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Pollution de l’air en rade de Brest

Dimanche 22 mars, aux alentours de 17 heures, ma famille et moi avons assisté, impuissants, à une scène malheureusement assez fréquente pour les citoyens habitant à proximité du port de commerce de Brest : les cheminées d’un supertanker à quai en bassin (réparation navale) nous larguant pendant de très (trop) longues minutes son épaisse fumée noire, pleine de particules fines et carbonées pour nos bronches.

J’insiste bien sur le fait que ce bateau est resté à quai plusieurs jours pendant lesquels il a pris la mauvaise habitude, sans doute pour se soulager, de renouveler au moins deux fois par jour la même opération.

L’armateur délinquant peut procéder en toute impunité à maintenir ses moteurs allumés et à faire ronronner 24h/24 ses machines au carbone lourd de son super tanker et à nous inonder (la direction des vents exceptionnellement d’est ce jour-là, donc vers le goulet) de ses vapeurs toxiques. L’interdiction (dûe au Covid) des activités nautiques n’aura pas permis la prise de belles photos de la mer, de Brest la « Gwenn » encrassée par du « Du » de fumée polluante. Les plaisanciers et marins en auront ainsi été épargnés cette fois-ci, tant mieux pour eux !

Il fut un temps, Brest connût un procureur de la république (François Nicot pour ne pas le citer) qui traquait ces voyous dans le monde entier de ses implacables réquisitions et lourdes condamnations. Car gageons que ce super tanker (POINT FORTIN est son nom) battant pavillon panaméen procédera une fois au large au dégazage de ces cuves cette fois-ci, loin des yeux et des radars de l’aéronavale qui jadis les traquaient. Mais à l’heure où je vous écris ces quelques lignes (25/03/2020), il mouille encore en pleine rade de Brest. En effet, il a largué les amarres mardi 24, escortés comme il se doit des remorqueurs du port, nous crachant à la figure une dernière fois ces volutes de fumée noire comme pour nous dire : « Kenavo, même pas peur de vous ». Les délinquants arrogants s’adaptent parfaitement à leur champ de travail en connaissant leur terrain de jeu, là où ils peuvent sévir en toute impunité*.

Ineptie écologique, mépris des individus vivant proche du port dans une ville qui se veut ou se prétend verte d’après la lecture des programmes de tous les candidats aux municipales. A ce sujet, à ma connaissance, un(e) des candidat(e)s fait même du raccordement au réseau électrique du port pour ces navires à quai une priorité (page 3 de son programme). Bordeaux métropole l’a mis en place depuis deux ans, Marseille avec l’aide de la région PACA le prépare. Il s’agit donc réellement d’une volonté politique appelant la collaboration des acteurs publiques (collectivités locales, région, préfecture, département et préfecture maritime, autorités maritimes portuaires), privés (CCI, armateurs propres,), énergétiques (« fabricants », distributeurs).

Dimanche soir, j’ai immédiatement alerté la direction des services sanitaires de la ville de Brest qui, je dois avouer, a répondu dans la minute me renvoyant vers la Région Bretagne et la CCI, propriétaire et gestionnaire du port. Mon alerte revêtait un double appel à l’aide : écologique et sanitaire, en citoyen, en médecin, ce dernier point (santé publique) me semblant être du ressort de la collectivité dans le cas présent. A priori, non.

Des actualités récentes, on apprend que des études pilotées par l’Inserm sur l’effet de la pollution de l’air dans la propagation du coronavirus sont actuellement menées par des équipe italienne et française. Des coupables semblent tout trouvés depuis les bureaux parisiens de l’Inserm car le Professeur Isabella Annessi-Maesano a demandé aux préfets de faire limiter l’épandage par les agriculteurs ; Haro sur nos paysans et impunité pour les bateaux pollueurs à pavillon étranger ?

Cinq jours après avoir lancé l’alerte, un responsable de la CCI m’a répondu que ce type de bateau faisait partie des navires les plus propres du monde ; puisse-t-il nous préserver des bateaux sales ! Plusieurs associations de riverains alertent très régulièrement les autorités sur les nuisances sonores nocturnes (réparation navale, déchargement des conteneurs, chantier des EMR, baisser la limitation de vitesse de la pénétrante sud à 70  km/heure, etc.) et olfactives que nous subissons très régulièrement et sur la nécessité de faire respecter le PPBE (législation européenne anti-bruit).

Qui peut agir ?

* Le cargo Anne a fait l’objet d’un PV de grande voirie en avril 2018, pour avoir dégager de la fumée en pleine rade. Sur les photos, ce n’est rien par rapport à ce que nous avons vu dimanche. J’ignore la nature de la condamnation.

> Yves Le Ru

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Yves Le Ru est Brestois. Il a 50 ans, marié, 4 enfants, ancien président d’association sportive pendant 10 ans et médecin libéral