Accueil / À la Une / Immersion ou parité horaire : quelle est la meilleure méthode ?

Immersion ou parité horaire : quelle est la meilleure méthode ?

En France l’enseignement des langues régionales est fait selon la méthode de la parité horaire ou selon la méthode de l’immersion. L’Éducation Nationale et l’enseignement catholique ont choisi la parité horaire et des écoles associatives (Diwan, Seaska, Bressola…) ont été créées par des parents afin d’appliquer la méthode de l’immersion. Le but de chacune des méthodes est de former des locuteurs qui maîtrisent les deux langues de manière équilibrée à la fin de leur scolarité. Puisqu’il y a deux méthodes la question est posée de savoir laquelle des deux est la plus efficace.

Le nombre d’élèves des filières bilingues langue régionale-français est maintenant assez élevé et permet d’avoir des échantillons significatifs pour faire des analyses fiables.

Il est évident qu’une plus grande exposition à une langue permet de mieux la maîtriser mais cet avantage n’est-il pas acquis au détriment d’autres apprentissages ? Les évaluations standardisées des élèves de CP, CE1, sixième et seconde faites en français et en mathématiques par le Ministère de l’Éducation Nationale donnent la réponse mais elles ne sont pas communiquées. Par ailleurs, les évaluations en langue régionale permettent de savoir laquelle des deux méthodes d’apprentissage est la meilleure pour ces trois matières. Elles ne sont pas communiquées non plus.

À l’occasion du débat sur le projet de loi sur l’école M. J.-M. Blanquer, Ministre de l’Éducation Nationale, avait exprimé le 21 mai 2019 devant le Sénat ses doutes sur l’efficacité de la méthode immersive d’apprentissage des langues régionales sur le plan pédagogique. Dès le 23 mai, suite à de nombreuses réactions d’étonnement, il avait publié un communiqué qui précisait qu’une « évaluation en cours devrait démontrer que l’apprentissage d’une autre langue ne nuit pas à l’acquisition du français, bien au contraire ». Il est vraisemblable que les services de son ministère qui disposent des évaluations qui prouvent l’intérêt indéniable du bilinguisme précoce langue régionale-français ont voulu lui éviter d’être démenti et ridicule si les évaluations étaient publiées. Elles ne feraient que confirmer ce qui a été mis en évidence là où l’enseignement bilingue est pratiqué.

L’immersion au Pays basque

Des conseillers pédagogiques en charge de la langue basque ont réalisé des évaluations d’élèves de CP en langue basque et en français entre 2017 et 2019. Ces évaluations ont montré une meilleure production orale en basque du groupe d’élèves qui a suivi le cursus immersif. Selon une Inspection académique les évaluations ont montré aussi que les élèves bilingues obtiennent deux points de plus que la moyenne observée en France en français et en mathématiques, seules autres matières évaluées. Les professeurs de français ont confirmé les bons résultats des élèves bilingues. À la vue de ces résultats, IKAS-BI, l’association des parents d’élèves pour l’enseignement du basque dans l’Éducation Nationale, a demandé que soit proposé un enseignement immersif en invoquant l’article 34 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école (n° 2005-380 du 23/4/2005). Pour l’obtenir, il faut faire une demande d’expérimentation pédagogique qui contient une présentation détaillée du projet (argumentaire, contenus, durée…) et les modalités d’évaluation des résultats atteints. Il faut exposer le projet aux familles, obtenir leur accord à la quasi-unanimité, obtenir l’adhésion unanime de l’équipe enseignante, l’accord du conseil d’école. C’est l’Inspecteur d’Académie qui l’autorise ou non. La forte mobilisation de l’Office Public de la Langue Basque, des associations de parents d’élèves et d’enseignants a permis de passer tous ces obstacles. Les parents, rassurés lors de réunions d’information, sont de plus en plus nombreux à opter pour l’enseignement immersif. À la rentrée scolaire 2018-19, il y avait dans l’enseignement public ou catholique 49 % des élèves qui apprenaient la langue basque selon la méthode immersive. L’autre moitié était dans les écoles associatives SEASKA. En 2019-20 la majorité des élèves qui apprennent selon la méthode immersive est dans ces deux premières filières.

Obtenir les évaluations

Ces résultats interpellent toutes les personnes qui sont impliquées dans l’enseignement des langues régionales. Il est évident qu’à partir du moment où les évaluations déterminent sans laisser de doute quelle est la meilleure des méthodes d’enseignement il ne faut plus attendre pour la mettre en œuvre. Kevre Breizh avait demandé en 2009 à l’Académie de Rennes de publier les évaluations des élèves bilingues dans toutes les matières évaluées et n’avait pas reçu de réponse. Il est vrai que l’Éducation Nationale n’a jamais été, comme l’a démontré son actuel ministre, le meilleur promoteur de l’enseignement des langues régionales. Cette rétention d’informations précieuses pour le développement des langues régionales ne peut pas être tolérée plus longtemps. Les Conseils régionaux concernés par l’enseignement bilingue des langues régionales doivent demander ces informations aux académies afin que les finances engagées dans le soutien de ces langues aient la plus grande efficacité. Les fédérations de parents, d’enseignants de toute la France doivent les demander au Ministère de l’Éducation Nationale car il faut utiliser la meilleure méthode sans tarder davantage.

S’abonner au Peuple breton

> Alan Le Gal

Alan Le Gal
Alan habite Pont-Scorff. Expert-comptable en retraite, il est très engagé dans le monde associatif, notamment dans la culture et la langue bretonne, et politique (UDB). Il est également investi dans la lutte pour la réunification administrative de la Bretagne.