat, sur la commune de Crozon, le 29 octobre. Le Télégramme et Ouest-France ont répondu à l’invitation.

Pourquoi à Morgat ? Parce que la presqu’île de Crozon, haut-lieu du tourisme saisonnier, réunit trois caractéristiques qui en font un territoire menacé d’un déclin démographique irréversible :

– un taux de résidences secondaires (37,8%) qui est le triple de celui de la Bretagne et du Finistère. Avec des pics à 40 % sur Camaret, 44 % sur Crozon et jusqu’à 52 % sur Roscanvel ! Et encore ces chiffres datent-ils de 2018, avant la crise du Covid,

– une population vieillissante. 36 % des habitants y ont plus de 60 ans, contre 30 % pour le Finistère et 28 % pour la Bretagne,

– une baisse globale de la population. De 2006 à 2018, les 7 communes de la presqu’île (Argol, Camaret, Crozon, Landévennec, Lanvéoc, Roscanvel et Telgruc) ont vu leur population passer de 16 618 à 16 207 habitants, soit une perte de plus de 400 habitants. Seules les communes les plus proches de l’axe routier Brest-Quimper, à savoir Argol et Telgruc, résistent à la tendance. Une baisse de 2,5 % de la population à l’échelle des 7 communes, quand celle du Finistère augmentait de 3,3 % et celle de la Bretagne de 10 %!

L’UDB était représentée par Maxime Touzé, conseiller municipal de Douarnenez et responsable de la communication de l’UDB, Christian Guyonvarc’h, conseiller régional de Bretagne, Yannick Merceron, co-responsable de la section du pays de Brest, et Gilles Blavier, adhérent de Pont-de-Buis. Ils ont souligné combien les difficultés d’accès au logement pour des personnes à revenu modeste ne pouvaient que porter préjudice à la qualité de vie des personnes les plus âgées (par un déficit de personnels para-médicaux et d’aides à la personne), ainsi qu’au secteur du tourisme (par un défaut de candidats à des postes de saisonniers).

Les échanges avec les journalistes du Télégramme et de Ouest-France ont permis de mettre en avant deux problèmes qui pèsent sur la capacité de la presqu’île de Crozon et de ses collectivités locales à inverser une courbe démographique devenue inquiétante. Un déficit de logements sociaux pour l’accueil de jeunes ménages à revenu modeste. Et les très lourds investissements à prévoir pour une mise en conformité de réseaux d’assainissement conçus pour une population qui passe de 16 000 à 80 000 personnes au coeur de l’été ! Mais comment faire avec des recettes fiscales qui reculent à mesure que baisse la population permanente ?

La délégation de l’UDB a mis en avant les propositions du parti breton pour retrouver une capacité d’accueil de jeunes ménages à l’année :

– étendre à la Bretagne la réglementation « zone tendue », qui permet notamment aux communes ou intercommunalités d’appliquer une surtaxe foncière de 60 % aux propriétaires de résidences secondaires, le produit de cette surtaxe pouvant servir à financer la construction de logements accessibles aux ménages à revenu modeste,

– modifier le mode de calcul du taux minimum légal de logements sociaux en comptabilisant l’ensemble des logements, résidences secondaires incluses,

– mettre en place une taxe régionale sur les résidences secondaires pour financer la rénovation énergétique des logements et/ou leur réhabilitation,

– expérimenter dans des zones géographiques sous tension, comme la presqu’île de Crozon, un statut de résident réservant l’achat de logements et de terrains à bâtir aux habitants et habitantes du territoire, quelle que soit leur origine, résidant à titre permanent depuis au moins un an.

Le débat ne fait que commencer. Et il se poursuivra bientôt à Crozon, où l’UDB prévoit d’organiser une réunion publique sur l’accès au logement au cours du premier trimestre 2022.

> La Rédaction

Le Peuple breton est un magazine d’opinion, mensuel, entièrement bénévole fondé en 1964. Il est tiré à 4000 exemplaires papier par mois.