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En Ille-et-Vilaine, les cars sont-ils trop chers ?

En ces temps actuels où toutes les collectivités, depuis l’État jusqu’à la commune, disent vouloir tout faire pour favoriser les transports publics, et ainsi limiter l’emprunte environnementale des voitures individuelles, où en est l’Ille-et-Vilaine ?

Il y a quelques années, le conseil départemental a massivement investi pour unifier et clarifier l’offre d’autocars départementaux. Ainsi est né le service Illenoo, avec ses beaux autocars modernes, propres, accessibles et équipés de la wifi. Illenoo était en avance sur les autres réseaux interurbains de Bretagne, et même de Normandie, ou d’Anjou. Mais tout n’est pas parfait pour autant.

Pour commencer, la première ombre à cette image de premier de la classe, c’est le prix du trajet restant à la charge de l’usager. Certes le conseil départemental finance la plus large partie du coût réel du voyage, mais l’usager a toujours une partie à payer, que ce soit sous la forme de ticket unitaire ou d’abonnement hebdomadaire, mensuel ou annuel. Et quelle que soit la catégorie de voyageur (occasionnel ou régulier, étudiant, actif ou retraité…), l’usager d’Illenoo est celui qui paye le plus cher dans tout l’ouest de l’hexagone. L’échelle des tarifs (pour les tickets unitaires) s’échelonne de 2,70 € à 6,10 €, selon la distance parcourue. Il existe même un minimum de perception de 2,70 €, sans qu’aucune réduction ne puisse s’appliquer pour les jeunes, les seniors ou les demandeurs d’emploi lorsque le voyage s’effectue à l’intérieur de cette zone à 2,70 €. C’est d’ailleurs aussi le prix, par exemple, que devra payer un usager souhaitant parcourir les 4km qui séparent Bourg-des-Comptes de Saint-Senoux, ou bien Gosné de Mézières-sur-Couesnon, au même titre que ceux qui parcourent les 23 km entre Rennes et Liffré.

Des tarifs qui peuvent vite se montrer incommodants, et incompréhensible lorsqu’on compare les réseaux interurbains voisins. Ils proposent tous un billet à tarification forfaitaire unique, oscillant entre 2 € et 2,30 €, quelle que soit la distance. De plus, ce billet donne systématiquement accès à une correspondance sur un réseau urbain une fois le voyage en autocar effectué. Cette correspondance gratuite n’existe pas chez Illenoo. Un trajet, c’est un billet. Mais si encore, le service était à la hauteur des prix exorbitants imposés par Illenoo…

Il existe des sillons sous exploités, voire tout simplement oubliés, en raisons de pressions particulièrement lourdes émises par la SNCF. Ainsi, il est quasiment impossible de relier Saint-Malo à Rennes par le car et Janzé, commune de 8 000 habitants ne jouit pas de la desserte qui lui affère. Des dizaines de communes ne sont tout simplement pas desservies, et certaines autres, comme Saint-Senoux, voient leur desserte supprimée pendant les vacances scolaires. Quel autre choix les habitants ont-ils que d’utiliser leur voiture personnelle ?

Autre problème : quelle que soit la saison, la ligne ou l’heure de la journée, tous les services sont assurés par des autocars standards, d’une capacité de 55 à 65 personnes, qui consomment – malgré les progrès technologiques – un maximum de carburant. Or, la plupart du temps, ces véhicules sont sous remplis, voire parfois complètement vides, notamment pendant les vacances. Les réseaux des départements voisins mettent en circulation des minicars (de 9 à 25 places), ainsi que des lignes de transport à la demande, particulièrement aux heures creuses, et pendant les congés. Ces aménagements d’exploitation permettent de réduire grandement les coûts, notamment pour la desserte des petites communes. Le système de réservation obligatoire pour le transport à la demande permet de mesurer le nombre de passager sur un segment, et ainsi d’envoyer un véhicule de capacité adaptée, pour ne plus qu’un autocar de 65 places effectue l’intégralité de la ligne Pléchatel-Rennes avec deux passagers à son bord.

La gestion de la qualité n’est pas non plus le point fort d’Illenoo, dont l’exploitation à été confiée à une filiale de la RATP. Les réclamations des usagers ne semblent pas être une préoccupation majeure. Beaucoup d’entre elles restent sans réponse, quelle que soit la déconvenue concernée. Les renseignement donnés par téléphone par le service (dont l’amplitude horaire est très pratique cependant) sont souvent abstraits, et manquent de précision, et les informations disposées aux arrêts ne sont pas forcément mises à jour dans les temps comme les changements d’horaires ou de tarifs.

Les transports collectifs ont parcouru beaucoup de chemin, et ont connu une évolution significative, mais le service en Ille-et-Vilaine est encore loin de répondre aux attentes de chacun. La desserte est aujourd’hui trop inégale, et malgré tous les efforts proposés, le gouffre entre les communes moyennes et petites ne fait que s’accentuer. Beaucoup d’usagers, interrogés sur les lignes 7 (Rennes-Dinard), 9a (Rennes-Fougères), 10 (Rennes-Pipriac) et 21 (Rennes-Pléchatel) se plaignent en priorité du prix de la prestation, et un habitant d’Evran s’est plaint de ne pas comprendre pourquoi il doit payer un tarif plus élevé (2,70 €) pour rejoindre Dinan avec Illenoo, alors que tous les autres habitants des Côtes d’Armor, ont un tarif forfaitaire unique à 2 € sur le réseau Tibus.

À partir de 2017, les transports interurbains sont de la compétence du Conseil régional. Autant de pistes sur lesquelles travailler…

Etude réalisée :

sur la ligne 7 Rennes – Evran – Dinan – Dinard le 11 juillet 2017

sur la ligne 9a Rennes – Saint-Aubin – Fougères les 06 et 19 aout 2017

sur la ligne 10 Rennes – Guichen – Pipriac le 04 août 2017

sur la ligne 21 Rennes – Crévin – Pléchatel les 7 juillet, et 18 août 2017.

> Thomas Radoubé

Thomas Radoubé
Thomas est né en 1986. Passionné de voyages, il parcourt le monde. Mais toujours, il revient en Bretagne, à Rennes et au Croisic où il a grandi. Il travaille sur l’édition d’un premier récit de voyage, sur une pièce de théâtre et sur la réalisation d’une web-série sur l’histoire de la Bretagne.