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Catalogne. Une fête de Sant Joan très politique

Carles Puigdemont reçoit la Flama de Sant Joan en Allemagne.

L’actualité politique sud-catalane continue toujours très active et centrée sur le processus indépendantiste et la répression de l’État espagnol. 9 hommes politiques et issus des associations catalanes sont toujours en détention provisoire (précisions sur les détentions et contact ici) et le dialogue n’a toujours pas repris entre autorités catalanes et espagnoles toujours réticentes à un traitement politique de la crise.

Alors que les ex-ministres et les dirigeants catalans sont emprisonnés sans procès depuis plus de 8 mois, les autorités judiciaires ont libéré cette semaine les violeurs condamnés d’une jeune fille aux festivités de San Fermin contre une caution de 6 000 euros. La crise institutionnelle catalano-espagnole semble néanmoins connaître des micro-progrès. Une date vient d’être fixée pour une première rencontre entre le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez et le président de la Generalitat Quim Torra, après des années de refus de Madrid de rencontrer les autorités catalanes. Ce sera le 9 juillet.

L’indépendantisme augmente dans les sondages

Dans ce contexte étrange de tensions institutionnelles récurrentes mais d’une certaine détente politique et de tranquillité de la société catalane, un sondage (du journal La Vanguardia) vient illustrer que l’indépendantisme ne cesse de croître. En cas d’élections, les trois partis indépendantistes augmenteraient leur majorité au Parlement avec 70 élus, ERC (Esquerra republicana de Catalunya) remporterait les élections en passant devant Ciudadanos et surtout le vote nombre de vote indépendantiste atteindrait 49 % contre 42 % pour les espagnolistes, et 7 % pour Podemos (En Comú Podem, en Catalogne, favorable à un référendum mais partagé entre pro et anti indépendance de la Catalogne).

La flamme de Sant Joan pour la liberté

Sant Joan, en plus de marquer le solstice d’été, est une fête partagée par les habitants des Pays Catalans et célébrée dans toutes les municipalités, avec feux d’artifice et pétards en l’honneur de la plus longue nuit de l’année et de la communauté culturelle et linguistique. Beaucoup considèrent même ce jour comme la fête nationale des Pays Catalans. Depuis 60 ans, une flamme qui symbolise la permanence de la langue catalane conservée à Perpignan tout au long de l’année, est régénérée par une ascension du Canigó (en Catalogne du Nord) montagne « sacrée » des Catalans et distribuée par un réseau de relayeurs dans toutes les villes et villages du pays, et même dans toute l’Europe. Cette année, la Flamme et les festivités de la Sant Joan ont eu une coloration politique particulière, symbolisant la demande de liberté (des prisonniers politiques, d’expression et d’autodétermination du pays) avec un message de Jordi Cuixart, président emprisonné d’Òmnium Cultural (qui vient d’être réélu par 28 000 membres), lu partout. Le président Carles Puigdemont a accueilli le Flama à Hambourg et le président de l’ANC (Assemblée nationale catalane) Elisenda Paluzie a défendu la République depuis Vilafranca de Conflent en Catalogne Nord. Le président du Parlement, Roger Torrent, a de nouveau demandé la libération des prisonniers à l’occasion de la réception de la flamme. De son côté l’ANC a annoncé que la manifestation de la Diada, la fête nationale le 11 septembre consisterait en une manifestation sur l’Avinguda Diagonal de Barcelona (11 km) avec le message de « prendre les mesures nécessaires pour se avancer vers la République ».

Le flop des Jeux méditerranéens

Un autre point de confrontation de la semaine et de controverse a été l’inauguration à Tarragone, au sud de la Catalogne, des Jeux Méditerranéens. Finalement, le président de la Generalitat Quim Torra a assisté à l’inauguration mais a profité de la présence du roi pour lui remettre le rapport Médiateur de Catalogne sur la violence policière le 1er octobre et un livre de photos le jour du référendum – Dies que duraran anys (Des journées qui dureront des années) – avec sa dédicace : « Il n’y a pas de dynastie, ni de loi, ni de patrie qui justifie des blessés, des prisonniers politiques et des exilés. Il n’y a pas de dynastie, ni de loi, ni de patrie qui puisse arrêter le désir de liberté du peuple catalan. » Il a également déclaré que Tarragona est en Catalogne, que les Jeux sont payés par les Catalans et que « personne n’obligera jamais plus un gouvernement légitime à quitter le pays ». La polémique a également été causée par l’échec de l’inauguration. Dans un stade à moitié vide, les spectateurs ont sifflé l’hymne et le roi espagnol, mais aussi le président catalan. Beaucoup ont dénoncé la présence parmi les spectateurs d’un grand nombre de militants d’extrême droite (Vox, Societat civil catalana, Tabarnia …) qui avaient eu accès à de nombreuses entrées.

1er voyage officiel, aux États-Unis

Le président catalan fera cette semaine sa première visite officielle : aux États-Unis, en compagnie de la ministre catalane de la Culture Laura Borràs, dans le cadre du Smithsonian Folklife Festival où la Catalogne est la culture incitée. Il en profitera pour inaugurer le Catalonia America Council, qui est la nouvelle agence pour la projection et la représentation des intérêts catalans aux États-Unis. De son côté, le ministre de l’Économie Pere Aragonès a annoncé qu’il était en train de préparer le budget de 2019 et réclamé les 6 milliards d’euros que l’État doit à la Catalogne, en expliquant que « il n’y aura aucun marchandage entre l’engagement politique du 1er octobre et contre une augmentation du financement de la Catalogne, nous ne sommes plus dans cette phase », sur une éventuelle négociation avec le gouvernement espagnol. Il a précisé que la priorité était d’établir des relations bilatérales et que l’objectif de 0,4 % de déficit budgétaire pour la Catalogne sera rempli cette année.

La répression espagnole, toujours

Sur le front judiciaire, les autorités espagnoles ont déclaré qu’elles refusaient la convocation du juge Llarena devant la justice belge, au même moment où le tribunal condamnait la maire (CUP) de Berga, Montse Venturós à 6 mois d’inégibilité pour avoir refusé de retirer un drapeau independantiste (l’estelada) de de l’hotel de ville pendant les campagnes électorales (2015). Par ailleurs, le Tribunal Suprême espagnol a classé la plainte du président de la Catalogne contre Rajoy. Le Parlement de Catalogne de son côté va créer une commission d’enquête sur la suspension de l’autonomie et la violation des droits civils et politiques en Catalogne. L’UNESCO a publié un rapport qui classe l’Espagne comme le 1er pays pour la répression des artistes (13 cas) suivie de la Chine, l’Iran, l’Egypte et la Turquie. Le médiateur a par ailleurs révélé que la chancelière allemande Angela Merkel était intervenue par téléphone le 1er octobre auprès de Rajoy pour mettre fin à la violence de la police espagnole. 712 maires catalans (sur 950 communes) sont objets de procédures judiciaires pour « avoir permis le référendum ». Une manœuvre espagnole – répression mise à part – en vue d’entraver les candidatures indépendantistes lors des élections municipales de l’année prochaine.

NOTE

Livres sur le « procés » catalan

Une adresse permet de connaître les livres publiés sur le « procès », le processus catalan (en catalan et dans d’autres langues). En français ont été publiés : Les Catalans (2014), Henry de Laguérie ; La guerre de Catalogne (2018), Christophe Barret ; La Catalogne dans tous ses états, Christian Hoarau, L’Harmattan.

> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.