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Le Musée de la Pêche de Concarneau fête ses 60 ans

Raie transformée, Jenny Haniver

Peut-être nos lecteurs connaissent-ils le Musée de la pêche de Concarneau ? A l’occasion de ses 60 ans, ce dernier organisait des manifestations en plus du parcours habituel…

Présentations d’objets sortis des réserves sur les réseaux sociaux, visites virtuelles, quizz… Le musée avait prévu pour souffler ses 60 bougies la création d’un opéra-documentaire qui devait être présenté à partir du 8 juillet. Ce travail, qui suscitait pour le moins la curiosité du fait de l’esthétisation (musicale et gestuelle) du métier de pêcheur, n’a pas été finalisé pour la date prévue et n’était toujours pas présenté au mois d’août. Dommage.

Pour autant, la visite du musée reste d’un grand intérêt, y compris pour ceux qui le connaissent déjà puisque, œuvre d’abord de passionnés qui ont créé l’association des Amis du Musée de la Pêche toujours active aujourd’hui, il a progressivement acquis de nouvelles pièces, dont en particulier l’Hemerica, l’un des derniers chalutiers semi-industriels dits classiques (c’est à dire avant les pêche arrière) dont la dernière marée au lendemain de Noël 1980 a fait l’objet d’une belle brochure pleine d’humanité (Eric Bourbotte : En pêche sur les bancs). Le musée a également restructuré les locaux avec de nouveaux espaces, et depuis la prise en charge par la communauté d’agglomération, professionnalisé la structure. On découvrira donc les méthodes traditionnelles de pêche, ici et ailleurs, mais aussi la construction navale et les méthodes de conditionnement du poisson. Des vidéos mettent en exergue avec beaucoup de respect le travail à bord. Le visiteur se fera lui-même son opinion sur l’évolution de la pêche au thon, longtemps activité majeure de la flotte concarnoise avec la sardine, des ligneurs équipés de tangons dans le golfe de Gascogne qui pourvoient le marché en thon germon aux senneurs congélateurs industriels qui pêchent dans l’Océan indien. Il s’interrogera peut-être sur l’appellation d’un des thoniers historiques exposés au musée à flot près de l’Hemerica : oserait-on aujourd’hui appeler un bateau « Racleur d’Océan » ?

Et nous en venons à un aspect essentiel du rôle d’un musée : témoigner du passé, certes, et des pratiques liées à diverses civilisations, mais surtout ne pas s’en tenir là et témoigner de la situation contemporaine et des perspectives d’avenir. Concarneau a vécu longtemps de la pêche mais la pratique hauturière a en effet quasiment disparu. La pêche côtière est pourtant d’un apport économique non négligeable en considérant les activités en amont et en aval largement fournisseur d’emplois. Le regard porté par le musée sur la conserverie ne doit donc pas se limiter aux regrets sur la disparition des usines. Celles qui ont survécu en sachant s’adapter aux nouveaux modes de consommation – Gonidec et Courtin pour ne pas les citer – restent des piliers de l’économie locale. Sur le plan purement scientifique, il pourrait y avoir des évolutions intéressantes : par exemple, une offre en totale complémentarité viendrait du Marinarium, émanation du Museum d’Histoire Naturelle et du Collège de France qui regroupe divers organismes de recherche en biologie marine : des visites associées de la plus ancienne des stations de biologie marine au monde (1859) et « un des établissements pionniers pour la valorisation des activités halieutiques en France » (dixit Sophie Kervran, la directrice) ou encore une mise en commun totale ou partielle des fonds documentaires. De quoi servir assurément un tourisme enrichissant et respectueux du milieu, d’autant que toujours sur le plan scientifique, de nouvelles perspectives existent suite à la fermeture du site Agrocampus de Beg Meil à Fouesnant. Cette fermeture décidée pour 2022 pour faire place à un complexe touristique de luxe est infiniment regrettable, mais une association (sous une forme qui reste à définir) des organismes de recherche en termes de préservation et de valorisation de la mer donnerait à Concarneau une impulsion nouvelle. Rien n’est acté de ce point de vue et on ne sent pas pour l’instant un enthousiasme débordant. Nous y reviendrons si ces projets se concrétisent.

 

> Paul Guéguéniat

Militant de l’Union démocratique bretonne, Paul Guéguéniat vit et a été élu à Saint-Ivy.