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Le pain et la brioche


(Le propos de Rousseau en 1782 au sujet d’une « princesse » et que la mythologie populaire a durablement attribué à une certaine Marie Antoinette de Habsbourg-Lorraine, raccourcie 10 ans plus tard pour avoir confondu l’argent du beurre, le beurre et la poudre aux yeux, la baratte et surtout les vaches à lait…)

J’aurais plutôt la tendance « bonnets rouges », teinte sanguine un peu trop locale et exotique, mais je n’ai surtout rien contre les gens de « couleurs » qu’elles qu’elles soient. Bien au contraire. J’aime avant tout l’arc-en-ciel. Donc les pluies qui ne les dessèchent pas. Il se trouve qu’à l’époque, la classe dite « politique » bouffant dans la gamelle avait crié haro sur le baudet analphabète du phare ouest, manipulé forcément par ses patrons féodaux. Sans avoir pris la peine d’y aller tremper sa nouille depuis un palais encore trop bourbon. Des fois que le peuple et sa colère soient contagieux comme la vérole du clergé breton.

Avec force ignorance des lames de fond qui traversent l’Histoire, un mépris profond pour ce qui ne rentre pas dans les cases récupérables par un système préétabli et un argumentaire hygiénistement « républicain » – Mélenchon qui s’en dédit ! – dont le binaire permet d’évacuer facilement la diversité naturelle du monde : au nom de principes théoriques et propres sur leur col blanc. D’usage, le jaune est plus souvent attribué à divers collabos nuisibles aux luttes collectives, et surtout le fluo de la terreur entretenue par un pouvoir justement « terroriste ». Pour une fois il reprend sa teinte de soleil au fond du tunnel. Mais le bonnet c’est têtu sur la tête, pas sur le dos…

Force est de constater que trouver le dimanche matin ou même tard chaque soir dans la nuit poisseuse des ronds points et les boulevards de Redon (point obscur sur la carte ou centre du monde, c’est selon d’où l’on regarde, le trou du cul d’en haut ou celui qui reçoit la merde) quelques centaines de citoyens têtus, bien popus et coudes serrés pour afficher bien pacifiquement leur plein de cul au lieu de leur plein d’essence, est plutôt justement plein d’essences. De vérité, de vital enfin touché : vivre ou crever.

En fait, comme couleur, il n’y a que le bleu qui n’est plus celui du ciel, changement climatique aidant, ni de la mer, noircie de déchets, qui ne rentre plus dans mes sympathies. Devenue celle qui acceptent d’obéir sans réfléchir parce que c’est aussi leur gagne-pain, outre leur mission d’endosser l’uniforme, avec tous les honneurs qu’on leur doit d’un côté, et la haine exaspérée qu’ils suscitent bien malgré eux. Les uns contre les autres mais pour se faire la guerre et pas des câlins… « Les fleurs contre des fusils » c’est baisé : il n’y a plus de fleurs dans les champs, Monsanto et Bayer obligent. Ou des pierres, comme d’hab. Par contre il y a des pépinières à fusils. Et de quoi abonder l’eau aux moulins à vent boursiers et pire à ceux à prières.

Surtout lorsqu’on les voit de l’autre côté de la rue, les bleus, à chaque fois qu’on vient râler sur la place, qu’il suffit donc de « traverser pour avoir du boulot », comme dirait un certain exfiltré de chez Rotschild, cœur annoncé à gauche et portefeuille très à droite. Rien ne va plus. La roulette est entre impair et passe. Mais il semble que rien ne passe plus… Plusieurs années à tenter d’opposer le bon citoyen docile et respectueux des lois, tenu surtout par le crédit qu’il a sur le dos, et la trouille entretenue par quelques beaufs qui bourdinent sur les ondes le prêt à penser et la haine de l’autre tout en passant à la caisse. Les Zad, la loi « travail-chômedu », les arracheurs de chemise d’Air-France, les gaulois réfractaires de Blanquefort, les fonctionnaires de la SNCF ou de l’Educ-Nat, et autres racailles profiteuses de la France des ouvriers qui se lèvent tôt, et surtout de leurs patrons, etc. L’intox a fonctionné jusque-là pour diviser et mieux régner. Les ouvrier-e-s font même du rab soirs et week-end avec leurs familles pour se serrer les coudes et se chauffer en pleine rue poisseuse de crachin de saison, à coup de palettes qui brûlent aux carrefours. Des gens honnêtes enfin. Mais embauche toujours des « contre »-maîtres : pour combien de temps ? La RGPP les guette aussi…

À chaque échauffourée, de plus en plus fréquentes, on ramasse, on coupe des têtes, on met en taule de pauvres gens pour délit d’opinion, jogging noirs ou port de lunette de piscine, en oubliant même les fondements d’une « république », déliquescente il est vrai, au bord de l’implosion, ce qui arrange les bandits planétaires échappant toujours à leurs propres poursuites du profit sur le dos du monde. On taffetasse le Tafta, on flique, on garde-à-vue, à vie parfois, on criminalise et ségolènise la « violence inacceptable en démocratie » sur les ondes qu’on achète grassement, on semble même vraiment en incapacité de saisir que la violence vient des palais d’où l’on juge avant et après, et pas des rues finalement bien trop occupées à survivre pour ne pas être sages…

La coupe est pleine. Et il semblerait que les derniers naïfs de la guignolerie électorale aient pris une conscience définitive, et difficile à manipuler une fois encore. Quoique. Khaa le serpent médiatique à plus d’un tour dans son prochain sac : même un gendre parfait, au regard de clone en clown à leurrer, est élu à 60 % de 40 % des électeurs réussit à faire la pluie et le beau temps dans le dérèglement climato-politique. Ça fout la trouille. Les caciques politiques ou syndicaux n’ont rien vu venir une fois de plus, on se demande même si les barbouzes au pouvoir avaient évalué que le « plus c’est gros plus ça passe » s’avançait cette fois dans du sphincter plus douloureux que celui des huiles. Qui résiste même au climat : les châtaignes ce sera dehors entre potes et pas devant la cheminée en famille. Trop tard pour rattraper.

Leçon du dernier usurpateur et ses sbires ? Vivement que la démocratie exsangue finisse son simulacre dans les machines à voter et autres instituts de sondage. Et filer aux îles caïman avec les autres prédateurs en attendant le coucher définitif du soleil. Et le grand sommeil… Leçon pour le petit peuple des forêts plus ou moins vierges ou polluées, las du foret qui lui sonde les boyaux : révolte après révolte, révolutions inexorablement récupérées par les plus futés des requins d’en haut. Repli général. Tribalisme religieux ou identitaire. Méfiance endémique vis à vis de tous ces élus mutiques et absents par grand courage de lauréats de loterie. À moins de concevoir une politique en circuit court comme pour la bouffe du marché (du village, pas boursier).

Au bout du compte on dirait qu’on « transige » in extremis. Du moins en façade. On a déjà connu l’ultime manip, une fois toutes les autres épuisées. Les loups se replient au bois dont ils connaissent parfaitement la langue. Et le bois tordu du pouvoir est hélas trop vaste et piégeux pour que celui qui glande avec ses cochons en parcoure les sentes et s’y sente chez lui. Demande à Poutou. Disons qu’on reporte d’abord à demain soit « 6 mois », le temps de l’oubli pour mieux revenir à la charge encore plus perfidement. Trêve des confiseurs oblige. Puis on rechange d’avis par l’ultime et bienveillant retournement de veste de l’Élysée jupiterien (joli nom pour une « république » qui se dit laïque » et s’apprête a réviser la loi de 1905) joue de son pouvoir monarchique pour supprimer le dit moratoire « pour 2019 ». « Wait et see », comme diraient les vexés du Brexit. Parce que plus personne n’est dupe de la tentative de criminalisation des dites « violences » relayée par une presse qui n’a plus d’os à gratter que « l’inquiétude des commerçants ». Comme si le petit sou immédiat des techniciens de grande ou moyenne « surfaces » résumait l’ensemble de ceux qui crèvent déjà de ne plus avoir aucun client dans leur bled déserté… Pour bouffer avec le diable, faut une cuillère avec une longue queue.

On pourrait avancer l’idée la plus crédible de court-circuiter l’État « français » et ses mythes égalitaires qui ne sont plus ni fraternels ni libres, mais géniteurs des super « États » gangrenés par des lobbys d’influence. Et revenir aux humanités de partage dont l’espace géographique n’a pas de limites. Une voie à explorer voire prendre comme d’autres camarades plus méridionaux de notre « hexagonerie »… Sans forcément d’État, qui ne reste qu’un outil et non une fin en soi. Manquerait plus qu’on nous mette des frontières à la liberté, l’égalité, ou la fraternité. Ni aux lendemains qui chantent le rond à danser. Ensemble…

> Jean Boidron

Jean Boidron
Jean Boidron a 56 ans. Travailleur immigré angevin ayant choisi la nationalité bretonne, militant syndical, il est professeur de Lettres et de Breton dans l’enseignement public à Redon. Ancien Président de Dastum et ancien directeur de la revue Musique Bretonne, journaliste et chroniqueur à TradMagazine, il est aussi ancien « Professeur conseiller » au Musée de Bretagne et « Professeur associé » au Centre de l’Imaginaire Arthurien. Enfin, il est secrétaire et co-fondateur de l’association « Graines de Conte ». Par ailleurs, Jean est l’auteur de « Gousperoù ar Raned ha Gourspered ar Rannou » / « Les Vêpres des Grenouilles ou Les Séries des druides » édité chez Dastum en 1992.