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Un an après la déclaration d’indépendance : « l’Espagne ne se retirera jamais de Catalogne pacifiquement »


Un an après la proclamation de la République catalane au Parlement de Catalogne, le 27 octobre 2017, la crise institutionnelle reste ouverte et non résolue et sans aucune autre proposition espagnole que la répression judiciaire et les menaces d’intervention militaire.

L’ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement PP, José Manuel García-Margallo, a déclaré cette semaine à Catalunya Ràdio que « l’Espagne ne se retirera jamais paisiblement en Catalogne ». Il a confirmé les informations apparues récemment dans les médias selon lesquelles les décisions du gouvernement de Puigdemont il y a un an avaient été motivées par la perspective d’une intervention armée violente de l’État espagnol. La proclamation de la république a été commémorée par la Generalitat avec une vidéo et un discours institutionnel du président. Quim Torra a déclaré « qu’il n’y aura pas de retour en arrière et que rien ne sera négocié en échange de la démocratie, des libertés et des droits civils des Catalans ». Quelques jours auparavant, il avait déclaré qu’aucune décision judiciaire autre qu’un acquittement ni une classement ne serait acceptée et que la société et les institutions catalanes répondraient avec la même détermination et la même force que les 1er et 3 octobre derniers. Les indépendantistes ont à nouveau qualifié de « farce et d’infamie » les procès contre les politiques catalans.

Ouverture des procès

Les déclarations ont fait suite à l’annonce par le Tribunal Suprême, vendredi 26 octobre, de l’ouverture des procès contre 18 politiques indépendantistes avec les chefs d’accusation maximum et avec le rejet par le tribunal des plus de 300 recours, demandes et documents sollicités par la défense (en même temps que les juges acceptent les accusations du parti d’extrême droite Vox, partie prenante des procès). La presse britannique (Sunday Times) a expliqué cette semaine « l’injustice » de l’emprisonnement de Jordi Cuixart, président de l’association Òmnium Cultural, arrêté le 16 octobre 2017, accusé de « rébellion » pour avoir organisé des manifestations pacifistes. Le journal de Perpignan, L’Indépendant, l’a également interviewé en prison (et a publié des articles pour la première fois en catalan). Dans le domaine judiciaire, le tribunal de Barcelone a inculpé vendredi le 26 octobre les 5 membres de la commission électorale du référendum et les a traduits devant le tribunal pour « désobéissance et usurpation de fonctions », demandant une peine de deux ans et demi de prison. Les présidents Torra et Puigdemont ont demandé dans un article de Newsweek une médiation internationale pour résoudre la crise.

Préparation de nouvelles offensives politiques

Sur le plan politique, plusieurs initiatives sont en préparation à mesure qu’on se rapproche des procès et que le monde politique indépendantiste s’organise pour reprendre l’initiative visant à obtenir la reconnaissance de la république proclamée il y a un an. L’ex-ministre catalan de la Santé, Toni Comín, exilé en Belgique, a appelé à l’organisation de longues grèves générales. Ce samedi, la fondation de la Crida Nacional per a la República (Appel national pour la République) a été lancée, un nouveau mouvement promu par Puigdemont qui souhaite réunir toutes les sensibilités indépendantistes (malgré les réticences de son parti PDeCat et le refus d’ERC et de la CUP d’y participer). Le mardi 23 octobre, le Conseil consultatif du forum pour le processus constituant présidé par Lluís Llach a été présenté et chargé de promouvoir le débat de la société qui mènera à la rédaction de la constitution de la République catalane. En Belgique, Carles Puigdemont et des ministres exilés ont présenté le Conseil de la République et ont invité partis et associations indépendantistes à Bruxelles pour coordonner l’action politique des prochaines semaines et préparer les prochaines élections (municipales et européennes 2019 et peut-être espagnoles si le gouvernement socialiste de Sanchez tombe). Au cas où les Cortes espagnoles ne pourraient pas approuver le budget 2019 (les indépendantistes persistent dans le refus de vote tant que les socialistes ne s’ouvrent pas au dialogue sur l’autodétermination et ne renoncent pas à la ligne répressive contre les prisonniers politiques) une accélération et un changement de paysage politique espagnol pourrait se produire avec la convocation d’élections générales, dans un contexte d’instabilité accrue. En Catalogne, plusieurs secteurs politiques « catalanistes » au sein du PSC (Partit dels Socialistes de Catalunya) et des Comuns (branche catalane de Podemos) ont commencé à se démarquer de leurs partis, exprimant ainsi leur impatience et leur malaise face à une position espagnoliste répressive et fermée au dialogue avec la Catalogne.

Et en attendant …

La décision du gouvernement socialiste de présenter un recours devant le Tribunal Constitutionnel contre la réprobation du roi et de la monarchie votée par le Parlement de Catalogne, malgré l’avis contraire du Conseil d’État, constitue un autre exemple de l’hostilité des espagnolistes à l’égard du mouvement indépendantiste cette semaine. Au Parlement européen, c’est le parti Ciudadanos qui a faut expulser le parti de Puigdemont – le PdeCat – de l’ALDE, le groupe libéral. La pression exercée par les organisations civiques indépendantistes devient également plus intense : l’ANC (Assemblea Nacional Catalana) appelle le gouvernement catalan à publier au journal officiel la proclamation de la république. Depuis les prisons et l’exil, les témoignages deviennent de plus en plus précis et poignants : Carles Puigdemont a sorti la deuxième édition (en catalan) de son livre La crise catalane. Une opportunité pour l’Europe, résultat de conversations avec le journaliste belge Olivier Mouton (éditions Racine) et l’ancien ministre de l’Intérieur catalan, Joaquim Forn, publie Escrits de presó (Écrits depuis la prison), l’émouvant quotidien carcéral depuis son incarcération en novembre jusqu’en juillet.

> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.