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De la différence entre un parti et un mouvement

L’élection présidentielle terminée, le soufflet est retombé et la côte de La République en Marche semble s’effriter. Les statuts ayant été déposés, on commence à percevoir les premières contestations, prévisibles.

Durant les campagnes électorales en France, il est habituel de se ranger derrière un « champion ». Le régime présidentiel de la Vème République est en grande partie responsable de cette tendance et le phénomène s’est amplifié depuis l’introduction des « primaires ». Le discours, on le connaît : rejetant les partis politiques, les électeurs s’abandonnent aux sirènes des « mouvements », plus souples et mieux adaptés à une élection donnée puisque l’outil est créé dans ce but. Reste le problème de la démocratie…

Car là où un parti est une association de personnes défendant un même projet politique et élisant un « porte-parole », un mouvement, lui, tourne la plupart du temps autour d’une personnalité qui fédère. La logique n’est pas du tout la même : dans le premier cas, on a (ou on devrait avoir du moins) une logique ascendante, dans l’autre, on constate que l’outil est pyramidal et mis au service d’une personne plus que d’idées cohérentes formant un projet. Ce constat peut cependant être nuancée dans la mesure où certains partis, comme le FN par exemple, ne laissent aucune tête dépasser hormis celle du chef. On a, dans ce cas, un parti « incarné », plus ou moins solide selon la personnalité qui émerge.

Les 370000 « adhérents » revendiqués par La République en Marche (mais sans cotisation) cherchent désormais à se structurer… et réinventent le fil à couper le beurre ! Logiquement, ceux-ci cherchent à s’exprimer, à exister au sein de ce mouvement, à proposer des idées. Et se heurtent à une direction auto-proclamée durant la campagne. Ce n’est pas un phénomène nouveau : Europe-Ecologie, le Modem ou même le NPA ont créé leurs outils à l’occasion d’une élection (avec une personnalité le plus souvent aux commandes qu’il s’agisse de Daniel Cohn-Bendit, de François Bayrou ou d’Olivier Besancenot) et on sait pertinemment que l’enthousiasme des premiers jours est retombé. Leur structuration en parti politique a démocratisé leur démarche, mais leur a fait perdre l’élan originel.

Le journal Les Échos explique que la contestation des statuts déposés en juillet par le mouvement la République en Marche « traduit la crainte d’une direction centralisée qui n’écouterait plus sa base ». Comment pourrait-il en être autrement pour un mouvement dont l’essence même est pyramidale ! Il est vrai que les partis hexagonaux le sont aussi du fait, souvent, de la prédominance du nombre d’adhérents en Ile-de-France. Mais, rappelons-le, tout parti démocratique s’organise depuis la base d’où la dangerosité d’une disposition de la loi de moralisation de la vie politique qui visait à ne financer les partis politiques que lorsqu’ils atteignaient 100 candidats ayant dépassés les 2,5 % des suffrages. Avec une telle mesure, non seulement les partis locaux ne pourraient pas exister, mais, pire, il faudrait déjà être une personnalité pour envisager de créer un parti qui fonctionne ! On appelle ça l’oligarchie.

Il est rassurant de constater les efforts d’apprentissage de la citoyenneté de nouveaux-venus en politique, mais cette tendance à vouloir toujours imaginer de nouveaux mouvements indique deux choses : la première, c’est que le peuple ne conçoit pas les partis politiques comme des contre-pouvoirs ce qu’ils sont pourtant ou en tout cas ce qu’ils peuvent être. Quand Margareth Thatcher a libéralisé l’économie britannique, elle s’est heurtée à des partis et des syndicats plutôt puissants. En France, au contraire, la dépendance totale des citoyens à l’État fait que ni les partis, ni les syndicats ne sont puissants. Qui alors nous défendra si Emmanuel Macron ou n’importe quel autre dérégule et casse le système de protection sociale ? La deuxième chose, c’est que la société d’aujourd’hui se cherche un maître plutôt que de penser par elle-même et de s’auto-organiser. A l’instar d’un de Gaulle, les gens rêvent à un super-héros, quelqu’un qui assurerait à lui seul la bonne gestion du pays. Petit scoop : ce genre d’individu n’existe pas et ni Jean-Luc Mélenchon, ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen ne portent de collants ni n’ont de super-pouvoirs. Il n’y a pas de « Grands Hommes », il y a la société. Et une société consumériste engendre nécessairement des représentants tout puissant. La politique suppose de l’engagement et pas un clic, ni un « j’aime », ni même un unique vote.

Plutôt que de cracher sur les partis politiques, ne vaudrait-il pas mieux étudier leur projet et aller y faire y tour pour améliorer, de l’intérieur, des outils déjà existants ?

> Gael BRIAND

Gael BRIAND

Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l’auteur de « Bretagne-France, une relation coloniale » et a coordonné l’ouvrage « Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles ». [Lire ses articles]

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