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Quand on parle du gallo à l’Assemblée nationale…


Le député UDI de Fougères, Thierry Benoit, a posé une question orale au gouvernement le 12 décembre sur la question de l’enseignement du gallo. L’occasion d’entendre un nouvel exercice d’hypocrisie de la part du gouvernement.

Mardi dernier, le député Thierry Benoit a interpellé le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer sur « le problème de renouvellement des professeurs capables d’enseigner le gallo ». Il réclame au gouvernement « la création de modules de formation à l’école supérieure du professorat et de l’éducation de Bretagne, sous l’égide de l’éducation nationale, ou par la création d’un certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré – CAPES – de gallo ».

Jean-Michel Blanquer, dans sa réponse, n’a pas manqué d’assurer au député à quel point il était « attaché aux langues régionales » qui « font partie de notre patrimoine » : « J’ai été amené, dans cet hémicycle, à souligner l’unité de la langue française lorsque j’ai eu à parler du respect de la grammaire, en particulier à l’école. Cela n’est en rien contradictoire avec l’importance des langues régionales – bien au contraire ! Dans la vie linguistique de notre pays, il y a d’un côté la langue française, et de l’autre les langues régionales. » On notera la séparation nette opérée par le ministre !

Soucieux de répondre à Thierry Benoit, le ministre de l’Éducation nationale a donc rappelé la création d’une agrégation en breton, sans préciser qu’en 2018, le CAPES de breton subira une coupe franche de 50 % des postes proposés au CAPES (passant de 4 à 2) ! Il a ensuite égrainé ce qui existe en matière d’enseignement du gallo à savoir « un enseignement facultatif, de la sixième à la terminale, organisé dans cinq collèges et six lycées publics de trois départements » qui « concerne environ 500 élèves ». Mais – sans doute distrait par la quantité d’offres possibles en gallo –, le ministre a oublié de répondre précisément à la question… À moins que ce déballage de chiffres tous plus faibles les uns que les autres ne soit une manière pour lui de se moquer du gallo ?

Qu’importe ! Notre député de Fougères a remercié platement le ministre en comptant sur sa « compétence » avant de rajouter avoir « déposé, avec d’autres parlementaires, une proposition de loi constitutionnelle tendant à ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires »… Charte qui, comme le rappelait la formation pour les élus de l’UDB samedi dernier à Rennes, n’a pas vocation à proposer une société bilingue le moins du monde. Un parlementaire aussi expérimenté que Thierry Benoit devrait pourtant le savoir !

Optimiste, le député de Fougères évalue à 200000 le nombre de locuteurs du gallo, reprenant ainsi les chiffres de la Région Bretagne. Le problème, c’est que l’INSEE se refuse toujours à recenser le nombre réel de locuteurs, tant du breton que du gallo, données qui seraient pourtant très utiles pour réaliser ensuite des études sociolinguistiques et pour mener des actions ciblées selon la pratique effective des usages. La prochaine fois, plutôt que de poser une question destinée à valoriser un ministre, Thierry Benoit pourrait sûrement lui demander pourquoi l’INSEE refuse ? Il se rendrait alors sûrement compte que ce qui ne change pas avec les majorités, c’est le jacobinisme…

> Gael BRIAND

Gael BRIAND
Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l'auteur de "Bretagne-France, une relation coloniale" et a coordonné l'ouvrage "Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles". [Lire ses articles]