Accueil / À la Une / Élection du président de la 12ème législature du Parlement de Catalogne

Élection du président de la 12ème législature du Parlement de Catalogne

Peu de surprise et séance sans grande tension pour la constitution, mercredi 17 janvier, du nouveau Parlement de Catalogne élu le 21 décembre dernier, après que Madrid ait suspendu l’autonomie et pris le contrôle de l’administration catalane. Le jour précédent les partis indépendantistes avaient conclu l’accord pour la désignation du 15ème président du président de l’assemblée législative catalane (depuis le rétablissement de la Generalitat en 1979), ainsi que du candidat Puigdemont pour la présidence de la Generalitat. Roger Torrent, maire de Sarrià de Ter, ville de la banlieue de Girona et membre d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, Gauche Républicaine de Catalogne) est élu grâce aux 65 voix des indépendantistes ERC, PDeCat et CUP, dont trois procurations des élus emprisonnés et sans les voix des 5 exilés de Bruxelles. Les députés espagnolistes – PP, Ciutadans et PSC – ont voté pour la candidate de Ciutadans. Les 8 représentants de Catalunya en Comú Podem voté blanc au motif « qu’ils n’avaient pas les voix suffisantes » pour former une majorité avec les anti-indépendantistes…

Même pas d’obstruction parlementaire. Seule protestation pour la forme, Ciutadans s’est opposé sans succès à la décision du bureau provisoire du Parlement (le député le plus âgé et les deux plus jeunes) d’autoriser le vote par procuration des trois députés retenus en prison préventive par les tribunaux espagnols, assurant ainsi une majorité simple aux indépendantistes qui ont pu désigné le nouveau bureau du Parlement : président d’ERC, 1er vice-président du PDeCat (Josep Costa), 2nd vice-président de Ciutadans (José María Espejo-Saavedra), et 4 secrétaires (Alba Vergés d’ERC, Eusebi Campdepadrós de Junts per Catalunya, David Pérez du PSC, Joan Garcia de Ciutadans).

Sans le vote des élus exilés à Bruxelles, les indépendantistes ont évité un recours de Madrid. Mais le gouvernement espagnol a déjà déclaré très officiellement son opposition à l’élection de Carles Puigdemont et a prévenu que le recours de suspension de l’élection (et donc maintien du contrôle de l’autonomie catalane) était déjà écrit et prêt à être présenté devant le Tribunal Constitutionnel au cas où le Parlement catalan autoriserait une investiture virtuelle ou à distance.

La situation d’exception était perceptible « seulement » dans le discours choc d’Ernest Maragall (député d’ERC, ex-socialiste et frère de l’ancien maire de la Barcelone des JO et 127ème président de la Generalitat Pasqual Maragall) rappelant les tics franquistes de l’Espagne qui « ne ne sait pas partager le pouvoir, qui ne sait pas gagner, qui ne sait qu’écraser, humilier et punir », dans les rubans jaunes sur les bancs des députés absents, dans l’absence des membres du gouvernement sortant au premier rang de l’hémicycle – même le premier Parlement post-franquiste s’était réuni en présence du président de la Generalitat retourné de son exil parisien et rétabli dans ses fonctions –, dans les silences et les regards fuyants des espagnolistes au passage des élus sortis de prison, dans la mauvaise humeur visible des « monarchistes » devant la victoire de la majorité favorable à la république catalane, dans le refus des espagnolistes de saluer le nouveau président du Parlement et de chanter l’hymne national avant de lever la séance.

L’inconnu s’ouvre avec la constitution de ce nouveau parlement. Au plus tard dans dix jours, le 31 janvier, doit avoir lieu l’investiture du président du gouvernement catalan. Roger Torrent, le plus jeune président du Parlement (38 ans) a déjà convoqué le nouveau bureau et va procéder à la consultation des partis en vu de l’élection du chef de l’exécutif et de la formation du nouveau gouvernement. Face au pouvoir espagnol qui reste pour l’heure inflexible et hostile à tout dialogue avec les indépendantistes mêmes victorieux des élections, quelle stratégie adopteront les politiques exilés ? Le président poursuivi tentera-t-il de revenir en Catalogne ? Le nouveau Parlement s’essaiera-t-il à une investiture à distance ? Les Catalans descendront-ils à nouveau dans la rue ? À suivre…

> Alà Baylac Ferrer

Alà Baylac Ferrer
Alà Baylac Ferrer est le directeur de l’IFCT, Université de Perpinyà.