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La Ligue des Droits de l’Homme en soutien à la Catalogne à Quimper


Le 20 mars, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) de Quimper organisait un débat, animé par Dominique Noguères, sur le thème « Les Droits de l’Homme à l’épreuve du conflit Espagne Catalogne ». Le Peuple breton y participait.

Les questions posées étaient nombreuses : L’Europe et la démocratie sont-elles solubles dans le régionalisme ? Catalogne, Corse, Bretagne : même combat ? La crise entre la Generalitat de Catalogne et l’État espagnol a remis en lumière des tensions à l’œuvre en Europe et dans le monde sur la place des identités, des États, des rapports avec le régionalisme. Entre déficit démocratique de l’Europe d’un côté et ambiguïtés de certains régionalismes, quelle place pour la citoyenneté, les identités multiples, le multilinguisme… ? Entre des États nations qui réfutent l’identité régionale et des régionalismes qui peuvent entrer dans des logiques exclusives, quelle marge de manœuvre pour construire une Europe des régions ?

La conférencière Dominique Noguères, avocate, est vice-présidente nationale de la LDH, a eu un père président de la LDH, un grand-père qui a refusé les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, et un autre qui fut médecin des pauvres, au Havre. Pourquoi, elle qui est normande, est-elle venue à parler de la Catalogne ? Tout simplement parce que ses enfants vivent là-bas, et que ses petits enfants sont scolarisés dans une école où l’on parle catalan, sauf 2 h d’enseignement de castillan par semaine et il n’est pas anodin de parler de la langue dans le contexte actuel.

Elle a retracé l’histoire récente de la Catalogne et fait part de son ressenti. Sous Franco, la langue catalane était interdite. La situation a évolué après son décès et en 2006, l’Espagne et la Catalogne sont arrivées à un compromis grâce à un statut spécifique. Mais arrivé au pouvoir, le Parti Populaire décide que ce statut est non constitutionnel et en annule la quasi totalité du contenu. Pour Dominique Noguères, c’est le point de départ du virage vers l’indépendantisme défendu par une coalition catalane droite/gauche/extrême gauche.

En 2014 se déroule un premier référendum seulement consultatif car interdit par l’Espagne, et le 1er octobre 2017 l’Espagne fait tout pour essayer d’empêcher un nouveau référendum. Cet événement a donné lieu à des violences policières de l’État espagnol que Dominique Noguères, en défenseure des Droits de l’Homme, juge tout à fait intolérables, précisant que la Garde civile était logée sur des bateaux parce que personne ne voulait d’eux, et que pour les Catalans, cette présence de la Garde civile rappelait trop les plus mauvais temps du franquisme. Son regret néanmoins est que le problème de l’indépendance ou pas a éclipsé les problèmes sociaux (c’est ce que pensent les syndicalistes en Catalogne) et que si la Catalogne est une région riche, où vivent des riches, c’est aussi un endroit où la pauvreté existe avec un taux de chômage loin d’être négligeable.

Dominique Noguères a également condamné les nombreuses arrestations de personnes qui avaient été élues démocratiquement. Et elle a précisé que le reste de l’Espagne était opposée à toute idée d’indépendance catalane, sauf sans doute les Basques. Elle a enfin fait un parallèle entre la Catalogne et la Corse, qu’il y avait un certain nombre de similitudes, les Corses voulant être maîtres de leur avenir, ajoutant que c’est ce que conteste un gouvernement français manquant singulièrement de diplomatie.

Il s’en est suivi une séance de questions-réponses avec la salle, devant une assistance où ceux que l’on pourrait, pour simplifier, qualifier de militants de la cause bretonne étaient probablement majoritaires. En réponse à une question, Dominique Noguères a expliqué que le gouvernement espagnol souhaite remplacer le catalan par le castillan dans les écoles mais ne le fera sans doute pas devant le risque d’explosion populaire. Question : Est-il vrai que la Catalogne refuse de financer les régions pauvres ? Réponse : c’est plus complexe que ça, d’autant que si les Basques récoltent l’impôt et en rétrocède une partie à l’Espagne, en Catalogne c’est l’Espagne qui récolte et qui conserve 9 % du PIB catalan. La conférencière a ensuite échangé avec un Catalan de Quimper, le musicien Narcis Llongeres (que l’UDB avait reçu avec son épouse finlandaise, elle aussi musicienne, lors du pot du Nouvel An).

À une remarque de Dominique Noguères disant que les Catalans pourraient avoir des problèmes de communication du fait du peu d’heures de castillan à l’école, Narcis pense lui que tout le monde en Catalogne est parfaitement bilingue, du moins en ce qui concernent les adultes. Cela d’autant que si les catalans peuvent suivre une chaîne catalane à la télé, ils ont le choix entre 40 chaînes espagnoles ! Et que cela ne risque pas de changer étant donné que ce sont toujours les « petits fils » des franquistes qui sont au pouvoir en Espagne.

Question : qu’est ce que la citoyenneté catalane ? Réponse : c’est tout sauf ethnique, c’est la volonté de participer à un projet commun. Question encore : que pense le Parti socialiste espagnol de la situation actuelle ? Réponse : Ce qu’ils en pensent ? Il suffit de savoir qu’ils ont approuvé le scandaleux discours du Roi d’Espagne (« descendant de Louis XIV » a ajouté Narcis Llongueres.)

Les échanges ont alors autour de la citoyenneté, et Tangi Louarn, président de Kevre Breizh, a dit qu’il serait temps de faire la différence entre citoyenneté et nationalité (lire aussi le livre S’émanciper à ce sujet). Dominique Noguères a alors précisé que les Nations sans États s’organisaient de plus en plus (en citant pour cela l’Alliance Libre Européenne) mais qu’ils se trouvaient confrontés aux États-nations puissants, eux-mêmes soumis à l’omniprésence et la puissance de la finance internationale. Ces États peuvent imposer leurs diktats, un dernier exemple cité étant que la Catalogne était prête à accueillir plus de réfugiés, et que l’Espagne les en a empêché.

> Christian Pierre

Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l'UDB depuis 1977. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l'Homme, comme à l'ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l'abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est animateur du Groupe Quimper-Cornouaille. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.