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Débats sur la politique linguistique au Conseil régional de Bretagne

Nil Caouissin, co-président du groupe Breizh a-gleiz

La dernière session du Conseil régional (24-25-26 février) a donné lieu à trois débats sur le breton et le gallo. Là-aussi, des lignes bougent.

Une hausse de 15 % : c’était la proposition de la majorité pour le budget de la politique linguistique, faisant passer l’ensemble à environ 8,5 millions d’euros pour l’année 2022. Aucune opposition à cette ligne budgétaire ne s’est présentée dans un hémicycle où presque tous les groupes représentés avaient promis une hausse du budget durant la campagne électorale. Même le RN préfère faire le dos rond. Plusieurs groupes, dont celui dans lequel siègent les élus UDB (Breizh a-gleiz – autonomie, écologie, territoires) ont soutenu un amendement présenté par Stéphanie Stoll (Nous la Bretagne, centriste) pour augmenter plus rapidement ce budget en visant le doublement à mi-mandat. Amendement rejeté.

Le vice-président Christian Troadec a promis un nouveau plan pour une politique de réappropriation linguistique. Ce débat a été l’occasion de nombreux discours enflammés pour la langue bretonne et parfois aussi pour le gallo, sur presque tous les bans. Seul le RN s’est démarqué, sans attaquer ouvertement la politique linguistique mais en tenant un discours très passéiste, et en opposant breton et gallo. Pour le groupe Breizh a-gleiz, au contraire : « Le breton est une langue d’avenir et c’est sur la demande sociale qu’il faut baser la politique linguistique. Le pays breton où l’on demande le plus l’enseignement en breton, c’est celui des Vallons de Vilaine, où le breton n’est plus pratiqué traditionnellement depuis au moins huit siècles. La politique linguistique doit se déployer sur tout le territoire, en tenant compte bien sûr à l’est de l’existence du gallo qui mérite une politique linguistique dédiée. »

La Convention État-Régions

Après le (gros) point budgétaire, la question linguistique est revenue sur le tapis avec le vote de la Convention État-régions pour les langues de Bretagne. Sur l’enseignement comme sur la place du breton dans la vie publique, les avancées sont nombreuses, et ont été saluées. Sans naïveté cependant, car tout le monde sait qu’elles sont le résultat d’un rapport de force… quand on pense aux propos de Jean-Michel Blanquer il y a un an sur l’enseignement immersif, la reconnaissance de cette méthode dans l’enseignement public prend toute sa saveur ! Le gallo fait aussi son entrée dans le texte avec notamment des mesures pour (re)structurer son enseignement. En revanche, la moisson est maigre pour Diwan, qui devra attendre une convention spéciale pour traiter des questions en suspens – par exemple, le conventionnement des écoles nouvellement ouvertes…

Tout n’est pas réglé non plus concernant le recrutement et la formations des enseignants, même si on note des progrès dans les objectifs et la méthode. Le second degré public reste un point dur : aucun objectif précis de recrutement. De quoi faire dire à Nil Caouissin, co-président du groupe Breizh a-gleiz, que « cette convention est une victoire d’étape. Il faut la valider et accompagner les acteurs associatifs, dont Diwan, pour la suite. Nous leur disons très clairement : cette convention n’est pas une fin, nous serons toujours à vos côtés pour en combler les manques »

Plusieurs langues au Conseil…

Finalement, la seule vraie passe d’arme aura concerné l’usage du breton et du gallo dans l’institution. La majorité ayant refusé d’organiser l’interprétation simultanée sur toute la session, les groupes Breizh a-gleiz et Écologistes de Bretagne avaient proposé un amendement de compromis pour que toutes les interventions signalées en amont bénéficient d’une traduction. Refus encore de la majorité : seuls les discours de politique générale bénéficieront systématiquement de la possibilité de traduction, et pour les autres points, il faudra une autorisation de la conférence des présidents de groupe – sans qu’on sache sur quels critères ces derniers baseront leur décision. Si les lignes bougent, il reste encore du chemin à faire pour une vraie politique de normalisation !

À noter pour conclure qu’alors que le groupe centriste Nous la Bretagne avait déposé un amendement identique sur le fond à celui des autonomistes et des écologistes, pour que toute demande d’interprétation simultanée soit acceptée sans condition, cet amendement a été retiré en séance. Une simplification pour permettre aux oppositions de voter le même amendement ? Pas du tout : le groupe centriste s’est abstenu. Il faut dire que sans cela, seules les voix du RN permettaient à la majorité de rejeter l’amendement, le groupe de droite votant pour. Il y a eu des tractations de coulisse, mais lesquelles ? Cet événement est sans doute à mette en relation avec le vote de la veille (voir article sur le budget).

> La Rédaction

Le Peuple breton est un magazine d’opinion, mensuel, entièrement bénévole fondé en 1964. Il est tiré à 4000 exemplaires papier par mois.