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La ligne ferroviaire Châteaubriant-Rennes sauvée, Morlaix-Roscoff abandonnée ?

Morlaix-Roscoff
Arrivée des 25 kms de marche de l’UDB Jeunes à Roscoff samedi 9 février.

Bonne nouvelle dans l’est de la Bretagne après les signatures des pactes d’accessibilité entre l’État et les régions Pays de la Loire : la ligne Châteaubriant-Rennes sera bien intégralement remise en état et rouverte à la circulation des trains. En revanche, Morlaix-Roscoff… 

Il y a quelque jour encore, le devenir de la section Châteaubriant-Retiers était très incertain. En effet la région Pays de la Loire menaçait de ne pas verser son écot en cas de non-participation de l’État au titre des compensations à l’abandon de Notre-Dame des Landes. Problème aujourd’hui réglé : d’après les informations disponibles, l’État financera en totalité les premiers travaux d’urgence, à hauteur de 3,8 M€, sur la section Le Mans-Alençon, puis apportera un complément de financement de 1,3 M€ au profit de la section Retiers-Châteaubriant dans de le cadre de la rénovation de la liaison ferroviaire Châteaubriant-Rennes.

C’est une victoire importante pour l’Association Châteaubriant-Rennes en train (ACCRET) qui annonce son intention de rester mobilisée et de « profiter de la tenue des travaux pour travailler ensemble à construire nos besoins de services sur cette ligne rénovée et nous préparer à pour faire avancer sa modernisation et son développement. » En effet, le dossier n’est pas fermé. La vigilance reste de mise et une réflexion est nécessaire car l’existence de la ligne pourrait à nouveau être remise en cause d’ici 10 ou 15 ans, selon l’ACCRET, qui consultera à nouveau les habitants pour connaître leurs besoins et faire passer le message aux pouvoirs publics.

Rappelons que le service avait été dégradé puis interrompu en raison du manque d’investissements de maintenance, malgré la croissance de la fréquentation de la ligne. Un tel problème pourrait se reproduire. Autre risque : que l’évolution des systèmes de signalisation et de pilotage rende obsolète l’équipement de la ligne Châteaubriant-Rennes en cas de non-modernisation.

Le sauvetage de la ligne rouvre la possibilité de mettre en place une deuxième liaison TER Rennes-Nantes, en plus de la liaison via Redon. Ce scénario permettrait d’améliorer la fréquence des trains et simplifierait la vie des usagers en cas de panne ou d’accident sur l’axe Nantes-Redon-Rennes, très fréquenté, et partiellement traversé par les TGV. L’autre intérêt d’une ligne TER Nantes-Rennes via Châteaubriant serait de pouvoir être entièrement consacré à la desserte quotidienne du territoire, à des prix accessibles, puisqu’aucun TGV n’y circulerait.

Du côte de Morlaix en revanche, les nouvelles ne sont pas aussi bonnes : la ligne Morlaix-Roscoff est toujours fermée et le pacte d’accessibilité ne prévoit pas de travaux de remise en état. On s’orienterait donc vers une nouvelle fermeture de ligne en Bretagne, alors même que le mouvement des gilets jaunes a fait éclater aux yeux de tous la gravité de la dépendance à la voiture individuelle. De plus, le Brexit pourrait amener une partie des marchandises circulant entre l’Irlande et l’Europe à transiter par les ports bretons, ce qui légitimerait le maintien de la ligne ferroviaire pour les besoins du fret, à moins de vouloir inonder nos routes de toujours plus de camions…

Pour le sauvetage de la ligne Roscoff-Morlaix, une manifestation est prévue le 2 mars à Roscoff. Après la marche de l’UDB Jeunes le 9 février, soutenue par la CGT, par SUD et par l’association de défense de la ligne (APMR), il reste à transformer l’essai pour amener la région et l’État à revoir leurs plans.

> Nil CAOUISSIN

Nil CAOUISSIN
Nil Caouissin est professeur d'histoire, de géographie et de breton.