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Mais à quoi préparons-nous vraiment nos enfants à travers l’école ?

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Nous avons pu remarquer ces derniers temps que l’école subit une sorte de « retour en arrière idéologique », notamment suite à l’élection d’Emmanuel Macron, lui-même issu d’un cursus privé et catholique. À travers les diverses réformes dont la jeunesse est la cible aussi bien en scolaire qu’en civil, la manière de la former se rapproche de plus en plus d’une vision dépassée, conservatrice et particulièrement contrôlée dont la figure tutélaire est Jules Ferry.

Le classement de la France ne cesse de chuter depuis des années en matière d’éducation. Ainsi, le dernier classement PISA classe la France 26ème, bien loin de ce que pourrait prétendre un pays parmi les plus riches (1er Singapour bien que la rigueur de cette éducation soit loin de nos standards européens mais on peut citer l’Estonie, 3ème, ou la Finlande qui est 5ème). Les vieilles recettes étant soi-disant les meilleures, il faudrait donc revenir en arrière. Mais d’où vient ce modèle d’éducation tant voulu par nos élites ?

Au lendemain de la guerre franco-prussienne de 1870, un esprit revanchard et nationaliste se développe en France, mais également à travers l’Europe. Cette volonté de supplanter l’Autre se couple à un déni des différentes identités que comporte le territoire républicain qu’il fallait effacer. La Troisième République s’employa activement à travers notamment les réformes de Jules Ferry à faire de « vrais français » prêts à mourir pour la Patrie grâce, en autres, à la mise en place d’un roman national, la stigmatisation des langues aujourd’hui dites « régionales » ou encore une pédagogie de culpabilisation, voire de dénonciation, de ceux qui sortaient du rang. Bref, nous étions à une époque où il fallait former de « bons petits soldats » [ndlr : lire à ce propos l’ouvrage de la conseillère municipale UDB Tu seras Soldat]. Aujourd’hui encore, que n’entendons-nous pas à longueur des journaux télévisés se répéter comme seul véritable argument face à toute critique qu’il faut « respecter l’autorité de l’État ». Ainsi, certaines violences policières par exemple, justes ou non, se trouvent automatiquement couvertes par cette fameuse autorité que la police représente. Les violences des citoyens envers ces forces policières sont, elles, généralement lourdement et rapidement sanctionnées même quand il s’agit de réponses à certains excès de ces dernières. Nos voisins, eux, préfèrent généralement à l’autorité le respect et la coopération.

Mais aujourd’hui, il n’est plus question de faire la guerre à nos voisins. On pourrait ainsi espérer que l’Éducation nationale serve réellement à instruire les citoyens de demain et à les armer d’un esprit critique et d’une curiosité capables d’en faire des êtres responsables, ouverts et autonomes. Or, nous voyons réapparaître des mesures que l’on pensait désuètes et peut-être d’un autre temps. Noam Chomsky, linguiste, expliquait que « le système scolaire est conçu pour enseigner l’obéissance et la conformité afin d’empêcher les capacités naturelles de l’enfant de se développer ». Ces réformes, qui touchent l’éducation et la jeunesse de manière générale, sont réalisées, entre autres, par un proche du couple présidentiel connu pour son conservatisme, Jean-Michel Blanquet, haut fonctionnaire, ancien recteur et directeur de l’ESSEC.

Parmi les projets phares pour réformer l’école se trouve la loi très controversée dite de « l’école de la confiance ». L’article 1er de cette loi indique la nécessité de la « cohésion de la communauté éducative autour de la transmission des connaissances et des valeurs partagées ». Cela laisse penser que le corps enseignant se doit de parler d’une seule voix. Il ne pourrait donc pas y avoir de parole divergente ou de mode d’apprentissage qui pourrait sortir du cadre. L’étude d’impact de cette loi inscrit que « les dispositions de la présente mesure pourront ainsi être invoquées, comme dans la décision du Conseil d’État du 18 juillet 2018 précédemment mentionnée, dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’éducation nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public. Il en ira par exemple ainsi lorsque des personnels de la communauté éducative chercheront à dénigrer auprès du public par des propos gravement mensongers ou diffamatoires leurs collègues et de manière générale l’institution scolaire ». On peut légitimement penser que cela signifie que toute critique du fonctionnement de l’institution scolaire sera dès lors punie. On joue sur les cordes de la confiance et de la cohésion pour limiter la critique de la manière dont l’État gère le système éducatif. C’est limiter ainsi l’expression des professeurs qui pourrait pointer certains dysfonctionnements et cela passe par une culpabilise des enseignants qui se plaindraient.

Cette loi prévoit également la suppression du CNESCO (conseil national d’évaluation du système scolaire) qui est un organisme indépendant formé par des chercheurs et qui évalue l’efficacité du système scolaire depuis 2013. Cette structure a réalisé de nombreuses études qui ont créé des débats comme celui sur l’inégalité territoriale où il était clairement montré que tous les enfants ne partaient clairement pas avec les mêmes chances. L’État remplace donc cette entité qui avait pourtant montré son efficacité par un « Conseil d’évaluation de l’école » dont 80 % des membres sont nommés par l’État. Il n’est pas certain que ce nouvel organisme pointera plus efficacement les dysfonctionnements venant justement de ce même État.

La volonté également du Gouvernement d’imposer le drapeau français (et européen) ainsi que des paroles de la Marseillaise dans chaque classe sent manifestement le vieux relent nationaliste voir militariste. De nombreuses voix d’élus et du corps enseignants se sont élevées qui ne veulent pas voir les écoles se transformer en « casernes ».

Cette dernière volonté d’imposer encore plus fortement la Nation française se rajoute (ou revient s’ajouter) à toute une armada de petits signes nationalistes dont la République française est friande. Il est, par exemple, rare chez nos voisins d’avoir plusieurs drapeaux de l’État aux frontons des bâtiments officiels comme en France sur les mairies et autres. Socialement parlant, il est intéressant de constater que quand on essaye d’imposer une image de plus en plus fortement, c’est qu’il y a généralement un problème avec cette image et que ce qu’elle représente est justement déstabilisée.

Il existe aussi plusieurs modes d’éducation que cela aille de l’école Montessori ou à l’école par correspondance pour ne citer qu’eux. Cette pluralité de modèles permet à des enfants ayant du mal à trouver leur place dans le système classique d’évoluer avec un autre schéma. Car chaque être humain est différent l’un de l’autre, un système qui est bon pour l’enfant A pourrait être totalement contre-productif pour le B. Certaines de ces éducations alternatives ont largement fait leurs preuves mais ne sont absolument pas soutenues par l’État. Ainsi, les parents voulant offrir un autre modèle d’éducation à leurs enfants doivent soit payer une fortune leur éducation, soit participer physiquement comme dans les écoles citoyennes ou Diwan. Mais ces systèmes sont régulièrement remis en question par l’État et leur pérennité est fragile en France, comme en 2016 lorsque le Gouvernement Valls 2 voulait réguler plus fortement l’éducation à la maison en imposant des évaluations sur le même modèle que le réseau classique, faisant fi des différences pédagogiques dont certaines n’utilisent pas la notation ou n’ont pas le même rythme. En handicapant ces systèmes alternatifs, on pénalise ceux qui ne rentrent pas dans le moule de l’école Républicaine et on force la plupart des enfants à gentiment rentrer dans le système.

De fait, contrairement à nos voisins, le système éducatif français refuse totalement toute adaptation locale comme le démontre la volonté de réduire le nombre d’académies d’ici 2020. Tout continue à être dirigé depuis le sommet de l’État. Pourtant, les statistiques de la MGEN (Mutuelle générale de l’Éducation nationale) démontrent que 43 % des français n’ont pas confiance en l’Éducation nationale dont une grande partie d’enseignants.

Ce que montrent surtout ces réformes, c’est l’incapacité de l’État à réformer efficacement l’Éducation nationale. Depuis plusieurs années, des milliers de postes d’enseignants ne cessent d’être supprimés ou non renouvelés. Le statut de ces derniers a créé une véritable crise de la vocation. Assez logique !

> Jean-Christophe Cordaillat-Dallara

Jean-Christophe Cordaillat-Dallara
Jean-Christophe Cordaillat-Dallara est un militant de l’UDB.