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Catalogne. Plus que quelques jours avant l’ouverture du procès contre les indépendantistes

Le président du gouvernement espagnol est venu à Barcelone le samedi 12 janvier pour lancer la campagne électorale des municipales et a saisi cette occasion pour montrer qu’il maintenait la ligne dure de la répression judiciaire et politique contre les partis indépendantistes.

Pour les socialistes, les annonces d’investissements en Catalogne sont « assez d’argent et sont suffisamment attractifs pour intéresser les Catalans ». Au contraire, les présidents catalans, Carles Puigdemont et Quim Torra réunis à Waterloo, ont réaffirmé que, tant que Madrid refusait le dialogue et continuait à emprisonner et à poursuivre les dirigeants politiques, les partis indépendantistes ne peuvent pas apporter leur soutien aux socialistes, indiquant que l’important ce ne sont pas « les négociations budgétaires mais plutôt de trouver une solution politique à la demande des Catalans et des citoyens et des prisonniers poursuivis ». Dans le même ordre d’idées, le vice-président catalan, Pere Aragonès, a également précisé que, sans négociation sur l’avenir politique de la Catalogne, Sanchez n’aura pas la stabilité ni le soutien des Catalans. À quelques jours de l’ouverture du procès contre les leaders catalans (on évoque début février), Madrid fait monter la tension politique avec le refus catégorique du gouvernement socialiste de négocier avec la Catalogne et sur le plan judiciaire avec la confirmation des poursuites judiciaires (procès contre les indépendantistes, recours systématiques du ministère public contre les accusés, demande de transfert des prisonniers à Madrid…). La maire de Vic, par exemple, a été convoqué jeudi 10 par le tribunal pour une enquête ouverte à son encontre pour « détournement de fonds, prévarication et incitation à la haine » pour avoir diffusé des messages de solidarité à l’égard des prisonniers politiques par l’intermédiaire du système de sonorisation de la ville. Ou encore, le Tribunal suprême a ouvert une enquête sur la régularité d’un permis accordé à Josep Rull par les autorités pénitentiaires catalanes pour pouvoir rendre visite à son fils hospitalisé cette semaine. À l’opposé, les avocats ont rendu public que « les enquêtes et procédures contre les violences policières ne progressent pas et sont bloquées » par les autorités judiciaires et politiques. Le jour de la célébration des forces armées (le 6 janvier), le roi d’Espagne a maintenu une position partisane et qui fracture la société, en insistant sur la défense du drapeau, d’une nation unitaire espagnole et de la loi et de l’ordre en Catalogne.

Des milliers de manifestants devant les prisons

Dans la perspective du transfert à Madrid des neuf prisonnières et prisonniers catalans, les manifestations de solidarité et de soutien se sont multipliées ces derniers jours. Des milliers de personnes se sont mobilisées ou se sont rassemblées pour organiser, jour après jour, des concerts autour des prisons. Vendredi 11, un député allemand de Die Linke a rendu visite aux prisonniers et a déclaré que « la détention est contraire aux valeurs européennes ». Le président d’Òmnium Cultural, Jordi Cuixart, emprisonné depuis le 16 octobre 2017 pour avoir organisé une manifestation, a déclaré que « c’est le roi qui devrait s’asseoir sur le banc des accusés » et a appelé à la mobilisation tout au long du procès, tout comme la CUP (Candidatures d’unité populaire, la gauche anticapitaliste indépendantiste) qui demande de tout bloquer lorsque le procès commencera.

Conditions de détention humiliantes et inhumaines

Les avocats de la défense ont dénoncé cette semaine les conditions « humiliantes et inhumaines » auxquelles devront faire face les accusés au cours du procès: transport brutal entre la prison et le tribunal à des dizaines de kilomètres chaque jour, dans des fourgons, menottage systématique dans le dos, confiscation des lacets des chaussures, des ceintures et des lunettes, horaires du transport et des audiences qui les privent de nourriture, attente interminable entre les audiences dans les cellules du tribunal, commentaires désobligeants de la police… Mercredi 9, le Tribunal suprême avait demandé le transfert à Madrid des prisonniers catalans.

Observateurs internationaux au procès

En prévision que le procs dure des mois, avec des centaines de témoignages, la société civile organise une plate-forme d’observateurs internationaux pour surveiller les conditions de déroulement du procès et garantir la présence de témoins impartiaux, compte tenu des signes évidents du caractère partisan et politisé de la justice espagnole et de la dimension politique des procès. Le dispositif est destiné à permettre d’éviter les violations des droits de la défense qui ont été constatées pendant l’instruction. L’organisme International Trial Watch sera composé de juristes et d’avocats du monde entier. Plus tôt cette semaine, Sergi Sabrià, responsable d’ERC au Parlement, prévoyait qu’il y aurait des « mobilisations majeures » en Catalogne si le Tribunal suprême espagnol condamnait les prisonniers politiques et que, le gouvernement catalan, serait amené à prendre des décisions politiques en conséquence. Il a demandé aux Catalans d’être prêts pour tous les scénarios.

Accusations et mensonges contre la police catalane classés sans suite

Au début de la semaine, un tribunal de Barcelone a classé sans suite la plainte contre les Mossos d’Esquadra (la police catalane) pour destruction présumée de documents liés au référendum. Les procédures judiciaires fondées sur de fausses accusations, mensonges délibérés, le dénigrement de la police dans les médias espagnols et les diffamations et manipulations utilisées par les magistrats espagnols avaient servi à justifier les accusations de rébellion et accuser le commandement de la police catalane « d’organisation criminelle et de sédition ». Le ministère public fait appel de la décision du tribunal, poursuivant sa logique de répression judiciaire. Le ministre catalan de l’Intérieur, Miquel Buch, a réclamé des excuses pour la diffamation des forces de police.

Un hommage à la présidente Forcadell

Le lundi 7 janvier, plus de 200 chanteurs de gospel se sont réunis à la prison du Mas d’Enric pour rendre hommage à Carme Forcadell, ancienne présidente du Parlement de Catalogne, emprisonnée pour avoir autorisé un débat et un vote sur l’indépendance des représentants élus du pays. Mercredi, Carme Forcadell a reçu la médaille d’or de la Generalitat des mains du président Quim Torra, qui l’a remise à son mari. Il a expliqué que Forcadell « était victime d’un emprisonnement injust et cruel » et qu’on ne lui pardonnait pas son action parlementaire, et a lu une lettre de la présidente. Il a dénoncé les violations des droits et des libertés et la répression exercée en Espagne, « un État qui n’a pas hésité à foulé aux piedx les droits civils et politiques sans hésitation ». Forcadell a reçu une longue ovation aux cris de « Liberté » des participants, en présence du gouvernement au grand complet, le président de la Generalitat, le président du parlement, les anciens présidents de la Generalitat.

BHL insulte le président Torra sur Twitter

Les médias catalans se sont également fait l’écho des insultes que le philosophe français Bernard-Henri Lévy a diffusé jeudi 10 janvier sur son compte Twitter. Il a écrit : « Quim Torra, président de Catalogne, nationaliste autoritaire, admirateur de Milosevic et Mussolini, bloque le budget national. Le gouvernement socialiste, féministe et proeuropéen veut pourtant parvenir à un SMIC de 22%. Qui sont les amis du peuple ? Qui, le prêteur de la colère ? ». Le même jour où PP, Ciuadadanos et Vox, l’extrême droite xénophobe, sexiste et néofranquiste, signent une alliance pour gouverner en Andalousie comme « préambule à ce qui s’appliquera à toute l’Espagne ». Depuis Barcelone, Valls, candidat associé à Ciudadanos, qualifie de « provocation » les candidatures des indépendantistes emprisonnés pour les municipales à Barcelone et affirme que l’accord avec l’extrême droite est la faute des socialistes.

> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.