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La crise politique catalane gagne le Parlement européen

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L’actualité est intense ce mois de mai : procès, internationalisation du conflit, élections législatives, européennes, municipales et répression qui s’accentue. Les derniers évènements traduisent l’internationalisation de la crise catalane.

Au Parlement européen, les pressions espagnoles ont obtenu du président en fonction, le conservateur Antonio Tajani, qu’il en interdise l’entrée à Carles Puigdemont et Toni Comín, les deux élus dimanche 26 mai. Une première pour les institutions européennes qui empêchent ainsi des élus de prendre leur fonction. Une décision qualifiée de « gravissime » par plusieurs élus européens qui dénoncent l’absence de base légale. La preuve du caractère irrégulier de la décision, Tajani a finalement retiré l’accréditation qu’avait déjà obtenue plusieurs autres élus espagnols, dans l’attente de la communication « définitive » des autorités espagnoles qui vont exiger des élus européens qu’ils prêtent serment à la Constitution en personne à Madrid, ce qui éliminerait donc les exilés de Belgique. De même, il n’est pas certain qu’Oriol Junqueras, emprisonné, soit autorisé à se rendre au Parlement européen.

Au Tribunal Suprême, le procès est entré dans sa phase finale (le juge prévoit d’en avoir fini la deuxième semaine du mois de juin) avec la projection des vidéos en tant que preuves. Depuis deux semaines, le tribunal a visionné les enregistrements demandés par l’accusation (ceux des policiers) et par la défense. Le parquet et les avocates de l’État ont fait montre d’un manque de préparation surprenant en se trompant constamment dans les références des documents et en étant incapable de mentionner les lieux et les dates des enregistrements. Aucune des vidéos visionnées ne corroboraient par ailleurs les témoignages des policiers appelés à témoigner, ni même la thèse de la violence des manifestants. Les documents projetés par la défense au contraire ont montré les violences policières flagrantes et gratuites face aux attitudes pacifistes des indépendantistes et ont eu un fort impact sur les magistrats et sur les journalistes espagnols. Au terme des projections, les accusations ont confirmé les charges de rébellion et de sédition et réclament jusqu’à 25 ans de réclusion. Le parquet a même demandé à ce que les indépendantistes ne puissent pas bénéficier de libération conditionnelle anticipée avant d’avoir effectué la moitié de la peine (mesure réservée habituellement aux délinquants violents et aux violeurs).

En plein procès, lundi 27 mai, le groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires a rendu public son rapport à Londres et a demandé la libération immédiate des prisonniers indépendantistes, ainsi que leur indemnisation en prison préventive abusive depuis un an et demi. Les avocats qui ont demandé immédiatement la remise en liberté se sont vu répondre par le président du tribunal que les demandes soient formulées par écrit et que le tribunal en délibérerait plus tard. Les politiques espagnols (ainsi que de Manuel Valls) ont expliqué que les décisions du groupe de l’ONU « n’étaient pas contraignantes et qu’il n’était pas important de les respecter ». Òmnium Cultural a réclamé immédiatement la mise en liberté des prisonniers et qu’en cas contraire l’association prendrait des mesures. Le président de la Generalitat lui même a fait une déclaration institutionnelle et solennelle exigeant la libération immédiate des prisonniers et le respecte de la décision du groupe de travail de l’ONU. Le président a annoncé des contacts avec tous les partis catalans afin d’arriver à un accord en vue de décisions unitaires en cas de sentence défavorable aux prisonniers indépendantistes.

La semaine précédente, un verdict est venu interférer dans le procès : le Tribunal des droits de l’homme de Strasbourg a refusé d’accepter la plainte du Parlement de Catalogne contre la suspension des institutions catalanes et la poursuite des indépendantistes. Le Tribunal donne ainsi raison à la répression espagnole au motif que les « décisions catalanes étaient illégales » et que les mesures espagnoles étaient justifiées « pour le maintien de l’ordre public ».

Au Sénat espagnol, le mardi 28 mai, le bureau socialiste a suspendu Raül Romeva, élu le 28 avril dernier, en application de la législation sur les présumés terroristes et rebelles… de même que la semaine précédente, la présidence socialiste des Cortes avait suspendu pour les mêmes raisons les députés indépendantistes Oriol Junqueras, Jordi Sànchez, Jordi Turull et Josep Rull.

En Catalogne, le tribunal qui poursuit la militante indépendantiste Tamara Carrasco a fini par lever mercredi 29 mai la mesure de résidence surveillée et d’interdiction de sortir de sa commune après 1 an et 2 mois. Initialement poursuivie pour rébellion, sédition, terrorisme et appartenance à organisation criminelle, Tamara Carrasco est toujours poursuivie pour désobéissance et troubles à l’ordre public (elle avait participé à des manifestations contre la répression en Catalogne).

Résultats électoraux

Après les élections européennes et municipales du 26 mai, les négociations ont été ouvertes tout azimut. Les discussions doivent déterminer si Ernest Maragall d’ERC qui a gagné les élections à Barcelone (en voix mais à égalité de sièges avec Anna Colau de Podem-Comuns) sera le prochain maire avec le soutien de Junts per Catalunya. Les anti-indépendantistes – socialistes, Valls-Ciudadanos et PP – essaient de conclure un accord pour « éviter à tout prix un maire indépendantiste à Barcelone » selon les déclarations de Manuel Valls qui a retourné sa veste et apporte maintenant son soutien à l’ancienne maire de Barcelone. Colau et Podem-Comuns devront choisir entre les alliés indépendantistes ou les élus de Ciudadanos alliés en Andalousie de l’extrême droite de Vox… Dans les autres capitales catalanes – Lleida, Tarragona et Girona – les discussions vont également bon train pour élire des indépendantistes et exclure des maires qui ont participé à la répression.

Les européennes en Espagne ont été remportées par les socialistes. Trois indépendantistes catalans ont également été élus : Oriol Junqueras pour ERC (emprisonné), et Carles Puigdemont et Toni Comín (en Belgique) qui ont obtenu plus d’1 million de voix dont plus de 20 000 en plus des voix obtenues dans les Pays Catalans. Puigdemont est lui-même arrivé en tête des candidats en Catalogne, et les indépendantistes ont dépassé 50 % des suffrages (1 753 256, 50,5 %). Et cela malgré les graves irrégularités intervenues pendant la campagne électorale : interdiction de débats avec les candidats emprisonnés, limitation des médias catalans, sommation aux autorités catalanes de retirer toute mention des « prisonniers politiques »…

La CUP de son côté a dénoncé deux jours après les élections que le Ministère avait « oublié » de comptabiliser 56 000 voix obtenues dans les 950 communes de Catalogne. « Erreur » admise par le Ministère pour l’ensemble de l’Espagne. Les corrections pourraient, comme cela a déjà été le cas a Eivissa (victoire de la gauche au lieu du PP), inverser le résultat des élections dans certaines communes.

Européennes en Catalogne :

    • JxCat     28,5 %      987.149
    • PSC       22,1 %      766.107
    • ERC      21,2 %      733.401
    • Cs           8,6 %       298.781
    • Podem    8,4 %       292.088
    • PP          5,2 %        178.950
    • Vox       1,99 %         68.824

Quant aux municipales, les résultats en Catalogne sont les suivants :

ERC          819.845        23,5 %          3107 conseillers municipaux

Junts          537.463        15,4 %          2798

PSC          765.236         21,9 %          1315

CUP         121.274          3,5 %             335

Comuns    302.599          8,7 %             258

Cs             178.330          5,1 %             238

PP             108.269          3,1 %               67

Les indépendantistes obtiennent 42,4 % des suffrages, les anti-indépendantistes un peu plus de 30 % et Podemos 8,7 %.

L’indépendantisme a également gagné les élections à la chambre de commerce de Catalogne (le 28 avril).

 

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> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.