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Espagne. Des socialistes arrogants réprouvés par… 155 voix

Espagne

Brèves de Catalogne et d’Espagne :

Piteux spectacle aux Cortes espagnoles. Ce jeudi 25 juillet 2019, la politique espagnole a montré ce qu’elle a de plus lamentable en rayon. Pour la deuxième séance d’investiture les socialistes ont réussi à rassembler contre eux tous les partis de l’hémicycle espagnol, de l’extrême droite à la gauche alternative. Pedro Sanchez qui s’est évertué à insulter et à provoquer ses partenaires potentiels (Podemos, indépendantistes catalans, gauche valencienne, nationalistes basques) a obtenu le résultat logique (recherché ?) : un nombre insuffisant de voix pour être élu président du gouvernement (ses seuls députés, soit 123 voix). Ironie, 155 députés ont voté NON à sa candidature, le même chiffre que l’article de la Constitution espagnole utilisée pour suspendre l’autonomie et éliminer les leaders politiques indépendantistes. Le spectacle affligeant de grossièreté et navrant de niveau politique a vu défiler à la tribune des leaders de droite et extrême droite qui semblaient faire un concours de populisme et de discours franquiste. Les socialistes n’ont pas été en reste en attaquant (en provoquant ?) de manière aussi surprenante qu’indigne les députés de Podemos et les indépendantistes, tout en s’alignant sur les discours de patrie en danger des PP, Ciudadanos et autres Vox. Les yeux doux n’ont pas suffi à convaincre la droite de s’abstenir, ni même d’atténuer ses propos outranciers et orduriers. Seuls ont su rester dignes – et difficiles à comprendre aussi… – ERC et Podemos qui malgré les coups, les humiliations, les prisonniers politiques et la répression politique continue n’ont pas cessé de tendre la main en votant l’abstention. En vain. Rendez-vous en octobre pour une dernière tentative d’investiture avant de nouvelles probables élections en novembre en cas d’impasse. Une rentrée qui s’annonce mouvementée (fête nationale catalane le 11 septembre, anniversaire du référendum du 1er octobre, annonce des verdicts contre les indépendantistes emprisonnés, ouverture de nouveaux procès contre des politiques, élus et hauts fonctionnaires catalans…) dans un climat politique espagnol toujours plus tendu et pourri.

La justice espagnole essaie de faire suspendre le président de Catalogne, Quim Torra. Le Tribunal supérieur de justice de Catalogne et le ministère public poursuivent le président du gourvernement catalan pour « désobéissance » pour ne pas avoir retiré immédiatement une banderole mentionnant « Liberté des prisonniers politiques » sur le Palais de la Generalitat lors de la campagne électorale (municipales et européennes). Les autorités espagnoles – gouvernement socialiste et justice – suivent la même ligne politique de harcèlement des responsables politiques indépendantistes sous n’importe quel prétexte dans l’objectif d’effrayer et faire se soumettre la société catalane, ainsi que de « décapiter l’indépendantisme » selon l’expression de la vice-présidente du gouvernement Rajoy, Soraya Saenz de Santamaría. (18/7/2019)

International Trial Watch envoit son rapport du procès à l’ONU. Les observateurs internationaux au procès contre les indépendantistes catalans ont envoyé leur rapport dénonçant les nombreuses irrégularités à l’ONU (18/7/2019).

2 heures d’investiture et pas un mot sur la Catalogne. Pedro Sanchez n’évoque même pas la question catalane pendant les 2 heures de son premier discours d’investiture, tout en leur demandant l’abstention pour être élu président du gouvernement. Les médias espagnols annoncent que Sanchez envisage de suspendre à nouveau l’autonomie catalane s’il y a des manifestations en Catalogne après le verdict contre les indépendantistes (22/07/2019). En toute logique, il n’a pas obtenu de majorité et a dû se soumettre à un deuxième vote. Les indépendantistes étaient entré au Congrès espagnol avec des fleurs jaunes pour dénoncer le non-respect de l’immunité parlementaire et le fait que les prisonniers politiques élus n’ont pas le droit d’exercer leurs fonctions de députés alors qu’ils ne sont encore l’objet d’aucune condamnation.

Xénophobie non punie. Le parquet archive la plainte pour incitation à la haine contre le maire du village andaloux qui à l’occasion d’une fête locale avait organisé, avec les associations de parents d’élèves et en présence des enfants, le lynchage de l’effigie du président catalan Carles Puigdemont. Celle-ci avait été pendue, promenée dans tout le village avant d’être littéralement fusillée à bout portant par les participants puis brûlée. Le tout en présence des policiers municipaux qui aidaient à charger les fusils… Pendant ce temps, la même justice espagnole poursuit le président de Catalogne, Quim Torra, et demande sa suspension pour avoir exposé sur la façade du Palais de la Generalitat une banderole indiquant « Llibertat presos polítics » (Liberté pour les prisonniers politiques). (24/7/2019)

Entreprises anti-catalanes. Huit entreprises de l’Ibex 35 (le CAC 40 espagnol) ont mené des campagnes internationales contre les indépendantistes catalans en 2017. (22/7/2019) à la demande du gouvernement Rajoy : Banco de Santander, BBVA, Caixabank, Telefonica, Repsol, Iberdrola, El Corte Inglés et Inditex. Ils ont été assisté par l’Institut Royal Elcano, avec la collaboration d’organisations similaires telles que l’Institut français des relations internationales, Chatham House, Egmont, l’Institut für Euroapaische Politik, l’Istituto Internarialiali Affari, l’Institut Wilson Center Peterson pour l’économie internationale et le Relations étrangères…

Vote contre Sanchez. Les prisonniers politiques de Junts per Cat ont voté contre l’investiture de Pedro Sanchez (23/7/2019). La décision été approuvée par le president de catalan Quim Torra, par Carles Puigdemont et par Artur Mas, les deux ex-présidents de la Generalitat. Pedro Sanchez s’applique à provoquer, humilier, attaquer les partis auxquels il demande le soutien pour être élu président du gouvernement (27/07/2019). Son attitude génère surprise et incompréhension. Comme s’il voulait montrer que la seule possibilité est de se rendre à de nouvelles élections à l’automne. Les plus attaqués (verbalement) : les indépendantistes catalans, les nationalistes basques, les valenciens mais aussi de nombreux autres partis minoritaires et la gauche alternative. Le candidat socialiste a eu plus de respect pour les partis de droite. Les commentaires des médias catalans : arrogant, irresponsable, intransigeant…

Et les prisonniers politiques ? Énième rejet de la justice espagnole de demande des prisonniers politiques pour « risque d’évasion et de récidive ». Ils devront attendre en « détention préventive » (bientôt deux ans) le verdict prévu en octobre. (27/07/2019)

> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.