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Gael Briand : « L’objectif des régionales ? Gagner la bataille des idées ! »

Gael Briand, rédacteur en chef du Peuple breton et conseiller municipal d’opposition à Lorient, sera tête de liste dans le Morbihan au nom de l’Union démocratique bretonne (UDB) lors des élections régionales de juin 2020. L’UDB participe à ces élections dans le cadre d’une alliance avec Europe-écologie Les Verts et Ensemble sur nos territoires, ainsi que plusieurs autres partis de gauche et écologistes (dont Nouvelle Donne et Bretagne écologie), avec pour tête de liste Claire Desmares-Poirrier.

Le Peuple breton : Gael, dans quel état d’esprit abordes-tu cette campagne ?

Gael Briand : Positif. Nous avons une bonne équipe, de militants complémentaires, à l’UDB. Nos idées sont au cœur de la campagne à venir et nous en avons beaucoup d’autres dans notre besace (elles seront exposées le moment venu). Je crois qu’il nous faut cesser de nous excuser en permanence d’exister et démontrer que nous pouvons gouverner. L’UDB détone dans le paysage politique car nous sommes une formation bretonne dans un monde politique français, qui ne nous est pas favorable. Et pourtant, nos idées irriguent les autres formations politiques en Bretagne…

Quel est selon toi l’apport de l’UDB à l’alliance écologiste-fédéraliste en Bretagne ?

D’abord, il faut rappeler que les élections régionales sont « notre » élection, je veux dire par là celle que nous connaissons le mieux. C’est une force pour nos partenaires car nous avons une connaissance historique du territoire. Nous nous considérons comme partie intégrante du peuple breton et nous inscrivons dans son histoire, sa ou ses cultures. Je suis militant lorientais, mais je connais assez bien ce qui se passe dans les différents pays bretons car je m’y intéresse. C’est valable aussi pour mes camarades. C’est aussi cela la solidarité territoriale : ne pas défendre sa chapelle, mais jouer collectif, « faire peuple » en somme ! Notre militantisme et notre cohésion de groupe seront utiles dans cette campagne. Et puis, évidemment, notre apport est idéologique. Comme tout minoritaire, nous avons toujours dû travailler beaucoup plus que les autres pour essayer de nous faire entendre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le magazine Le Peuple breton a été créé : parce qu’il nous fallait parler nous-mêmes. Plus de 50 ans après, ce journal bénévole existe toujours !

Quels sont les principaux objectifs de l’UDB pour cette élection ?

Faire avancer nos idées bien sûr ! C’est ce qui compte le plus. Ces idées, elles sont nombreuses. Durant le dernier mandat, nous n’avions pas d’élus et pourtant, nous avons réussi à pousser le président à se déclarer pleinement « autonomiste » alors qu’auparavant, Jean-Yves Le Drian avouait vaguement être « régionaliste ». La pression n’était ni à l’Assemblée Nationale, ni au sein de l’hémicycle, mais bien dehors ! Comme pour le débat sur la réunification qui a été relancé par la pétition de Bretagne Réunie. Il faut toujours se poser la question du pourquoi ? Pour l’UDB, il s’agit de gagner des droits en Bretagne.

La question de l’emploi sera aussi au cœur de nos préoccupations, surtout en cette période compliquée. Les crises peuvent permettre de repenser les modèles. Il se dit parfois que nous autres, à gauche – qui plus est écologistes – serions contre les entreprises. Mais lesquelles ? La centralisation donne en effet un net avantage aux multinationales sur les TPE et PME car elles sont les seules à pouvoir parler d’égal à égal avec l’État. Au contraire, nous voulons que la Région soit l’interlocutrice privilégiée des entreprises comme le sont les Länder en Allemagne. Cela favorisera un autre tissu économique que l’actuel et beaucoup plus d’emplois qu’aujourd’hui, mieux rémunérés. En matière agricole, parce que nous critiquons le modèle intégré, on nous reproche d’être contre les paysans. Pourtant, ceux-ci sont dépendants. Nous pensons qu’il faut revoir le modèle agroalimentaire pour offrir des débouchés aux producteurs. En somme, nous choisissons la laiterie Kerguillet plutôt que le modèle Lactalis. Qui doit craindre une révolution agricole ? Les paysans qui gagnent mal leur vie ou les magnats de l’agroalimentaire breton ? Je veux faire passer l’idée que nous défendons les artisans, les petites et les moyennes entreprises. La richesse doit leur revenir en priorité car ce sont eux qui font vivre l’économie bretonne et c’est, je crois, un modèle plus fidèle à notre Bretagne polycentrique.

Quels sujets entends-tu porter plus spécifiquement dans le Morbihan ?

D’abord la question du logement. Bien sûr, la pression immobilière est forte quasiment partout en Bretagne : dans les métropoles de Rennes ou Nantes, sur les îles et bien sûr, plus généralement, sur la côte. Mais ici, il y a encore plus de résidences secondaires qu’ailleurs avec des taux déments comme à Arzon avec un taux de 79 %. Il se trouve – cela n’est pas un secret – que l’UDB souhaite porter l’idée du statut de résidents. L’économie résidentielle est aussi liée à celle du tourisme, à cette image d’une Bretagne carte postale alors que nous souhaitons privilégier ceux qui vivent à l’année sur place. La Région a évidemment un rôle à jouer dans ce domaine.

J’aimerais bien sûr mettre en avant la langue bretonne car je ressens une envie forte par chez moi. Mais plus encore, je souhaite valoriser l’Histoire de Bretagne qui reste trop méconnue des Bretonnes et Bretons. Chaque village, en Bretagne, peut se targuer d’avoir une histoire riche. Cela doit être un motif de fierté et la valoriser peut être source de richesses. Je pense ici à l’audiovisuel, à la culture et au tourisme.

L’unification administrative de la Bretagne bien entendu car c’est la base du combat en faveur de la reconnaissance du peuple breton. C’est dans le Morbihan que la demande de rapprochement est la plus forte. Que Lorient ne coopère pas avec Saint Nazaire en matière maritime est un non-sens économique par exemple. Culturellement aussi, les coopérations seraient souhaitables. Au lieu de ça, on nous impose une frontière administrative absurde ! L’hypocrisie est totale : une ville comme Pornic utilise « Sud-Bretagne » pour sa publicité touristique…

Que pense l’UDB du report des élections régionales pour cause de crise sanitaire ?

Le premier report était sans doute nécessaire. Mais on ne pourra pas décaler éternellement les scrutins. La démocratie doit continuer, surtout en temps de crise. L’UDB est plus gênée par la tenue simultanée des départementales et des régionales car ce sont deux élections très différentes. Les départementales sont des élections locales ce que ne sont pas les élections régionales. Nous avons également plaidé pour des élections régionales à des dates différentes comme cela se pratique en Allemagne. En effet, la politique est de plus en plus centralisée, les enjeux de plus en plus nationalisés, sans rapport parfois avec les réalités locales. Et on s’étonne du manque de participation !

L’UDB existe aussi en Loire-Atlantique, dans la partie bretonne de la région administrative « Pays de la Loire ». Quelles coopérations sont envisagées avec la fédération de Loire-Atlantique pour les élections régionales ?

Comme je l’ai dit précédemment, les liens entre le département du Morbihan et de la Loire-Atlantique sont évidents, ne serait-ce que d’un point de vue maritime. Aujourd’hui, dans un contexte de mondialisation (et la mer est l’un des espaces les plus néolibéraux au monde !), il est nécessaire de coopérer et non plus de se concurrencer. Pour cela, il faut mutualiser. Nantes-Saint-Nazaire est un véritable grand port, mais un nain à l’échelle européenne ou mondiale. Pour la Bretagne, il est pourtant notre « hub ». C’est la même logique qui doit présider pour l’aéroport de Nantes-Atlantique. L’UDB refuse la multiplication des « aéroports de proximité » qui ne servent en réalité qu’à rabattre la clientèle vers Paris. Pourquoi la Bretagne ne pourrait pas faire de Nantes et/ou de Brest des intercontinentaux ? Nous voulons améliorer les coopérations avec la Loire-Atlantique dans tous les domaines : améliorer la ligne ferroviaire Rennes-Nantes en passant par Châteaubriant par exemple, permettre aux habitants de la Loire-Atlantique de bénéficier de certains dispositifs bretons comme Korrigo, avoir une véritable politique touristique sur les 5 départements bretons…

Loïg Chesnais-Girard, président sortant de la Région Bretagne et candidat à sa ré-election, a pris parti cet été pour l’autonomie, en évoquant le sens plein du mot, c’est à dire une maîtrise (partagée) du pouvoir législatif en Bretagne. Dans ce contexte l’UDB est-elle encore utile ?

Bien sûr ! Et je suis très heureux que Loïg Chesnais Girard s’inscrive dans notre sillage. D’abord parce que les idées sont faites pour être partagées. Il est positif de voir qu’un président sortant adopte le discours de l’UDB ! Il lui reste juste à penser l’autonomie sur d’autres questions que les institutions. Penser par soi-même, c’est acter un bras de fer avec l’État pour commencer. C’est refuser la dépendance à Paris. J’attends que le ou la présidente du futur Conseil régional prenne langue avec Gilles Simeoni en Corse – s’il est réélu – et qu’il ou elle campe à Matignon ou l’Élysée pour arracher des avancées. L’autonomie, c’est aussi refuser la dépendance aux multinationales. En matière agricole par exemple, la majorité continue de céder au chantage à l’emploi. Les cathédrales de l’agroalimentaire brassent des millions, mais sous-payent leur personnel et favorisent l’asservissement des paysans. L’enjeu, c’est de s’émanciper et cela suppose un plan de bataille, pas un laissez-faire libéral. Jean-Yves Le Drian a laissé une méthode : mettre autour d’une table quelques entrepreneurs triés sur le volet et leur demander de faire la politique économique de la Région. Je n’appelle pas ça un projet politique ! L’UDB a d’autres méthodes et surtout d’autres ambitions. Ces ambitions, nous les retrouvons autour de la candidature de la liste écologiste et fédéraliste portée par Claire Desmares-Poirrier.

 

> Nil CAOUISSIN

Nil CAOUISSIN
Nil Caouissin est professeur d'histoire, de géographie et de breton. Il est conseiller régional de Bretagne depuis juin 2021. Il siège dans le groupe d’opposition “Breizh a-gleiz - Autonomie, écologie, territoires”.