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Procès de Madrid : les mensonges flagrants se multiplient

Procès Madrid

Huitième semaine du procès de Madrid (27 jours d’audience). Le procès de Madrid contre les indépendantistes catalans met chaque jour davantage en évidence le flot de mensonges flagrants et de récits fabriqués sur mesure des dizaines de témoins de l’accusation (policiers, guardias civils) qui défilent à la barre à la demande du parquet, des avocats de l’état et du parti d’extrême-droite Vox, partie civile accusatoire dans le procès.

Un des cas les plus évident a été cette semaine celui du policier Juan Manuel Quintela – malgré les images enregistrées et diffusées en boucle sur les réseaux sociaux (le tribunal refuse toujours que soient projetés les documents…) – qui a expliqué que les agents avaient porté secours à un homme victime d’une crise cardiaque. La réalité (des images) c’est que l’arrêt cardiaque a été provoqué par une agression de la police (un coup de pied dans les parties génitales) et qu’alors que les secours lui prodiguent les premiers soins d’urgence (massage cardiaque…), les policiers continuent d’agresser à terre la victime et les personnes qui lui portent secours. Ces mensonges répétés n’ont à aucun moment donné lieu à des avertissements ou des sanctions du président du tribunal pour « faux témoignage ».

Stratégie pour « démontrer » la violence (obligatoire pour une accusation de rébellion). La stratégie de l’accusation est claire : démontrer (faire croire) par tous les moyens que les violences ont été le fait des électeurs catalans et des manifestants contre les forces de police, ce qui devrait permettre de prononcer des condamnations contre les politiques catalans. Ainsi aux témoignages « fabriqués » s’ajoutent les détails des « blessés » policiers (contusions, bleus…) au nombre de 70 environ le jour du référendum, sans que jamais ne soit évoqué ni même rapporté et confirmé a posteriori les plus de mille personnes avérées traitées par les services médicaux de la Generalitat.

L’Ordre des médecins de Barcelone a même dénoncé les mensonges des guardias civils qui ont accusé certains docteurs d’avoir refusé de les examiner après les violences du 1er octobre 2017 (pour des coups reçus). L’Ordre a procédé à des enquêtes auprès des personnes concernées, n’exclut pas des poursuites contre les auteurs de propos mensongers et a assuré les médecins mis en cause de son soutien.

Cette réécriture de la réalité par les témoins de l’accusation a été mise en évidence par les avocats de la défense qui ont montré en particulier les mensonges du responsable du dispositif espagnol Diego Pérez de los Cobos concernant la présumée déloyauté de la police catalane. Lors de sa comparution le commissaire Joan Carles Molinero (les policiers catalans témoignent eux à visage découvert…) a souligné que le colonel de la Guardia Civil avait toujours eu connaissance du dispositif prévu par la police catalane (Mossos), qu’il n’y avait jamais exprimé aucune objection et que c’est le coordinateur espagnol qui avait refusé unilatéralement toute collaboration avec les Mossos. Cette semaine également sont réapparus les expressions concordantes et synchronisées des témoins faisant état de « masse hostile », de « visages haineux », « d’insultes » et de « climat prérévolutionnaire comme jamais il n’avait été donné d’en vivre au cours de la carrière ». Les policiers insistent sans cesse sur le caractère « organisé, coordonné, planifié et prémédité » des actions des manifestants « contre » la police (en fait les manifestations non violentes et la résistance passive des électeurs), ainsi que sur la « connivence » de la police catalane avec les manifestants (le parquet en donne comme preuve le fait qu’il n’y ait pas eu de blessés parmi les Mossos !).

Les protestations de la défense muselées. Lors des contre-interrogatoires des témoins à charge, les avocats catalans ont tenté de mettre en évidence les fausses déclarations des policiers. Jordi Pina en particulier, avocat de Rull, Turull et Sanchez, a demandé de manière insistante et répétée à un agent s’il était bien sûr de ne pas avoir frappé des manifestants. La réponse négative de l’agent a provoqué un incident quand l’avocat a précisé qu’il était à l’instant même en train de visionner les images incriminant l’agent en question ! Le président du tribunal l’a interrompu immédiatement, refusant ces questions, et coupant même le micro lorsque Pina a fait valoir son intention de présenter une protestation formelle devant le tribunal pour cette entorse au droit de la défense. L’avocat de Joaquim Forn Xavier Melero devant les contradictions totales entre les témoignages a demandé une confrontation des témoins catalans avec le responsable espagnol Pérez de los Cobos, confrontation refusée et remise à plus tard par le président du tribunal.

La police catalane n’a pas aidé l’organisation du référendum. Un témoignage important de la semaine a été celui du commissaire des Mossos d’Esquadra Ferran Lopez qui a révélé que le président Puigdemont, le vice-président Junqueras et le ministre de l’Intérieur Joaquim Forn ont averti les commandants de la police catalane que le jour du référendum s’il devait y avoir des victimes, l’indépendance serait déclarée immédiatement et que les Mossos fassent le travail qu’ils pensaient devoir faire en fonction des instructions des tribunaux et de la réalité des millions d’électeurs qui se déplaceraient ce jour-là. La déclaration vient invalider l’accusation de « conspiration » qui pèse sur la police catalane et son major Josep Lluís Trapero qui devra en répondre devant l’Audiencia Nacional.

Pour l’avocat de Puigdemont Jaume Alonso Cuevillas, les « Guardias Civils suivent un scénario bien appris ; ils répètent tous de manière mécanique les mêmes expressions destinées à prononcer un verdict de culpabilité. Nous sommes en présence d’un procès politique sous couvert de procédure pénale ».

Òmnium Cultural cette semaine, par la voix de son vice-président Marcel Maurí, a de nouveau réclamé que les socialistes retirent les charges contre les indépendantistes catalans puisqu’ils en ont la capacité à travers le parquet et les avocats représentant l’État qui constituent la base des accusations dans le procès contre les prisonniers politiques.

Le Tribunal Constitutionnel a annoncé cette semaine la suspension de la loi catalane qui permettait d’investir un candidat à distance. La loi votée par le Parlement catalan dans la perspective d’une investiture de Carles Puigdemont a été annulée, le TC interprétant que « il faut une relation de confiance entre le candidat et la chambre » qui est impossible sans sa présence physique.

Réunion de la JEC (Junta electoral central, commission électorale centrale) qui a obligé à l’interruption du procès du fait que deux des magistrats siègent dans les deux instances. L’organisme supposé arbitrer les contentieux a décidé que ce sera la Tribunal Suprême et le juge Marchena qui décideront si Jordi Sanchez, candidat aux élections du 28 avril et président d’Òmnium Cultural emprisonné depuis un an et demi a le droit de participer à un débat pendant le campagne électorale, depuis sa prison madrilène, sachant que les autorités pénitentiaires ont déjà donné leur avis défavorable… Le recours devant la JEC avait été déposé par ERC et Junts per Catalunya pour garantir les droits civiques et politiques de candidats non objet de condamnation et qui sont censés jouir de tous leurs droits.

Déclaration (édifiante…) dans la presse d’un candidat PP (ex-PS…) à Lleida aux élections pour la députation du 28 avril, D. Pérez : le PP demande la « pénalisation de l’endoctrinement » (catalaniste s’entend) des jeunes par l’école et la traduction devant les tribunaux des enseignants qui en seront coupables. Le même candidat donne comme exemple « d’endoctrinement » le fait certains professeurs d’histoire « parlent de couronne catalano-aragonaise qui n’a jamais existé » (sic) pour parler de la Catalogne médiévale. Le même personnage avance qu’il n’est pas vrai qu’il y ait 2 millions d’indépendantistes catalans (en référence aux plus de 2 millions d’électeurs qui ont voté pour l’indépendance lors du référendum et des élections du 21 décembre 2017) ; pour lui ce ne sont que des « couards » qui ne sont prêts à aucun sacrifice et qui se contentent de manifester. Le candidat du PP prévoit que le prochain 155 qui s’appliquera (suspension de l’autonomie grâce à l’article 155 de la Constitution) ne sera pas « décaféiné ».

 

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> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.