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Catalogne. Un pas de côté vers l’indépendance

Pour Nurià P. A., militante catalane rencontrée à Girona, le sentiment qui prédomine est que « le refus de dialoguer vient de l’État espagnol ». Les actes violents de la police espagnole, la répression de la Guardia civile a uni le peuple catalan autour de revendications simples : l’identité, la langue. « J’aime mes deux langues, le català et le castillan. Mais je demande le respect pour la langue catalane », explique ainsi Nurià. P. A. Le Peuple breton cherche à décrypter la stratégie du président catalan.

Mardi 10 octobre, Nurià P. A. attendait la déclaration de Carles Puigdemont. Ce mardi 10 octobre devait être un grand jour pour elle et sa famille. Et Carles Puigdemont a prononcé le seul discours possible pour éviter à la fois la colère des nationalistes (leur frustration existe malgré tout) et une réponse militaire et sanglante de Madrid. Le Président de la Generalitat catalane a fait une déclaration d’indépendance qu’il a immédiatement suspendu : « La Catalogne sera indépendante sous la forme d’une République ». Il cherche ainsi à gagner du temps. Il souhaite que l’idée d’indépendance de la Catalogne chemine et qu’au niveau européen, l’organisation en États-nations datant des 19ème et 20ème siècles (avec quelques micro-Etats, monarchies et paradis fiscaux dont aucun républicain ne se préoccupe) puisse ne pas être considérée comme éternelle. « Nous proposons un dialogue et une négociation nationale et internationale », a ajouté Carles Puigdemont. La voie qu’il propose est celle d’une question catalane devenue un enjeu européen, quitte à passer par une crise européenne.

La crise européenne est déjà là et seul Madrid et les principaux chefs de gouvernement européens font semblant de ne pas le voir. « Il est hors de question d’accepter une médiation », a répliqué Soraya Sáenz de Santamaría, ministre de l’administration Rajoy. Mais pour que l’histoire ne bégaie pas, il faudra bien qu’une médiation se mette en place pour que Barcelone et Madrid reprennent le chemin des négociations arrêtées en 2010 lorsque le gouvernement Rajoy a refusé les avancées en termes d’autonomie politique et fiscale pour la Catalogne.

Mariano Rajoy reste retranché derrière la constitution espagnole. Du côté catalan, il est rappelé que le droit à l’autodétermination des peuples est un principe inscrit dans la charte des Nations-Unies. Le débat entre légalité et légitimité existe mais chaque camp se lancent des arguments juridiques qui ne peuvent se répondre, car étant sur des champs différents. La constitution espagnole a invalidé le référendum catalan. Il n’est donc pas légal. Toutefois, il est légitime pour les indépendantistes catalans qui en avaient fait la pierre angulaire de leur base programmatique. L’apartheid était légal, la révolution française ne l’était pas. Ce type de débat est sans fin et ne peut aboutir qu’à une impasse.

Avant l’intervention de Carles Puigdemont devant le parlement catalan, un membre du parti populaire rappelait ironiquement le destin tragique de Lluis Companys, ancien président de la Genralitat. Cette ironie fait froid dans le dos. Arrêté en Bretagne, à La Baule, et fusillé le 15 octobre 1940 à Barcelone, le destin tragique de Lluis Companys marque en creux les risques d’un non-dialogue entre Madrid et Barcelone.

> Pierre-Emmanuel MARAIS

Pierre-Emmanuel MARAIS

Pierre-Emmanuel Marais est élu de l’UDB à la mairie de Nantes. Il y exerce la fonction de délégué à la diversité linguistique, pédagogique et culturelle et aux actions autour des écoles. Il est également auteur de plusieurs livres en français et en breton. Parmi eux, le roman « Alje 1957 » qui a reçu le prix Langleiz et le prix de l’avenir de la langue bretonne.

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