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Macron : « la francophonie est une famille aux dimensions planétaires »


Hasard du calendrier, le chanteur français Charles Aznavour s’est éteint à quelques jours du sommet de la francophonie qui avait lieu cette année le 11 octobre en Arménie, son pays d’origine. Emmanuel Macron y a tenu un discours que Le Peuple breton a écouté et analysé.

Au total, « ce sont 84 nations qui partagent la francophonie » selon le Président de la République. Bien plus en réalité si on part du principe qu’une nation n’est pas un État, mais passons… Fidèle à son habitude, Emmanuel Macron s’est livré à un exercice d’éloquence qui, à l’instar d’un Richard Ferrand, ressemble davantage à un bavardage qu’à de réelles convictions tant, dans bien des domaines, il est passé maître dans l’art de faire l’inverse de ce qu’il dit.

« La francophonie, a-t-il déclaré d’emblée, est une famille aux dimensions de la planète ». Sans chercher à nier les « blessures » qu’il y a pu avoir entre les différents acteurs de la francophonie, le président de la République française a cherché à mettre en avant, logiquement, ce qui unit autant d’États si divers : la langue. « Le français n’appartient donc pas à la France » a-t-il rappelé. « Cette langue qui nous unit, chacun la parle avec ses accents et ses tournures particulières ». Puis, il ajouta qu’« unie, notre famille ne l’est pas seulement par la langue, mais aussi par une certaine vision du monde », que « les mots portent les combats ». Un constat avec lequel on ne peut qu’être en phase. Mais quels sont-ils ?

C’est ici que le discours déraille. D’abord, car Emmanuel Macron ment. Le chef de l’État français n’a cessé de promouvoir l’idée d’une francophonie « ouverte aux autres langues et au plurilinguisme » alors qu’il n’est pas capable de reconnaître comme officielles les langues autochtones parlées sur le sol français. Pour résumer, le multilinguisme, ce serait soit des formes dialectales du français ou des créolisations, soit des langues territorialisées qui ne peuvent pas prétendre à l’universalité. Cette affirmation du plurilinguisme ne l’empêche d’ailleurs pas d’affirmer que « la langue française et sa diffusion sont au cœur de nos préoccupations ». Pour Emmanuel Macron, la langue française n’a pourtant rien d’hégémonique : « ce n’est pas une langue qui écrase les autres, c’est une langue qui se nourrit des autres », a-t-il déclaré. Du point de vue des promoteurs des langues minoritaires, au contraire, le français est à l’image de la France : il a assimilé et digéré la diversité !

Le discours d’Emmanuel Macron pêche ensuite par orgueil. Le président essentialise en effet la langue française, lui donnant des vertus magiques, comme si elle dominait les autres langues. « Ce qui nous caractérise, c’est que nous sommes une langue, nous sommes la langue de la création », a-t-il par exemple martelé plusieurs fois, l’opposant à l’anglais qui serait « devenu une langue d’usage, de consommation ». On voit bien le combat que souhaite mener Emmanuel Macron dans le leadership des « langues-mondes ». Le français distancé sur la scène internatinale, c’est la place de la France dans le monde qui est remise en question. Aussi, il est important de faire de la francophonie un « espace de reconquête ». « Notre organisation doit s’adresser d’abord à la jeunesse », a ainsi expliqué Emmanuel Macron. En somme, laissons derrière-nous le colonialisme (« D’aucuns voudraient réinstaller [l’Afrique] dans les combats d’hier »), et concentrons-nous sur l’avenir : « la francophonie doit permettre aux jeunes francophones d’être mieux scolarisés (…) ». N’est-ce pas finalement une politique néo-coloniale que celle qui affirme que seul l’apprentissage du français serait une garantie supplémentaire de scolarisation ? Le fait de parler français induirait la richesse et le progrès ? C’est par ce genre de sornettes que la transmission familiale de la langue bretonne a quasiment disparu !

Enfin, le discours du président est ambiguë. L’une de ses références de conclusion est en effet particulièrement révélatrice de la vision d’Emmanuel Macron : « Camus disait : mon pays, c’est la langue française. Notre pays, c’est la langue française ». Dès lors – et même si « le français s’est émancipé de la France » – doit-on comprendre que l’identité se résume à la langue ? Si la langue française appartient à ceux qui la parlent, n’est-ce pas aussi le cas des autres langues ? Devient-on breton sous prétexte que l’on parle breton ? Devient-on anglais quand on parle anglais ?

Face à cette hypocrisie institutionnalisée, les promoteurs du plurilinguisme doivent l’affirmer haut et fort : toutes les langues sont universelles. Toutes !

> Gael BRIAND

Gael BRIAND
Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l'auteur de "Bretagne-France, une relation coloniale" et a coordonné l'ouvrage "Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles". [Lire ses articles]