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14-18. Barzhonegoù war ar talbenn / Poèmes du front

En cette époque de commémoration du centenaire de la fin de la Grande Guerre14-18, un livre vient récemment d’être édité : « Barzhonegoù war ar talbenn / Poèmes du front » (Edition TIR). Ce livre est un recueil des poèmes écrits en breton pendant la Guerre 14-18, et publiés dans la revue « Kroaz ar Vretoned » entre 1917 et 1919.

L’auteur de ces poèmes est Yann Mari Normand, originaire de Guiclan où il est né en 1886. Il est allé en classe jusqu’en seconde et parle français et breton (et même latin, grec et anglais). Dès son arrivée au front, en 1915, il commence à écrire un journal. En 1916, il est hospitalisé et, proche de la mort, son besoin d’écrire devint intense. A la fin 1916-début 1917, il commence à écrire des poèmes en breton qu’il envoie régulièrement à la revue Kroaz ar Vretoned jusqu’à début 1919.

« Il y a 25 ans, nous dit Joseph Martin, un des éditeurs du livre, la conservatrice de la bibliothèque de Rennes donne à Jean Normand, alors conseiller municipal de cette ville, une photocopie du manuscrit des poèmes de Yann Mari Normand. Intriguée par le nom « Normand », elle demande à Jean Normand s’il connaît un Yann Mari Normand, poète breton. « Oui, répondit-il, ce Yann Mari est le frère de mon grand père ». C’est un document inestimable de 39 poèmes que l’auteur a recopié de sa main dans trois cahiers avec même une table des matières à la fin de ceux-ci. Comment ce manuscrit était-il arrivé là ? Nul ne le sait. Toujours est-il que ces poèmes avaient été rassemblés par la main de l’auteur. »

Ce n’est que récemment, en 2014, que Jean Normand, alors retraité, s’inscrit au diplôme d’études celtiques de Rennes 2. Joseph Martin nous explique : « c’est dans ce cadre du diplôme d’Études Celtiques que mon épouse Yvonne et moi-même avons rencontré Jean Normand à l’université de Rennes 2. Jean nous annonce qu’il est en possession d’un manuscrit des poèmes de Yann Mari Normand écrits au front en Breton pendant la guerre de 14-18. » C’est ainsi que naît l’idée d’éditer le livre des poèmes de Yann Mari Normand dans le but de rendre hommage à la mémoire de l’auteur, mais aussi à celle de leurs grand-pères et plus largement à la mémoire des soldats bretons ayant combattu pendant la Grande Guerre. Il faut dire que Jean Normand était à la fois le petit neveu de Yann-Mari, et le petit-cousin de Joseph.

Jean Normand est hélas décédé en 2017 sans voir la sortie du livre.

« Les bretonnants vont y trouver le texte breton en deux écritures. Les non-bretonnants y trouveront la traduction en français » nous dit l’éditeur. « Pour chaque poème, une photocopie du manuscrit écrit de la main de l’auteur s’y trouve. Ce manuscrit a cent ans. Ceci contribue à l’aspect scientifique du livre, et à sa mise à disposition des chercheurs. Ce texte initial est écrit dans l’écriture appelée KLT qui unifiait à cette époque l’écriture des dialectes du Léon, Trégor et Cornouaille. C’était aussi l’écriture promue par le directeur de la revue Kroaz ar Vretoned, Fransez Vallée, linguiste renommé et éminent de la langue bretonne. »

Alors qu’on commémore les 100 ans de la fin de la guerre, il est évident que ce ce livre est un témoignage inestimable sur la vie au front pendant ces années terribles. Le témoignage d’un soldat pris entre le patriotisme français exacerbé à l’époque et le patriotisme breton.

Dans ses écrits, pour Yann Mari, la patrie c’est de temps en temps la France, de temps en temps la Bretagne, de temps en temps la Basse-Bretagne. Mais dès son premier poème « Va zellen » (Ma harpe), son amour profond pour « sa » Bretagne est notable.

En 1919, la guerre est terminée. Paraît alors son poème « Mennozhioù ur Breizhad » (Opinions d’un Breton). C’est dans ce poème que transparaissent ses sentiments profonds dont on relèvera deux passages :

Un tamm librentez, e pep giz Un peu de liberté de toute manière,

En arvorik a zo rekis ; En Armorique sera nécessaire ;

Lezit hor Yezh kozh ha santel Laissez notre langue ancienne et vénérable

Da displegañ frank hec’h askell. Déployer librement ses ailes.

Et un peu plus loin :

Breizhiz Tramor ’rak ar Saozon Les Bretons d’Outre-Manche devant les Anglais

Biskoazh n’o deus diskouezer aon, N’ont jamais manifesté de crainte,

Hag hiziv pelloc’h, levenez ! Et aujourd’hui,ô Joie !

Bet o deus o « Emrenerezh ». Ils ont obtenu leur « Autonomie ».

Des réflexions qui devraient parler aux lecteurs du Peuple breton !

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Le livre sera présenté officiellement à Guiclan au Triskell le 10 novembre, à St Thégonnec à bibliothèque municipale le 13 novembre, à Rennes au Tambour (Campus Villejean) le 22 novembre.

> Christian Pierre

Christian Pierre
Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l'UDB depuis 1977 et du bureau de sa fédération depuis 1979. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l'Homme, comme à l'ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l'abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est coordonnateur régional. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.