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Les premiers objectifs de la France concernant le climat

cop 21

Passée logiquement en second plan de lʼactualité, la COP 21 débute pourtant dans une dizaine de jours. Hier, le conseil des ministres a justement adopté « la stratégie nationale bas carbone » de la France dont la publication intégrale se fait encore attendre. Quoi quʼil en soit, les objectifs de la France sont actés dans une synthèse disponible sur le site de lʼécologie et du développement durable : « – 40 % de ses émissions totales en 2030 par rapport à 1990 et – 75 % de ses émissions totales en 2050 par rapport à 1990 ». Ces objectifs sont déclinés par secteur dʼactivité.

En matière de transport, il sʼagit de « diminuer de 29 % les GES [gaz à effet de serre] à l’horizon du 3e budget carbone (2024-2028) par rapport à 2013 et d’au moins deux tiers d’ici 2050 ». Un horizon que la Ministre Ségolène Royal veut rendre accessible en améliorer l’efficacité énergétique des véhicules (2 litres /100 kms pour les véhicules vendus en 2030), en accélérant « le développement des modes de ravitaillement en faveur des vecteurs énergétiques les moins émetteurs de GES », en maîtrisant « la demande de mobilité, en favorisant les alternatives à la voiture individuelle » et en encourageant « le report modal pour le fret ». Une accumulation de voeux pieux contredits par les faits : les fameux cars Macron ne vont-ils pas multiplier les déplacements routiers au détriment du train ? Le report modal se fait effectivement… du train vers la route !

En ce qui concerne le bâtiment, lʼambition est de « réduire les émissions de 54 % à l’horizon du 3e budget carbone par rapport à 2013 et d’au moins 87 % à l’horizon 2050 » et de « baisser de 28 % la consommation énergétique à l’horizon 2030 par rapport à 2010 ». Pour ce faire, le gouvernement entend axer sa politique sur la rénovation du bâti et lʼaccélération des réglementations. Une politique intelligente, mais qui suppose aussi une pause dans lʼartificialisation effrénée des sols et la construction de logement neuf. Rien nʼest indiqué concernant la fiscalité sur lʼachat de lʼancien par exemple dont on sait quʼil est moins avantageux que le neuf. Ainsi donc, on construit toujours plus quand certaines habitations tombent en ruines…

Dans lʼagriculture, Ségolène Royal préconise, via cette note de synthèse de « réduire les émissions agricoles de plus de 12 % à lʼhorizon du 3e budget carbone par rapport à 2013 et de moitié d’ici 2050 grâce au projet agroécologique », de « stocker et préserver le carbone dans les sols et la biomasse » et de « renforcer les effets substitution matériaux et énergie ». Vu les enjeux en matière agricole, on sʼattendait à mieux de la part dʼun gouvernement qui avait fait de la COP 21 un tournant du mandat ! Les objectifs se concentrent en effet sur la réduction des GES si bien que les solutions envisagées restent dans lʼidée quʼil faut réutiliser ces gaz. Mais rien nʼest indiqué par exemple sur la réduction des intrants (pesticides). On pense à la Bretagne bien sûr, mais aussi et surtout à la Martinique et à la Guadeloupe où le chlordécone fait des ravages écologiques. Préserver la biodiversité et les milieux ne se réduit pas à lʼaspect aérien.

Dans lʼindustrie, la synthèse explique que le gouvernement souhaite « diminuer les émissions de 24 % à l’horizon du 3e budget carbone (2024-2028) et de 75 % d’ici 2050 ». Pour y parvenir, la méthode consisterait à « maîtriser la demande en énergie et en matière par produit, notamment grâce à des investissements rentables et à des services d’efficacité énergétique de qualité et reconnus », à « favoriser l’économie circulaire (réutilisation, recyclage, récupération d’énergie) et l’utilisation de matériaux moins émetteurs en gaz à effet de serre, par exemple biosourcés » et à « diminuer la part des énergies fortement émettrices de gaz à effet de serre ». Le risque majeur pour lʼindustrie, cʼest la délocalisation des activités polluantes à lʼétranger ce qui permet dʼaméliorer son objectif sur le papier tout en maintenant la même quantité de pollution dans lʼabsolu.

En matière énergétique, il est prévu de « maintenir les émissions à un niveau inférieur à celui de 2013 au cours des trois premiers budgets carbone (-4 % en moyenne) et réduire les émissions liées à la production dʼénergie par rapport à 1990 de 96 % dʼici 2050 ». On sʼétonnera de lʼabsence de mention de la réduction de la consommation électrique par les ménages, les industriels et les collectivités. Rien non plus sur lʼambition de rendre certains territoires (notamment les îles) autonomes énergétiquement. Tout juste est-il évoqué des « gains d’efficacité énergétique ». Le ton était donné dans la synthèse mise en ligne où lʼon peut lire quʼ « en raison notamment de l’importance de son parc électronucléaire, la France est, parmi les pays développés, l’un de ceux dont les émissions de CO2 par habitant sont les plus faibles ». En matière énergétique donc, pas question de sortir du nucléaire.

Enfin, en matière de déchets, il est prévu de « baisser les émissions de 33 % à l’horizon du 3e budget carbone (2024-2028) ». Parmi les pistes, la réduction du gaspillage alimentaire, la prévention de la production des déchets (écoconception, allongement de durée de vie des produits, réemploi, limitation du gaspillage…), lʼaugmentation de la valorisation des déchets par le recyclage et la généralisation du tri à la source des biodéchets dʼici 2025, la réduction des émissions de méthane des décharges et des stations d’épuration et enfin la suppression à terme l’incinération sans valorisation énergétique. Réduction des émissions nʼest pas réduction des déchets, mais on saluera néanmoins la prise en compte de la problématique dans son ensemble. À ce titre, la réutilisation, lʼallongement de la durée de vie des produits… sont des mesures réellement écologiques quʼil faut accentuer. Mais accentuer cette dynamique, nʼest-ce pas remettre en cause le modèle capitaliste et productiviste ?

Un petit indice nous laisse penser que le gouvernement nʼen est pas encore là de sa réflexion. La note précise en effet que la France fixe son prix du carbone à 30,50 € la tonne de CO2 en 2017 qui passera à 56 € en 2020 et à 100 € en 2030. Ce faisant, le gouvernement valide la théorie néo-libérale qui vise à dire que pour résoudre le problème climatique, il faut étendre la sphère du marché. Pour ceux que cette thématique intéresserait, cela fera lʼobjet dʼun article du prochain numéro du Peuple breton.

> Gael BRIAND

Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l'auteur de "Bretagne-France, une relation coloniale" et a coordonné l'ouvrage "Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles". [Lire ses articles]