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Manuel Valls, candidat à Barcelone avec l’extrême-droite espagnoliste ?

La presse catalane a mis l’accent cette semaine sur le possible débarquement de Manuel Valls, la diffusion de messages d’insultes des juges espagnols contre l’indépendantisme et l’émoi provoqué par la déléguée du gouvernement espagnol en Catalogne qui a évoqué une grâce des prisonniers politiques. Retour sur l’actu catalane.

L’éventualité de la présence de l’ex-premier ministre français aux élections municipales du printemps prochain à Barcelone continue de générer surprise, débats, indignation et incrédulité. Mardi 25 septembre, Manuel Valls devrait officiellement prendre la décision de se présenter comme candidat à la mairie de la capitale catalane. Et si sa candidature suscite autant de réactions, ce n’est pas tant le fait de l’importance du personnage politique du premier plan que son parcours. Né à Barcelone, de famille catalane, il a commencé sa carrière politique avec les socialistes, pour se convertir au centre-droit macroniste et finir sa dérive en militant avec l’espagnolisme d’extrême-droite anticatalan… Depuis l’automne 2017 (et l’organisation de la campagne pour le référendum et la répression espagnole qui a suivi), Valls s’est toujours positionné aux côtés des partis de l’extrême-droite espagnoliste qui, depuis les populistes de Ciudadanos jusqu’aux groupuscules d’obédience franquiste comme Vox, en passant par la plate-forme Societat civil Catalana mènent la croisade contre l’indépendantisme. Valls a pris également contacts avec les milieux économiques (hostiles à l’indépendance) et avec les socialistes (ceux qui restent sont les plus jacobins et espagnolistes).

Les juges espagnols insultent les indépendantistes en toute impunité

Le monde politico-médiatique catalan a également centré son attention sur les révélations cette semaine de mails de plusieurs magistrats qui ont diffusé des insultes contre les indépendantistes. Sur un forum public de la justice espagnole, des juges traitent les Catalans de « nazis », de « virus », de « germes », de « criminels », de « violents » et de « fils de pute » (entre autres). Ils comparent Puigdemont à un violeur et critiquent ouvertement l’Association des juges pour la démocratie. Le président catalan a immédiatement exigé des sanctions et la démission du responsable du CSPJ (Haut conseil de la magistrature), tandis que Pedro Sanchez a réitéré sa pleine confiance dans « l’impartialité de la justice espagnole » (sic). Quim Torra dénonce la farce d’un procès politique déjà écrit à l’avance et rappelle la nécessité de libérer immédiatement les prisonniers politiques et d’en finir avec des procès indignes et injustifiés. Anonymous, devant l’impunité des juges, a commencé à révéler le nom des auteurs des insultes.

L’évocation de la grâce des prisonniers déclenche le scandale

Les dirigeants politiques ont également réagi aux propos de la déléguée du gouvernement espagnol en Catalogne, Teresa Cunillera, qui a déclaré qu’elle était en faveur de la grâce des prisonniers catalans une fois leur peine prononcée et à conditions qu’ils en fassent la demande. Les indépendantistes ont immédiatement critiqué ce qu’ils considèrent comme une parodie de procès dans laquelle les peines étaient déjà décidées et qu’ils ne demanderaient jamais à être graciés parce qu’ils ne sont coupables de rien. De son côté, le gouvernement espagnol a rapidement démenti la déclaration de sa déléguée tandis que l’opposition (Ciudadanos, PP) protestait contre le traitement de faveur que les socialistes accorderaient aux indépendantistes. ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) de son côté a annoncé qu’elle conditionnerait son vote du budget 2019 de Sanchez au Congrès espagnol à la libération des prisonniers politiques. Ce qui pourrait présager d’une chute du gouvernement socialiste, d’élections anticipées et d’une nouvelle crise politique en Espagne.

Manifestations en série

Dans la rue, l’actualité, c’est le lancement cette semaine d’une série de manifestations qui ont commencé mercredi 20 septembre avec des dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées (en présence du président et du gouvernement catalan) devant le Ministère de l’Économie de la Generalitat, où le même jour un an plus tôt, le gouvernement espagnol avait commencé sa phase de répression en envoyant la police occuper et fouiller quatre ministères de la Generalitat, en arrêtant 15 hauts fonctionnaires catalans et en encerclant le siège de la CUP. Les attaques avaient déclenché des manifestations spontanées de dizaines de milliers de Catalans, manifestations qui sont à l’origine des accusations de « rébellion » et des poursuites judiciaires contre les présidents de l’ANC, Assemblea nacional catalana et Òmnium Cultural, Jordi Sànchez et Jordi Cuixart respectivement, détenus à la mi-octobre et emprisonné depuis sans avoir été jugés. La saison des mobilisations devrait aller crescendo avec l’annonce de nouvelles manifestations en mémoire de tous les événements de l’automne 2017 : référendum, violences policières, arrestations, suspension de l’autonomie. Une plateforme cette semaine a appelé à une grande marche le 1er octobre et on reparle d’une grève générale pour paralyser le pays. Pendant ce temps, les manifestations de centaines de Catalans en faveur des prisonniers politiques se poursuivent chaque semaine devant les prisons.

Ouvrir les prisons

Les prisonniers politiques centrent de plus en plus les débats de la société catalane qui commence à se demander quelle attitude adopter face à l’ouverture prochaine des procès et à d’éventuelles condamnations. Le président catalan a déjà déclaré qu’il n’accepterait aucune condamnation de prisonniers. Et l’avocat britannique de Clara Ponsatí, ministre de l’Éducation du gouvernement de Puigdemont exilée en Écosse, a commencé à revendiquer l’ouverture des prisons et la libération des prisonniers politiques (qui sont sous la garde du gouvernement catalan). La CUP (Candidatura d’Unitat Popular, gauche anticapitaliste indépendantistes) a appelé de son côté « partis et institutions à un débordement populaire qui coupent toute relation avec l’État [espagnol] » et Quim Torra demande pour les mois à venir aux Catalans « d’enflammer pacifiquement le pays et de défendre le droit à être libre ».

Brèves en vrac

Le rappeur majorquin exilé en Belgique Valtònyc annonce qu’il ne pourra probablement jamais retourner en Espagne, une autre procédure ayant été ouverte contre lui après de nouvelles plaintes de la Guardia Civil contre les paroles de ses dernières chansons ; il précise que de toute façon ce qu’il veut, c’est retourner en Catalogne, pas en Espagne. Manifestation d’extrême droite anti-catalane bloquée à Barcelone, les indépendantistes ayant occupé la Plaça Sant Jaume (devant le siège du gouvernement catalan) grâce à une manifestation spontanée. Ouverture d’une procédure judiciaire contre TV3 (la télé catalane) pour diffusion de messages institutionnels qualifiés d’illégaux pour avoir fait référence au référendum (ils parlaient du « droit à décider des citoyens »). Junqueras et Romeva (respectivement le viceprésident et le ministre d’Affaires extérieures du gouvernement Puigdemont aujourd’hui emprisonnés depuis près d’un an) font appel devant le Tribunal constitutionnel de la suspension de leurs fonctions de députés ordonnés sans base légale par le juge d’instruction Llarena ; Puigdemont de son côté a déclaré sur cette même question le concernant que seul le Parlement de Catalogne peut le suspendre en tant que député. Ouverture de la délégation de la Generalitat en Allemagne. À suivre.

> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.