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Farces électorales en Françafrique : l’exemple du Gabon et du Cameroun

Ali Bongo, président du Gabon

Le week-end derniers, deux « démocratures » d’Afrique Centrale se sont livrées à un simulacre électoral : premier tour des élections législatives et locales samedi 5 octobre au Gabon, élection présidentielle à un seul tour le lendemain au Cameroun.

Au Gabon, la crise politique ouverte par le hold-up électoral fomenté par Ali Bongo en août 2016 n’est toujours pas résolue. Elle se double d’une crise économique et sociale caractérisée par des grèves à répétition ou le non paiement des salaires de nombreux travailleurs depuis plusieurs mois… L’opposant Jean Ping se proclame toujours « président élu » mais reste impuissant à faire valoir ses droits. Après avoir misé sur la communauté internationale pour faire reconnaître sa légitimité il a dû déchanter. Le Parlement Européen a débattu de la situation post-électorale gabonaise et a voté une motion condamnant l’État gabonais, mais on connaît le peu de pouvoir de cette institution face au Conseil de l’Union européenne où la France peut exercer son droit de veto. L’ancienne métropole a un peu rechigné au début face à la grossièreté de la fraude électorale et à la violence employée contre la colère populaire, un peu trop voyantes au goût de la délicate Marianne ; elle a commencé à faire les gros yeux mais Ali Bongo lui a démontré sa capacité de nuisance pour les intérêts économiques français dont un exemple a été donné avec la dénonciation par le Gabon du contrat de gérance accordé à Véolia sur la Société d’Eau et d’Électricité du Gabon (SEEG). Marianne, bonne fille, a fini par se résoudre à reprendre sa vieille politique de soutien à la dictature afin de sauvegarder ses intérêts économiques et stratégiques… Le Petit-Jupiter de l’Élysée vient d’envoyer à Libreville un nouvel ambassadeur spécialiste de l’économie et porteur d’un message d’amitié renouvelée entre les deux États : une fois de plus l’autoproclamé « Pays des Droits de l’Homme » abandonne les opprimés à leur triste sort… dont il est en grande partie responsable. Ali Bongo mène une guerre d’usure contre ses opposants qui commencent à se diviser : certains saisis par l’appât du gain se sont ralliés au régime, d’autres ont accepté d’aller aux élections, tandis que Jean Ping appelait au boycott, arguant du fait qu’une participation équivalait à reconnaître un pouvoir illégitime. Les premiers résultats permettent au gouvernement de pavoiser et d’évoquer un « tsunami électoral » en sa faveur et une débâcle de l’opposition « officielle ». Le pouvoir est tout de même obligé d’admettre un très fort taux d’abstention. En réalité, il semble bien que le « tsunami » bénéficie plutôt aux partisans du boycott. De quoi réconforter les militants de la diaspora gabonaise en France qui, inlassablement, poursuivent depuis plus de deux ans leurs manifestations hebdomadaires place du Trocadero à Paris…

Le pays frontalier du nord du Gabon, le Cameroun, organisait lui un scrutin présidentiel ce dimanche. Face à Paul Biya, autocrate de 85 ans dont 36 au pouvoir, l’opposition se présente en ordre dispersé avec pas moins de 7 candidats pour une élection à un seul tour. Autant dire que le président sortant ne devrait pas avoir trop de mal à rempiler pour 7 années supplémentaires, même si ici comme au Gabon c’est l’abstention qui a toutes les chances d’être majoritaire. La situation du Cameroun ressemble à celle des autres pays de la Françafrique, avec des richesses accaparées par l’ancienne puissance coloniale et ses relais locaux, et une population qui essaie de survivre dans la misère. Mais le Cameroun connaît aussi 2 conflits armés : l’un dans le grand nord musulman où sévit Boko Haram, et l’autre dans les régions anglophones de l’ouest anciennement sous mandat britannique avant l’unification avec la partie francophone. Les anglophones se sentaient délaissés par le pouvoir et réclamaient le retour au fédéralisme qui avait été en vigueur de 1961 à 1972. La réponse répressive qui a été donnée à ces revendications a entraîné l’apparition d’une insurrection armée qui a proclamé l’indépendance de « l’Ambazonie » il y a un an. L’été dernier, le président Macron a assuré son homologue camerounais de tout son soutien pour son combat contre Boko Haram, sans faire la moindre réserve sur les exactions perpétrées au même moment par l’armée camerounaise contre les anglophones. La lutte contre le djihadisme permettrait-elle d’excuser toutes les atteintes aux droits humains ? Mais après tout Paul Biya n’est-il pas aussi un vaillant défenseur de la Francophonie ? Avant même la tenue du scrutin une visite du vieux potentat à Paris a d’ors et déjà été programmée pour le mois de novembre afin de permettre au vassal de rendre à son suzerain l’hommage qui lui est dû. Ce qui tendrait à prouver que cette élection n’est qu’une mystification et que le résultat ne dépend que d’une seule voix : celle du Monarque Élyséen.

Ainsi prospère la Françafrique dans le Nouveau Monde Macronien…

> Didier Jégou

Didier Jégou
Breton de la diaspora né en 1953 à Villequier en Normandie, de parents originaires du Trégor finistérien, Didier a passé sa jeunesse en Flandre française. Il a commencé à militer pour la Bretagne en 1973, alors qu’il habitait encore à Dunkerque. Entré à la poste en 1975, il travaille 4 ans à Bobigny avant d'être muté à Vannes puis à Lannion. Udébiste depuis 1978, il a pu fonder une famille « gwenn ha du » puisque son épouse est originaire du Gabon, ce qui explique son intérêt pour l’Afrique...