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Région Bretagne : pourquoi la Breizh Cop et le SRADDET sont critiqués

En novembre 2019, la Région Bretagne a adopté son SRADDET, pour Schéma régional d’aménagement durable et d’égalité des territoires, au terme d’un processus de consultation nommé « Breizh Cop ». Le document, qui impose des règles sur le territoire régional à d’autres collectivités (par exemple les communautés de commune) contenait – à la lecture du dossier de presse – des objectifs ambitieux : le plus repris a sans doute été le « 0 artificialisation de terres en 2040 », mais les thèmes abordés dans le SRADDET sont très variés. Vu la longueur du document, on peut comprendre que les journalistes n’aient pas été vérifier la réalité des dispositifs, des règles, le détail des analyses – d’autant que les annexes ne sont pas toutes publiées, ni mises en ligne sur le site de la région, et que plusieurs passages renvoient à des « feuilles de route » qui ne sont pas non plus jointes au SRADDET. Une gageure pour le débat démocratique !

Si la presse locale n’a pas analysé le document (à l’exception du Peuple breton : voir ci-dessous) l’Agence environnementale – organisme d’État – s’en est chargé. Et le verdict est plutôt sévère : objectifs flous, recommandations tellement vagues qu’elles n’apportent parfois rien à la réglementation ou aux habitudes existantes, dispersion dans des feuilles de route externes au statut peu clair…

L’Agence environnementale s’est donc surtout concentrée sur la forme. Mais on peut aussi trouver des critiques sur le fond : Le Peuple breton a publié depuis mars 2020 une chronique mensuelle d’analyse du SRADDET.

Le premier article portait sur la présentation du document, et formulait des critiques proches de celles qu’on retrouve dans l’avis de l’Agence environnementale. Il pointait aussi le fait que le SRADDET présente systématiquement les données et les cartes de la Bretagne à quatre départements, et non à 5 pour la Bretagne entière, alors même qu’un passage du SRADDET affirmait la nécessité de travailler à l’échelle de la « Bretagne historique ».

Le deuxième de la série, publié dans le Peuple breton d’avril, était consacré au tourisme dans le SRADDET et montrait une contradiction entre, d’un côté, un constat accablant sur le surtourisme dans certains secteurs côtiers (entraînant problèmes de logement, pollutions des eaux, congestion des transports…), et du côté des propositions, le renvoie à une simple feuille de route qui n’envisageait pas plus que des engagements des acteurs du tourisme – comme s’ils pouvaient régler eux-mêmes le problème en modifiant leurs pratiques !

Le troisième article (mai 2020), consacré aux questions de mobilités, montrait la démission de la Région et le renvoi aux intercommunalités avec des recommandations aussi floues qu’inutiles : encourager le vélo, rationaliser l’offre, etc. À l’échelle régionale, il ne semblait pas question de remettre en cause le statu quo d’un territoire notoirement mal desservi par les transports en commun.

Le quatrième article (juin 2020) démontrait que l’objectif de « 0 artificialisation en 2040 » tient hélas en bonne partie de l’effet d’annonce puisque le lobby de la métropolisation a obtenu une disposition qui exonérerait les territoires « les plus attractifs » de l’obligation d’économiser le foncier, en les reportant par la « compensation » sur les moins attractifs : bref, on interdira de bétonner… là où il n’y aura pas trop de pression sur l’immobilier, en continuant le déménagement du territoire.

Le dernier article, à paraître, traite du volet agricole du SRADDET, de la question de la sortie des pesticides et de l’objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Il sera publié dans le Peuple breton de juillet-août 2020.

En guise de conclusion partielle, on peut d’ors et déjà affirmer que le SRADDET de la Région Bretagne est à revoir sur la forme comme sur le fond : le document est trop morcelé, les formulations souvent imprécises, et, plus grave, ses différentes parties sont parfois contradictoires. Sur le plan politique, il reste marqué par un fond idéologique qui entrave les transitions nécessaires :

– centraliste : la transition énergétique des transports manque d’ambition et de contenu, car l’obsession centrale reste le lien avec la région parisienne.

– productiviste : pas un mot sur la question des volumes exportés dans l’agroalimentaire, en dehors des constats. L’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur de l’élevage manque donc de crédibilité.

– métropoliste : le seul horizon démographique envisagé est celui de la concentration croissante de la population dans les pays les plus peuplés, d’où l’avortement discret du dispositif de lutte contre l’artificialisation des sols.

Paradoxalement, on aura retenu du SRADDET des objectifs très ambitieux au moment de son adoption : protection de la terre, sortie des pesticides, baisse des émissions de gaz à effet de serre, équilibre des territoires, etc. Pour être à la hauteur de ces orientations, le document devra être revu en profondeur, et certains choix politiques devront être assumés.

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Le Peuple breton est un magazine d’opinion, mensuel, entièrement bénévole fondé en 1964. Il est tiré à 4000 exemplaires papier par mois.