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La Région Bretagne soutient-elle l’expérimentation sur des êtres humains des effets de la 5G ?

Depuis que le Covid-19 a pointé le bout de son nez dans l’Hexagone, tout est bon pour « sauver des vies » : confinement, arrêt de la vie associative et de nombreuses entreprises, fermeture des écoles, etc. Il est pourtant d’autres domaines où protéger la santé est le cadet des soucis des pouvoirs publics. On sait déjà que le gouvernement a profité du confinement pour réduire les distances minimales aux habitations pour les épandages de pesticides, mais on sait moins que des millions de personnes vont participer au cours des années à venir, et pour certaines participent déjà – sans qu’on leur demande leur avis – à une expérience grandeur nature concernant les effets de la 5G sur la santé humaine.

Des expérimentations ont déjà été lancées dans de nombreuses villes (y compris Nantes, Rennes, Lannion… tableau complet ici) sans que les habitants n’aient donné leur accords. La prochaine étape est le développement commercial de la 5G dans « au moins une grande ville » en 2020, avant d’équiper les principaux axes de transports entre 2020 et 2025. Les chanceux cobayes qui bénéficient déjà de l’accès à la 5G, ou qui seront bientôt concernés, pourront télécharger des vidéos de très haute qualité rapidement, et faire usage de multiples objets connectés qui transféreront des informations sur leur vie quotidienne à des multinationales ou des gouvernements – tous très soucieux de la protection des données et de la vie privée, l’histoire récente l’a confirmé à de nombreuses reprises.

Mais la chance d’être ultra-connecté et transparent a un prix : on estime qu’il faudra doubler le nombre d’antennes-relais pour déployer la 5G (passer de 30 000 à 60 000), ce qui donnerait, en ville, des antennes-relais tous les 100 mètres.1 Des milliers de satellites supplémentaires seraient mis en orbite pour étendre la 5G à l’échelle mondiale. Bien entendu, tout ceci aura un coût énergétique et un impact écologique conséquent, en installation et en fonctionnement ; entre le climat et les vidéos HD, le gouvernement a fait son choix (et la Région Bretagne aussi, voir ci-dessous).

Les effets futurs de l’exposition accrue aux ondes sont controversés. Bien entendu les lobbyistes des entreprises travaillant sur la 5G prétendent que le risque est presque nul, ce que d’autres contestent : plus de 170 scientifiques, issus de 37 pays, ont ainsi demandé un moratoire sur la 5G le temps d’effectuer des recherches poussées et indépendantes de l’industrie (moratoire). En jeu, notamment : le risque de cancers.

On peut aussi penser aux personnes électrosensibles, qui ne supportent pas l’exposition à certaines ondes et dont la vie a été rendue très difficile par le développement de la téléphonie et de l’internet mobiles. Avec la 5G, leurs souffrances risquent de s’aggraver. Certes, ces personnes sont aujourd’hui très minoritaires, mais est-ce une raison pour leur interdire de vivre ?

En plus des effets des ondes, le développement rapide des technologies numériques et de l’internet sans fil ont fait des dégâts sur les nouvelles générations, puisque l’exposition aux écrans – y compris l’exposition des parents – produisent des retards de développement intellectuel et affectifs considérables chez certains enfants. La 5G ne fera que faciliter et encourager chacun à passer plus de temps encore devant divers écrans, partout, tout le temps – c’est un des objectifs.

Notons qu’à Rennes, la liste écologiste (à laquelle participe l’Union démocratique bretonne) s’est engagée à ne pas soutenir le déploiement de la 5G avant de disposer de données sérieuses sur son impact sanitaire.

Nous avons voulu savoir ce qu’en pense la Région Bretagne et avons lu les passages consacrés à ce sujet dans le SRADDET (Schéma régional d’aménagement durable et d’égalité des territoires, adopté en novembre 2019), avant d’interroger l’élu en charge du numérique au Conseil régional de Bretagne.

Voilà ce que l’on lit à ce sujet dans le SRADDET : « L’économie bretonne a des places à prendre dans les évolutions des marchés en cours. Elle a pour cela de multiples atouts liés à ses savoir-faire et compétences d’excellence. Le numérique, en lien avec les révolutions en cours de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle, ainsi que le développement des technologies digitales comme l’internet des objets, la 5G ou la photonique […] » (page 87) . Le Conseil régional semble donc ne percevoir la 5G que comme un atout, sans s’interroger sur ses effets sanitaires et écologiques.

Pour aller plus loin, nous avons adressé quatre questions à Bernard Pouliquen, vice-président du Conseil régional de Bretagne, chargé de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la transition numérique, et membre du groupe En marche – PS.

« – la Région Bretagne entend-elle recueillir l’avis des citoyens avant de s’engager dans le développement de la 5G ?

– la Région entend-elle attendre de disposer de données scientifiques prouvant l’innocuité de la 5G avant de soutenir le déploiement de cette technologie ?

– la Région dispose-t-elle d’estimations fiables sur les consommations d’énergies supplémentaires que la 5G risque d’entraîner ?

– la Région entend-elle proposer des solutions (zones blanches ?) aux personnes électrosensibles, très inquiètes du développement de la 5G ? »

Depuis le 4 mars, il y a un mois et demi, monsieur Pouliquen ne nous a adressé aucune réponse. La question reste donc ouverte : la Région Bretagne cautionne-t-elle l’expérimentation d’une technique potentiellement cancérigène sur des êtres humains ?

1 Interview de Jean-Pierre Théveniaud, biologiste, président de l’association Robin des toits, dans l’Âge de Faire, juin 2019, p 17.

 

> Nil CAOUISSIN

Nil CAOUISSIN
Nil Caouissin est professeur d'histoire, de géographie et de breton.